lundi 28 mars 2011

La Grèce indépendante de 1833 : un territoire déjà épuré de ses musulmans

Georges Castellan, Histoire des Balkans, XIVe-XXe siècle, Paris, Fayard, 1991, p. 290 :

"Limitée au nord par une frontière allant du golfe d'Arta à celui de Volos, la Grèce indépendante comprenait le Péloponnèse, la Livadie, qui réunissait tous les territoires au nord du golfe de Corinthe, les îles d'Eubée et les Cyclades : au total 50 000 km2 (le dixième de la France). Sa population avait subi des pertes sévères durant la guerre. Les « Turcs » avaient été massacrés ou s'étaient enfuis, si bien qu'il n'y avait plus de musulmans dans le royaume."

samedi 26 mars 2011

Le contexte des émeutes anti-grecques d'Istanbul en 1955

Thierry Zarcone, La Turquie. De l'Empire ottoman à la République d'Atatürk, Paris, Gallimard, 2005, p. 100 :

"A partir de 1953, passé l'euphorie du changement, le Parti démocrate, qui se sent menacé par Inönü et par l'ancien parti unique, cède à une pratique de plus en plus autoritaire du pouvoir. Il se livre à un marchandage avec les islamistes et persécute la gauche. Il perd ainsi le soutien des intellectuels et des bureaucrates, qui se tournent vers le Parti républicain du peuple. En 1955 les négociations entre l'Angleterre, la Grèce et la Turquie sur l'avenir de Chypre déclenchent des réactions nationalistes d'hostilité à l'égard de la Grèce. Ces manifestations, suscitées par Menderes [Premier ministre], échappent au contrôle de ce dernier et conduisent à un pogrom contre les boutiques des Grecs d'Istanbul. Le régime est malmené : opposition du Parti républicain et de l'armée demeurée fidèle à Inönü, manifestations d'étudiants, crise économique, inégalités sociales, inflation. Le gouvernement est critiqué pour ses concessions faites à l'islam et sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. En 1957, des officiers soupçonnés de comploter contre l'Etat sont arrêtés.

Le gouvernement est finalement renversé par l'armée en 1960."

Les conséquences désastreuses de l'agression coordonnée par les Etats grec, bulgare et serbe contre l'Empire ottoman (1912-1913)

Erik Jan Zürcher, Turkey : A Modern History, Londres-New York, I. B. Tauris, 2004, p. 108-109 :

"Néanmoins, l'importance des pertes ottomanes dans la Guerre balkanique ne peut être minimisée. Ce fut un désastre sur les plans humain, économique et culturel. L'Empire perdit presque tous ses territoires européens, plus de 60 000 milles carrés en tout, avec près de quatre millions d'habitants. Encore une fois, comme en 1878, Istanbul fut inondée de réfugiés musulmans qui avaient tout perdu. Il y avait de graves éruptions de typhus et de choléra et un taux de mortalité très élevé parmi les réfugiés. Leur réinstallation causa d'énormes problèmes et beaucoup passèrent les années suivantes dans des bidonvilles. Mais la signification allait plus loin encore : les zones perdues (Macédoine, Albanie, Thrace) avaient été les domaines clés de l'Empire pendant plus de 500 ans. Ils étaient les provinces les plus riches et les plus développées et une part disproportionnée de l'élite dirigeante ottomane était originaire de là. Salonique, après tout, avait été le berceau du CUP. Un effet secondaire des pertes, c'était que maintenant, pour la première fois dans l'histoire ottomane, les Turcs ethniques devinrent une majorité de la population."

mercredi 23 mars 2011

Conflit chypriote : 500 Chypriotes turcs disparus en 1963-1974

Emel Akçali, Chypre : un enjeu géopolitique actuel, Paris, L'Harmattan, 2009, p. 276 :

"Un total de 500 Chypriotes turcs est porté disparu, en majorité depuis 1963, et de 1 586 Chypriotes grecs a connu le même sort, en majorité, à partir de 1974. Les deux parties ont exhumé récemment des charniers. En juin 2006, les restes de Chypriote turcs portés disparus, lors des affrontements intercommunautaires de 1963-64, ont été localisés, près d'une ville touristique en RdC (Le Figaro, 7 juin, 2006). La RTCN a exhumé aussi 11 charniers dans le nord de l'île. (...)

