samedi 25 juin 2011

La collaboration militaire entre l'Etat grec et la dictature terroriste syrienne

Pierre Blanc, La déchirure chypriote : géopolitique d'une île divisée, Paris, L'Harmattan, 2000, p. 155 :

"Pour la Turquie, retirer ses troupes de Chypre est d'autant plus improbable que l'île est supposée appartenir à une « régionale antiturque » associant en particulier la Grèce, la Syrie, le PKK, l'Arménie et dans une moindre mesure l'Iran. Il faut dire que certaines déclarations de responsables grecs peuvent contribuer à entretenir cette idée en Turquie. Par exemple, les propos du ministre de la défense grec, Gérasimos Arsenis, le père de la doctrine de défense hellénique, appelant, dans un discours prononcé en mars 1996 à Thessalonique, à une union anti-turque incluant tous les ennemis de la Turquie, sont très significatifs pour Ankara. Et ce, même si depuis, ce ministre a été éconduit de son poste pour son attitude belliqueuse. Dans cette logique et avant son renvoi, Gérasimos Arsénis avait signé en juillet 1995 un accord de coopération militaire avec la Syrie, engagée elle-même dans une rivalité déjà ancienne avec la Turquie, où les contentieux territorial (la région du Hatay/ Alexandrette) et fluvial (partage des eaux de l'Euphrate) constituent les principales pommes de discorde. Cet accord militaire gréco-syrien qui perdure, en dépit du départ de son concepteur, permet notamment aux avions et aux navires grecs d'utiliser les bases syriennes. La coopération militaire gréco-syrienne, à laquelle la République de Chypre est associée de facto eu égard à l'intégration des systèmes de défense grec et chypriote, est prise au sérieux au point que pour le stratège turc Sükrü Elekdag « la Turquie doit élaborer une stratégie de défense à partir de l'hypothèse qu'elle sera obligée de s'engager sur deux fronts en même temps. » "

Elise Ganem, L'axe Israël-Turquie : vers une nouvelle dynamique proche-orientale ?, Paris, L'Harmattan, 2005, p. 146 :

"Traditionnellement pro-arabe, il semblerait que la Grèce s'était rapprochée encore plus des Etats musulmans après la conclusion des accords de coopération militaire Israël/Turquie, qualifiés d' « alliance de malfaiteurs » par le ministre des Affaires étrangères Theodoros Pangalos. En signe de protestation, Athènes avait tout simplement refusé de mettre en application son accord de coopération militaire signé avec Israël en décembre 1994.

Cependant, c'est bien avant la conclusion des textes de 1996, que la Grèce, sous l'influence de la Syrie, avait commencé à voir d'un mauvais œil les relations croissantes entre Israël et la Turquie. Pour preuve, Athènes reçut l'autorisation, par le biais d'un accord signé en 1995, de se poser sur les bases syriennes. Or, lorsque l'on sait que les relations avec Ankara sont extrêmement tendues du fait du différend profond qui subsiste à propos de Chypre, cet accord aurait pu, ou pourrait, modifier l'issue d'un éventuel conflit, qu'il soit diplomatique ou militaire. Quelques temps après la signature de l'accord de février 1996 entre l'Etat hébreu et la République kémaliste, la Grèce signa de nouveau un accord de coopération militaire avec la Syrie. Celle-ci souhaitait ainsi resserrer l'étau autour de la Turquie et par là la forcer à reconsidérer ses liens avec Israël."

Il n'est pas inutile de rappeler que la Grèce était déjà membre de l'Union européenne quand elle signa tous ces accords militaires avec le régime syrien...

Voir également : Les Grecs, des Occidentaux ? Leurs relations avec le tiers-mondisme arabe et la République islamique d'Iran