jeudi 5 mai 2011

La brutalisation entraînée par les Guerres balkaniques (1912-1913), elles-mêmes provoquées par les Etats chrétiens-orthodoxes (Grèce, Serbie, Bulgarie)

Dzovinar Kévonian, Réfugiés et diplomatie humanitaire : Les acteurs européens et la scène proche-orientale pendant l'entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 200-201 :

"Les Guerres balkaniques représentent cependant dans cet enchaînement une étape importante car elle préfigure les mesures prises lors des règlements de paix du premier conflit mondial. La première guerre balkanique, qui d'octobre 1912 à mai 1913 oppose la Serbie, la Bulgarie et la Grèce à l'Empire ottoman, puis la seconde de juin-juillet 1913 opposant la Bulgarie à ses alliés de la veille et de nouveau à l'Empire Ottoman, provoquent de massifs mouvements de populations liés à la violence des combats et aux enjeux nationaux et territoriaux en présence. Dans ces conflits, les populations civiles sont au centre des stratégies de guerre, à la fois comme acteurs, otages et enjeux territoriaux. La première guerre provoque principalement l'exode vers Constantinople et l'Anatolie de près de 100 000 musulmans de Thrace fuyant l'avancée des armées des Etats balkaniques. Pendant la seconde guerre, on assiste à un chassé-croisé des populations : reflux vers la Bulgarie de 15 000 Bulgares de Macédoine, de 70 000 Grecs de Thrace occidentale occupée par les armées bulgares vers la Grèce ; départ de 10 000 Grecs des territoires macédoniens attribués à la Serbie par le traité de Bucarest (août 1913), de 48 600 musulmans de Thrace occidentale vers la Turquie et de 46 800 Bulgares de Thrace orientale vers les territoires de Thrace occidentale attribués à la Bulgarie, à la suite du traité de Constantinople (septembre 1913). Uniquement en Macédoine, on assiste sur l'ensemble de la période 1912-1925, à 17 mouvements de migrations. Ces deux guerres ont en commun l'extrême âpreté des combats, la disparition de la distinction entre civils et militaires, le recours aux massacres et persécutions, aux pillages et destructions de toutes sortes. Les témoignages abondent sur les « atrocités » balkaniques des années 1912-1913, en particulier ceux des correspondants de guerre. Souvent confusément, parfois de manière plus claire, ces journalistes et reporters perçoivent que ces guerres sont différentes et constituent une atteinte au droit des gens."

Sur le même sujet : Salonique, 1912 : les exactions de l'armée grecque contre les populations non-orthodoxes

Les conséquences désastreuses de l'agression coordonnée par les Etats grec, bulgare et serbe contre l'Empire ottoman (1912-1913)