Le côté chypriote turc veut par exemple élucider les conditions, dans lesquelles les habitants de Dohni/Taşkent ont été assassinés. En mars 2006, l'Association des familles des martyrs chypriotes turcs et la Fondation chypriote turque des droits de l'Homme ont intenté un procès à l'ONU, à propos du massacre par les milices chypriotes grecs de 85 Chypriotes turcs dans ce village qui se trouve actuellement sur le territoire de la RdC. Les familles de ces victimes tiennent l'ONU pour responsable, dans la mesure où c'est après qu'elle avait ordonné à ces villageois de déposer leurs armes, qu'ils ont été tués. La RTCN ne veut pas non plus inclure 800 Chypriotes grecs dans la liste des disparus, en précisant qu'avant l'intervention militaire turque sur l'île, le 20 juillet 1974, des affrontements armés avaient opposé partisans et opposants au coup d'Etat, contre le président Makarios."

Le sort des Turcs tombés à la merci des Grecs

Joëlle Dalègre, "Grèce : comment peut-on être musulman ?", in Xavier Bougarel et Nathalie Clayer (dir.), Le nouvel islam balkanique : les musulmans, acteurs du post-communisme, 1990-2000, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 303 :

"Comme toute nation, les Turcs de Thrace ont également leurs moments difficiles qui resserrent les rangs : les spoliations de terre au profit des réfugiés grecs, les conversions forcées par les Bulgares, les représailles pendant la guerre civile grecque. Face au sort des Grecs d'Istanbul et du nord de Chypre, eux aussi ont leurs martyrs à évoquer : les Turcs de Crète massacrés au XIXe siècle, ou la minorité turque défavorisée par l'Etat chypriote indépendant."

mercredi 9 mars 2011

Le déficit budgétaire français se creuse à cause de la Grèce

09/03/11 | 09:54 | Claude Fouquet
Grèce et taxe professionnelle creusent le déficit budgétaire en janvier
Le déficit budgétaire s'est dégradé de 4,2 milliards d'euros en janvier. Une contre-performance liée a des évènements exceptionnels : le déblocage d'une nouvelle tranche de l'aide européenne à la Grèce et le versement anticipé d'avances destinées à compenser les effets de la réforme de la taxe professionnelle pour les collectivités locales.

L'année débute sur une note mitigée pour le déficit budgétaire français.Selon les chiffres publiés ce matin par Bercy, le d éficit s'est creusé d'un peu plus de 4 milliards d'euros au mois de janvier 2010 par rapport au premier mois de 2009. Il atteint 13,4 milliards d'euros à fin janvier contre 9,2 milliards un an plus tôt. Une aggravation qui ne doit cependant pas être prise comme une tendance. Les chiffres du mois de janvier sont en effet marqués par « des évènements exceptionnels » avertit le ministère du budget. Il s'agit notamment du déblocage d'une nouvelle tranche du prêt de l'aide européenne qui a été accordée à la Grèce pour l'aider à faciliter son redressement économique. Cette aide se traduit en janvier par une sortie de fonds d'un montant de 1,4 milliards d'euros. Ce versement aurait du intervenir plutôt _ en fait en décembre 2010 _ mais la dernière échéance de prêt avait été reportée d'un mois. L'an dernier, Paris avait inscrit dans son budget 2010 pour environ 3,9 milliards d'euros d'aide à la Grèce, sur les 6,3 milliards prévus au titre de sa contribution au plan d'aide européen. Une aide qui ne doit pas creuser le déficit public de l'ensemble de l'année (Etat, comptes sociaux, collectivités locales) puisque celle-ci est considérée comme une opération financière neutre dans la comptabilité publique.

Autre évènement exceptionnel qui explique cette dégradation, le versement anticipé des avances aux collectivités locales qui sont destinées à compenser les effets du nouveau régime de la taxe professionnelle et donc leur assurer une garantie de ressources.

Au final, et au 31 janvier dernier, les dépenses totales du budget atteignent 26,3 milliards d'euros contre 27,3 milliards un an plus tôt, ce qui constitue une évolution « conforme à la prévision de loi de finances pour 2011 » selon le ministère.

Du côté des recettes, la situation est plus équilibrée par rapport à celle qui prévalait en janvier 2010. Elles progressent légèrement pour atteindre 20,5 milliards contre 20 milliards un an plus tôt. Mais sur cette période de l'année il est difficile d'en tirer des enseignements. Les recettes fiscales augmentent ainsi de près de 8 % et la seule TIPP _ taxe intérieure sur les produits pétroliers _ de plus de 10 %. De même pour l'évolution des recettes non fiscales qui ne connaissent pas d'écart significatif dès lors qu'elles sont corrigées de l'encaissement d'une recette exceptionnelle d'un milliard, en application d'un jugement du Tribunal de l'Union européenne relatif au régime fiscal dérogatoire dont a bénéficié France Télécom entre 1994 et 2002. Sans cela, elles affichent un repli de près de 85 % sur un an.
Source : http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201207583177-grece-et-taxe-professionnelle-creusent-le-deficit-budgetaire-en-janvier.htm

mardi 8 mars 2011

Le terrorisme révolutionnaire chrétien-orthodoxe dans la Macédoine ottomane

Henry Laurens, "Impérialisme européen et transformations du monde musulman", in L'Europe et l'islam : quinze siècles d'histoire (ouv. col.), Paris, Odile Jacob, 2009, p. 354 :

