jeudi 5 mai 2011

Les Grecs, des Européens ? Leurs relations historiquement étroites avec les Arabes

Georges Prévélakis, Géopolitique de la Grèce, Bruxelles, Complexe, 2006, p. 127 :

"La Grèce et le monde arabe

Les Grecs ont un long passé de relations étroites avec les peuples arabes dont la civilisation a été fortement influencée par l'hellénisme. Malgré l'importance de l'islam pour l'arabisme, un certain nombre d'Arabes sont des chrétiens orthodoxes.

A l'intérieur de l'Empire ottoman, les hommes d'affaires grecs ont développé leurs activités dans l'espace arabe. Au XIXe siècle, les Grecs jouaient un rôle fondamental dans l'économie de l'Egypte. La communauté grecque d'Alexandrie constituait un des principaux foyers de l'hellénisme qui a apporté à la Grèce un grand nombre de ses évergètes et aussi un des plus grands poètes grecs, Constantin Cavafy.

Cette présence grecque dans les pays arabes n'a pas survécu à la montée des nationalismes. Le départ des Grecs d'Egypte a commencé dès la fin du XIXe siècle pour se terminer dans les années 1950, par le déracinement total de la communauté grecque d'Egypte, après l'arrivée de Nasser au pouvoir au Caire. La Grèce actuelle conserve beaucoup de traces de ce passé. Les Grecs arrivés d'Egypte, que les Grecs ont appelé Egyptiotes, ont gardé leurs réseaux d'affaires et constituent, aujourd'hui, un lien entre la Grèce et le monde arabe.

Les Grecs et les Arabes ont combattu l'Empire ottoman et ont souvent été liés par une commune hostilité envers la Turquie, en particulier la Syrie. Ainsi, après 1974, les pays arabes ont soutenu la diplomatie grecque et chypriote contre la Turquie. Ces liens économiques et diplomatiques expliquent certaines difficultés dans les relations de la Grèce avec Israël (Etat qu'elle n'a reconnu qu'en mai 1990).

Pendant les années de la dictature de Papadopoulos, ainsi que pendant les années 1980, les relations avec les pays et les peuples arabes ont été très étroites. En 1973, Papadopoulos aurait été renversé par Ioannidis manipulé par la CIA à cause de son refus d'accorder aux Américains l'utilisation de l'espace aérien grec pour qu'ils soutiennent Israël (pendant la guerre du Kippour). Beaucoup d'officiers qui soutenaient Georges Papadopoulos étaient très influencés par le colonel Kadhafi.

Andréas Papandréou a repris cette tradition en menant une politique franchement pro-palestinienne et pro-arabe. Il a notamment essayé de jouer un rôle de médiateur entre la Libye et la France.

La Grèce est considérée comme un carrefour du terrorisme méditerranéen. Le territoire grec est souvent le théâtre de règlements de compte entre organisations arabes ou entre Arabes et Israéliens. Beaucoup d'opérations terroristes qui ont eu lieu en Grèce ont un rapport avec ce contexte. En général, ces opérations ne visent pas les intérêts grecs, mais plutôt américains, français, israéliens ou autres. Ce constat a conforté l'idée d'une certaine tolérance, dans les années 1980, des autorités de sécurité grecque envers les organisations terroristes installées sur son territoire.

Le renforcement de la position d'Israël après la guerre du Golfe de 1991 a conduit les gouvernements grecs à réexaminer leur politique à l'égard de cet Etat. Celle-ci est devenue certes beaucoup plus équilibrée pendant les années 1990, mais les liens entre Grecs et Arabes restent, aujourd'hui, importants dans différents domaines de la vie internationale. La marine marchande grecque constitue, elle aussi, un facteur de rapprochement puisqu'une grande partie du pétrole arabe est transportée par des pétroliers grecs."