"Dans la Macédoine ottomane (les vilayets du Kosovo, de Monastir et de Salonique), les ethnies et les confessions sont multiples faisant plus que jamais du mot Macédoine le synonyme de mélange hétéroclite. Les Etats balkaniques chrétiens orthodoxes (Grèce, Serbie, Bulgarie et Roumanie) y sont tous intéressés au nom de droits historiques et de parentés ethniques. Chacun soutient plus ou moins clandestinement des sociétés secrètes terroristes qui à la fin du XIXe siècle s'en prennent aux édifices de l'Etat, aux bâtiments religieux et aux civils des autres communautés. C'est certainement en Macédoine, dans les années 1890, que naît le terrorisme moderne (mises à sac de villages entiers, enlèvements contre rançon, hold-up, incendies de mosquées et d'églises, attaques contre l'Orient Express). D'ailleurs, les nationalistes arméniens se sont inspirés des méthodes des terroristes bulgares. Les fedaï arméniens suivent le modèle des terribles comitadji macédoniens et comme eux se posent en révolutionnaires."

Voir également : Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

Les réseaux de prostitution forcée à Chypre

> PARU DANS : Le Nouvel Obs
> DATE : mars 2007
> AUTEUR(S) : Cécile Bontron

Enquête sur les cabarets et la prostitution sous visa « artiste de cabaret » à Chypre, version initiale (avant la perte de l'une des 4 pages prévues) récompensée par le prix Louise Weiss espoir 2007.

Chypre, l'île maudite

Officiellement, Chypre combat la prostitution. Mais tous les six mois des centaines de jeunes femmes sont emmenées d'Europe de l'Est dans des bordels chypriotes avec des visas ad hoc : « artistes de cabaret ». Conscientes de leur destination ou pas.

La fuite fut fébrile. Pas le temps de récupérer vêtements, papiers ou souvenirs : en un mois de cauchemar, elles n'ont eu qu'une chance. Une seule. Course effrénée pour se réfugier dans une pharmacie… Fermée. La peur panique. Au bord de l'hystérie, Irina et Yelena s'engouffrent dans un supermarché. Et après de longues minutes d'angoisse, la délivrance arrive enfin sous les traits d'un prêtre orthodoxe et sa petite voiture. Irina en tremble encore : « J'étais tellement nerveuse que je n'arrivais pas à baisser le siège pour entrer… ».

Les deux Moldaves ont ainsi échappé à un véritable enfer. Arrivées depuis un mois à Limassol, la deuxième ville de Chypre, elles étaient enfermées dans leur « pension », une chambre de six lits au-dessus d'un cabaret. La porte ne s'ouvrait qu'à 18h. Vingt minutes du seul repas de la journée, puis elles descendaient travailler, c'est-à-dire pousser la clientèle exclusivement masculine à consommer. Par tous les moyens. Danse seins nus, caresses, et possibilité d' « acheter la fille » en fin de soirée. La blonde Irina aux grands yeux en amande et aux pommettes saillantes, s'est soumise. Elle qui pensait venir danser a été cassée par des méthodes bien rodées : brutalités, menaces, rétention du passeport, et dettes à rembourser.

Irina est ainsi devenue « artiste de cabaret » à Chypre. Une profession exercée uniquement par des femmes, étrangères, et principalement, issues de Russie, Ukraine, ou Moldavie. Toutes débarquent sur l'île d'Aphrodite grâce au visa « artiste de cabaret », un visa valable 3 mois, renouvelable une fois, et qui requiert… des tests de dépistage des maladies sexuellement transmissibles. 4000 de ces visas sont distribués chaque année. Officiellement, ces « artistes » sont des danseuses, ou des serveuses.

Yiannis* est un client régulier. Ce soir-là il descend dans l'un des nombreux cabarets de Nicosie. Entrée par un escalier de velours rouge, lumières tamisées. Sur la scène, une femme exécute mécaniquement une danse lascive sur une barre verticale. Au bout du bar, les autres filles, toutes légèrement vêtues, s'affalent sur le comptoir. Yiannis s'installe en étage sur un tabouret accolé à un comptoir. Il commande un verre. Au bout de quelques minutes, une grande brune en déshabillé vaporeux l'accoste : « vous voulez de la compagnie ? ».

Le rituel est bien réglé. Si le client accepte, il doit lui offrir un « cocktail ». « En réalité, c'est de l'eau ou du jus d'orange », précise Yiannis. Le « cocktail » coûte quand même près de 20 €. Pour emmener la fille, il faut en acheter quatre ou cinq et normalement attendre la fermeture, le propriétaire évite ainsi toute accusation de proxénétisme. Mais on peut toujours s'arranger. Car l'industrie de la nuit est devenue puissante. Le nombre de cabaret a quasiment doublé à Chypre depuis 1990 atteignant 108 établissements en 2002 sans compter de nombreux night clubs et bars qui s'en inspirent largement. Et sur une île de 750 000 personnes, les réseaux se tissent dans tous les milieux.

Tous les cabarets ne proposent pas forcément de vendre des femmes. Mais rares sont ceux qui croient le contraire à Chypre. « Tout le monde sait que les artistes de cabaret sont des prostituées ! » assure un professeur d'université. Pour la majorité des hommes, ce commerce du sexe est acquis. Ce serait même « la seule manière de discuter avec une fille dans un bar » selon notre professeur.

Dans une telle acceptation générale, l'alarme, tirée en 2003 par Eliana Nicolaou, la Médiatrice de l'Etat, n'a eu aucun écho. Son étude a surtout permis au secrétariat d'Etat américain de placer Chypre parmi les pays à surveiller dans son Rapport 2004 sur la Traite des êtres humains. Entre la Chine et Djibouti. Cette pression internationale a fait réagir le gouvernement : création d'un Plan national d'action, rafles… mais sans grand résultat. Les patrons de cabarets se sont fait plus prudents. Et le Plan n'a pas été appliqué.

Honte de celles qui reviennent, espoir fou de celles qui partent, en dehors de l'île, l'hypocrisie fonctionne encore. Irina assure, ainsi, le regard sans faille, qu'elle a été trompée. En Moldavie, elle était infirmière. Pour une misère. « J'élève seule mon fils de 9 ans… le seul moyen de s'en sortir, c'est de partir. J'ai lu une annonce qui proposait du travail bien payé à Chypre. Je suis allée dans le bureau de recrutement où une femme m'a dit que le travail consistait à danser. C'est tout. » L'agent a demandé 300 dollars, puis lui a promis un visa et un billet d'avion. Elle rembourserait sur place.

Mais lorsque Irina a visité son futur lieu de travail pour la première fois, « ce fut un choc ». « Les filles dansaient seins nues, c'était horrible ! ». Evidemment, elle refuse. Mais, elle est déjà captive. Les patrons des cabarets organisant la casse de leurs filles, celui d'Irina la tabasse, l'intimide et l'affame même : elle ne mange qu'une seule fois dans la journée si elle ne part pas avec un client. La jeune femme cède. Six nuits sur sept, elle appartient à son acheteur, « c'était souvent des vieux » grimace-t-elle.

Taille mannequin, le visage fin, Olena est arrivée d'Ukraine il y a trois ans pour travailler dans un cabaret de Paphos, au sud ouest de l'île. La blonde trentenaire assure également avoir été trahie. Mais par une connaissance. « Elle m'a dit qu'elle revenait de Chypre où son mari avait un bar. Elle cherchait une serveuse » se souvient-elle. La rabatteuse, ex « artiste de cabaret », a, là encore, tout pris en charge. Olena s'est retrouvée bien seule. « Le propriétaire m'a emmenée dans un appartement où vivaient les autres filles. J'y suis restée deux semaines sans travailler. Elles ne m'ont rien dit. Peu à peu, j'ai réalisé. » Olena tente de refuser, mais les menaces contre sa famille et la rétention de son passeport, la font craquer. Elle doit rembourser sa dette. Olena n'a effectué qu'un seul contrat : un client du cabaret l'a épousée avant son renouvellement. Un mariage ultra rapide qui soulève de lourds soupçons : beaucoup de filles trouvent ainsi leur porte de sortie en franchissant celle de la mairie. Femme puis mère de chypriote, l'Ukrainienne a obtenu la garantie de rester à Chypre et de pouvoir exercer un métier « normal ».

Car le visa « artiste de cabaret » est exclusif. Les femmes ne peuvent prétendre à une autre profession, ni pendant ni même après le séjour : il est difficile d'obtenir un autre visa après celui-ci. Il faut même attendre de nombreux mois avant de pouvoir revenir en tant que touriste. Alors qu'on peut multiplier les visas « artiste de cabaret » entre six mois de carence.

Très peu de femmes osent donc s'enfuir des cabarets. D'autant qu'une immigrée qui quitte son lieu de travail est en situation irrégulière. Si la police la retrouve, elle la renvoie chez elle, c'est-à-dire dans le pays de son agent, un mafieux, à qui elle n'a pas réglé ses dettes… La fuite épique d'Irina et de Yelena avait, elle, un garant : le père Savvas, fondateur du seul foyer pour victimes d'exploitation sexuelle de Chypre.

Mais beaucoup de femmes arrivent aussi sur l'île en connaissant leur but.Certaines reviennent même tous les six mois comme Tania, une jolie petite blonde bouclée, qui travaille dans des cabarets chypriotes depuis deux ans. Pétillante, sexy, elle joue son rôle à la perfection. Mais à l'évocation de sa fille restée dans une famille d'accueil, son sourire de scène, aussi largement affiché que la petite nuisette censée l'habiller, se décompose. « Je fais ça pour l'argent. En Moldavie, on peut gagner au maximum 100 $ par mois. C'est rien. Mon mari a fui en Russie. Ma mère est retraitée, il faut bien l'aider ! » Pour se donner du courage, Tania a glissé une photo de sa fille sur son miroir, elle « la regarde tous les matins ».

Si elle affirme assumer son travail, la belle moldave reste prisonnière d'un système esclavagiste. Comme Irina, Yelena ou Olena, elle a été placée en résidence avec les autres filles du cabaret. Elle ne peut se déplacer qu'accompagnée par un homme de main du patron. Elle doit rembourser de lourdes dettes. Et son impresario (le correspondant de l'agent à Chypre) lui a aussi retiré son passeport. La quadrature du cercle. « Ce n'est pas parce qu'elles savent que c'est différent », affirme Josie Christodoulou qui réalise la toute première étude sur le trafic d'être humain à Chypre. D'ailleurs, « après plusieurs contrats, elles sont cassées, témoigne Olena. L'Ukrainienne a gardé contact avec des compatriotes ayant, comme elle, réussi à épouser (et souvent divorcer) un chypriote. Elles n'arrivent pas à oublier. Elles boivent. »

Irina et Yelena, elle, ont réussi à limiter leur calvaire. Il n'aura duré qu'un mois. Ayant témoigné contre leur patron, elles se battent aujourd'hui avec l'immigration pour pouvoir, enfin, avoir un travail « normal » à Chypre. Tania n'aura probablement jamais cette opportunité. Elle économise pour se construire une vie correcte en Moldavie avec sa fille. Une fille élevée par des étrangers que Tania doit payer. Pendant qu'elle se retrouve prisonnière la journée, et vendue la nuit.

Cécile Bontron

    * Le prénom a été modifié
Source : http://www.redacnomade.com/article.php3?id_article=634&id_auteur=63

CHYPRE, L'ÎLE DE L'ABOMINATION
Paru le Vendredi 11 Avril 2008

JEAN-LUC DE ROVINELLI   

Contrechamp TRAITE - A Chypre, de jeunes immigrées sont soumises à la prostitution forcée via les «visas d'artistes». Depuis Genève, l'association ACEES appuie l'action locale contre cette forme d'esclavage.
Le 23 mai 2007 est fondée à Genève l'association ACEES, Association contre l'exploitation et l'esclavage sexuels. L'élément fondateur de cette association remonte au 6 novembre 2006. Ce matin-là, Androula Henriques entend Célhia de Lavarène présenter sur France Culture son livre-témoignage Un Visa pour l'Enfer1. Elle ressent un choc à l'écoute du témoignage de cette journaliste sur son action au Libéria, dans le cadre d'une mission onusienne de lutte contre la traite des êtres humains. Elle décide aussitôt de se mobiliser pour soutenir les victimes de l'esclavage sexuel et entre rapidement en contact avec Mme de Lavarène qui, après son retour de sa mission libérienne, a fondé à New York l'ONG Stop International2. Début 2007, au cours d'un séjour prolongé dans son pays d'origine, Chypre, l'actuelle vice-présidente d'ACEES lit un article du Nouvel Observateur, «Chypre, île maudite»3. C'est pour elle un deuxième choc: elle prend conscience que le commerce des êtres humains n'est pas l'apanage des pays sous-développés dévastés par la guerre et la misère, mais que les mêmes horreurs ont cours à Chypre, pays membre de l'Union européenne depuis le 1er mai 2004. La lecture de cet article aura au moins le mérite de lui révéler l'existence du père Savvas Michaelides, un pope de l'Eglise russe de Limassol. Ce religieux, mis au courant, au cours de confessions, de la réalité vécue par des jeunes filles slaves obligées de se prostituer par leurs employeurs propriétaires de cabarets, a fondé un refuge pour héberger les jeunes femmes qui réussissent d'une manière ou d'une autre à échapper à leur condition d'esclaves sexuelles. La rencontre avec le père Savvas et la visite de son refuge seront décisives pour Mme Henriques: elle remuera ciel et terre pour aider cet homme de bonne volonté. Tout d'abord à Nicosie même, avec quelques amies, sous forme d'une aide d'urgence au refuge, puis à Genève dès son retour à Pâques 2007, auprès de ses nombreuses connaissances et amis avec lesquels elle fonde l'ACEES.
En 2004, le père Savvas fonde donc un refuge pour accueillir les victimes rescapées de l'esclavage sexuel dans une maison prêtée par l'évêché de Limassol. Il est aidé dans la gestion de ce refuge par deux assistants sociaux qui ne perçoivent pas de salaires réguliers et doivent effectuer des petits boulots à côté de leur travail principal pour gagner à peu près décemment leur vie.
Le ministère de la Justice – sous certaines conditions – et les services sociaux chypriotes ont octroyé, dans un premier temps, une aide qui s'est avérée dérisoire pour subvenir au fonctionnement normal du refuge. Une demande de prise en charge des frais courants du foyer a alors été adressée à l'Eglise orthodoxe de Chypre et est restée sans réponse à ce jour. L'ACEES a alors apporté son soutien financier au père Savvas, pour éviter la fermeture de son refuge.
Il faut remarquer qu'à la suite de pressions réitérées de la Commission contre le trafic des êtres humains du Conseil de l'Europe, de l'ACEES et du passage remarqué de Célhia de Lavarène à Chypre en novembre dernier, un refuge gouvernemental a été ouvert à Nicosie le 27 novembre 2007: ce foyer, qui a connu d'emblée des problèmes de fonctionnement par manque de formation de sa première directrice, a néanmoins le mérite d'exister, et sa gestion va s'améliorant.
Le refuge du père Savvas, qui a déménagé dans la ville de Limassol, accueille de trois à dix jeunes femmes de provenances diverses, ce qui n'est pas sans occasionner des problèmes d'intendance, surtout après le départ d'un des assistants sociaux. Si bien qu'une famille a emménagé dans le bâtiment pour gérer les «conflits» naissant entre habitantes. Cet hiver, la vice-présidente d'ACEES, qui séjourne dans son pays d'origine, a, grâce à ses connaissances linguistiques, pris en charge personnellement cinq jeunes femmes originaires d'Amérique latine.
Le souhait de l'association genevoise est que l'Eglise chypriote s'engage rapidement et dans la durée à soutenir financièrement l'oeuvre du Père Savvas, car l'argent à sa disposition est limité.
Lors d'une conférence à l'Université de Nicosie organisée le 20 juin 2007 par Stop International au sujet du trafic des êtres humains, Marina Dimitriou lance un appel pour l'abolition des visas dits «d'artistes». Le 19 juillet 2007, le père Savvas adresse au président de la République de Chypre une lettre ouverte qu'il termine en demandant de considérer de manière radicale le problème de l'exploitation des jeunes femmes attirées à Chypre par des contrats d'artistes de cabarets. Ce problème sera repris en novembre 2007 au cours du séjour de la fondatrice de Stop International: le président de la République de l'époque, Tassos Papadopoulos, s'impliquera personnellement dans ce dossier et demandera au responsable des visas, Lazaros Savvidis, l'abolition, dans les quinze jours, du fameux «visa d'artiste». Cette démarche présidentielle, qui avait suscité d'immenses espoirs chez le père Savvas et ACEES, est malheureusement restée lettre morte. Même la visite du représentant de Stop International auprès des autorités compétentes, un mois plus tard, n'a pas permis de débloquer le dossier. Des fonctionnaires proches de ce dossier invoquent, sous le couvert de l'anonymat, des pressions multiples (lobby des cabaretiers; «mafia» du monde de la nuit), de la corruption, etc.
Le père Savvas ne perd pas courage et continue, haut et fort, à réclamer l'abolition du fameux visa4.
Le 24 février dernier, le nouveau président de la République de Chypre a été élu lors du deuxième tour d'une élection très disputée: Demetris Christofias, du Parti communiste chypriote. Ce dernier a promis de s'atteler sans tarder, avec son homologue de la partie turque, au problème de la partition de l'île. Nous avons grand espoir, suite à de premières prises de position encourageantes, que le nouveau gouvernement s'occupe rapidement du problème des «visas d'artistes» et de son corollaire: l'exploitation et l'esclavage sexuels, qui entachent l'image de Chypre à l'étranger. I
Note : * Respectivement président et trésorière d'ACEES, www.acees.ch
1 Un visa pour l'enfer : Une femme combat les marchands de sexe, Fayard, 2006.
2 www. stopinternational.org
3 Le Nouvel Observateur, 1er mars 2007, «Chypre, l'île maudite», par Cécile Bontron.
4 Comme le montre un récent article publié dans La Croix du 22 février 2008, «Un prêtre demande à Chypre d'abolir les visas d'artistes», par Thomas Jacobi.
Source : http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=439193

International |  07/01/2010 - 14:15
La CEDH sanctionne Chypre et la Russie

La Russie et la République de Chypre ont été condamnées jeudi par la Cour européenne des droits de l'homme pour leur inaction vis-à-vis des réseaux de prostitution forcée entre leurs deux pays. Condamnation qui fait suite à une affaire intervenue en 2001: une prostituée russe de 20 ans avait été retrouvée morte à Limassol, deuxième ville de Chypre. Or, la jeune femme avait été recrutée comme "artiste de cabaret", un statut que le Conseil de l'Europe et des organisations de défense des droits de l'homme dénoncent comme un artifice masquant des activités de prostitution.
 Source : http://www.lejdd.fr/International/Depeches/La-CEDH-sanctionne-Chypre-et-la-Russie-163042/

lundi 7 mars 2011

L'axe turco-bulgare contre la Grèce

Michel Bozdémir, La marche turque vers l'Europe, Paris, Karthala, 2005, p. 219 :

"(...) la chute du régime de Jivkov à Sofia a provoqué un retournement d'alliance extrêmement bénéfique pour Ankara. Non seulement le problème de la minorité turque a été résolu du jour au lendemain (cette minorité, après avoir subi les méfaits de la politique d'assimilation dans les années 1980, a recouvert ses droits et ses libertés, et participe même à la vie politique d'une manière active), mais aussi, on assiste depuis à la naissance d'un axe turco-bulgare."

Pour rappel : Les Grecs plus slavophobes que turcophobes ?

mercredi 2 mars 2011

Grèce : les manifestations anti-austérité dégénèrent en affrontements avec la police

Affrontements entre jeunes et policiers à Athènes

23/02 17:44 CET

Les rues d’Athènes envahies par les cocktails molotovs.

Les policiers déployées dans la capitale grecque ont été pris pour cible, en marge de la manifestation de mercredi.

Celui-ci est secouru de justesse par ses collègues.

Les affrontements se déroulent aux abords du parlement, dans le centre-ville.


D’un côté, des dizaines de jeunes jetant des engins explosifs et des pierres.

De l’autre, les 5000 policiers qui encadrent la manifestation anti-austérité, et qui répliquent par des tirs de gaz lacrymogènes.

Plusieurs arrestations ont déjà eu lieu, et au moins 3 membres des forces de l’ordre ont été blessés.
Dans le même temps, le gros des manifestants continuaient de défiler.

Selon les syndicats, environ 60 000 personnes sont descendues dans les rues d’Athènes.

Ils réclament l’arrêt de la cure d’austérité menée par le gouvernement socialiste.

Une grève de 24 heures a été décrétée, alors que de nouvelles mesures de rigueur sont attendues.

En 2010, le gouvernement a déjà baissé les salaires et les retraites et augmenté les impôts.

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Source : http://fr.euronews.net/2011/02/23/affrontements-entre-jeunes-et-policiers-a-athenes/

Grèce: affrontements jeunes-police en marge d'un défilé de grève générale

ATHENES - Des affrontements ont eu lieu mercredi dans le centre d'Athènes entre des dizaines de jeunes et les forces anti-émeutes en marge d'une manifestation contre l'austérité dans le cadre d'une grève générale de 24 heures à l'appel des syndicats, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les forces de l'ordre, déployées en cordon devant le ministère des Finances, en bas de la place centrale de Syntagma, ont tiré des grenades de gaz irritants et lacrymogènes pour repousser les jeunes qui les visaient avec divers projectiles.

La police s'est ensuite déployée pour repousser au-delà de la place la masse des manifestants, scindée en deux par les incidents et dont beaucoup toussaient et suffoquaient. Mais les échauffourées se sont poursuivies en contrebas du parlement, où des jeunes jetaient des cocktails Molotov, des morceaux de marbre ou des pierres sur les forces de l'ordre.

Un policier touché par un cocktail Molotov et dont l'uniforme s'est enflammé, a dû être secouru par ses collègues, selon un photographe de l'AFP.

La police qui comptait trois blessés légers dans ses rangs, a annoncé avoir procédé à cinq arrestations.

Selon les syndicats, plus de 60.000 personnes ont défilé à Athènes, selon la police ils étaient 20.000. A Salonique, la police a dénombré environ 16.000 manifestants.

Quelque 5.000 policiers avaient été déployés à Athènes face au risque de tels débordements qui sont quasi systématiques ces dernières années lors des manifestations.

La plupart des magasins étaient restés fermés, voire barricadés dans le centre-ville, où une moto de la police a été brûlée et la devanture d'une banque endommagée.


Les manifestations étaient organisées par les deux grandes centrales du pays, la GSEE pour le privé et l'Adedy pour le public, ainsi que par le front syndical communiste Pame, dans le cadre d'une journée d'action de 24 heures contre la cure d'austérité prescrite au pays par l'Union européenne et le Fonds monétaire international en échange de son sauvetage financier.

"Nous demandons que le gouvernement renonce à toutes ses mesures, qu'il renonce aux privatisations, qu'il interdise les licenciements et qu'il arrête la paiement de la dette du pays", a déclaré à l'AFP Tania Vrizaki, militante du Sek (gauche anticapitaliste).

Le président du principal syndicat de la société publique d'électricité DEI, Nikos Fotopoulos, s'est déclaré "spécialement inquiet" pour l'avenir de son entreprise que le gouvernement "veut faire entrer en bourse". "Nous savons que si cela se passe, le consommateur grec devra payer deux ou trois fois plus cher le kwh", a-t-il ajouté.

Après avoir augmenté en 2010 les impôts, réduit les salaires des fonctionnaires et les retraites, le gouvernement est désormais engagé dans une deuxième phase d'austérité, qui passe par une dérégulation de l'économie et de possibles nouvelles baisses de salaires dénoncées par les syndicats.

(©AFP / 23 février 2011 15h37)
Source : http://www.romandie.com/infos/news2/110223143741.wf5114z8.asp

International
23 février 2011, 23h22
Grèce : Les manifestations anti-austérité dégénèrent

Des manifestations contre le plan d'austérité imposé par l'union européenne et le FMI ont dégénéré mercredi en Grèce.

Soixante mille manifestants se sont regroupés mercredi à Athénes, selon les syndicats (20.000 selon la police), et 16.000 à Salonique, pour manifester contre la politique d'austérité menée par le gouvernement. La première grève générale de l'année – après sept journées de mobilisation en 2010 – répondait à l'appel des deux principaux syndicats du pays. Tous protestaient contre les nouvelles mesures d'austérité annoncées et passant par une dérégulation de l'économie, après les baisses des salaires et des pensions et les hausses de taxes déjà intervenues en 2010.

Le regroupement qui se voulait pacifique a très vite dégénéré. Dans l'après-midi, juste après l'arrivée du cortège principal sur la place Syntagma, face au parlement, des dizaines de personnes se sont opposées aux forces anti-émeute à coups de cocktails molotov et de divers projectiles, tandis que les forces de l'ordre ripostaient avec des grenades lacrymogènes. Trois policiers ont été légèrement blessés tandis que neuf émeutiers ont été interpellés. En prévention d'éventuels débordements, les magasins du centre d'Athènes étaient restés clos voire s'étaient barricadés. La police quant à elle s'était déployée en masse dans la capitale, avec pas moins de 5.000 unités.
"Nous n'en pouvons plus"

Les manifestants déplorent le manque de perspective offert par le gouvernement Grec. « Tout le monde pense que c'est l'impasse complète, financière, politique, morale et culturelle, la société grecque est sans espoir », rapporte l'un d'entre eux à l'AFP. La banderole en tête du cortège proclamait : « Nous n'en pouvons plus ». Et pour cause, le chômage touche 14% de la population.

Parallèlement aux manifestations, Georges Papandreou le Premier ministre grec était à Helsinki. Il effectue  une tournée européenne  pour demander à ses partenaires européens le rallongement des délais de remboursement du prêt de 110 milliards d'euros consenti à la Grèce par l'UE et le FMI. Il a annoncé que le pays rembourserait sa dette « avec les intérêts ».

Par Maxime Thomas
Source : http://www.francesoir.fr/actualite/international/grece-manifestations-anti-austerite-degenerent-75973.html