mercredi 24 août 2011

Contrairement aux sarkozystes, les Finlandais refusent de s'aplatir devant les Grecs : ils leur imposent des garanties

24/08 | 07:00 | Massimo Prandi
Grèce : Helsinki déclenche un nouveau différend
Un nouvel élément de dissension au sein de la zone euro apparaît en ce qui concerne le prochain programme d'aide internationale à la Grèce. La Finlande impose à Athènes de lui apporter des garanties pour son prochain prêt.

Evangelos Venizelos, le ministre grec des Finances, et Jutta Urpilainen, son homologue finlandaise, appartiennent tous deux au Parti socialiste européen. Mais leurs intérêts nationaux respectifs ont prévalu le 16 août quand ils ont scellé un accord octroyant à la Finlande des garanties en échange de sa participation au prochain plan de sauvetage de la Grèce.

Les termes de l'accord sont simples : Athènes va financer en cash un fonds finlandais investi en obligations très bien notées qui servira de garantie (de collatéral, en langage financier) face à un éventuel défaut de remboursement du prêt consenti à Athènes par Helsinki. La Finlande s'engagera à hauteur d'environ 1 milliard d'euros dans le deuxième plan de 109 milliards d'euro de financements internationaux à la Grèce, estiment les experts chez Barclays Capital.

La ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, a révélé vendredi que la Grèce alimenterait le fonds norvégien avec des liquidités à hauteur de 20 % du milliard d'euros que la Finlande lui apportera, soit quelque 200 millions d'euros. Le gouvernement finlandais de large coalition exige absolument la mise en place d'un filet de protection pour son prêt.
« Un contrat de garantie »

En Finlande, le camp des eurosceptiques ne cesse de croître. Un sondage réalisé entre le 5 juillet et le 10 août place le parti d'extrême droite et anti-européen des Finlandais (nouvel intitulé des Vrais Finlandais de Timo Soini) en tête avec 22 % intentions de vote. Cette formation politique avait obtenu 19 % lors des élections législatives d'avril, devenant le troisième parti le plus représenté au Parlement du pays.

Sous la pression de sa propre opinion publique, le nouveau Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, était parvenu à faire inscrire dans le communiqué officiel du sommet des chefs d'Etat de la zone euro du 21 juillet que, «  le cas échéant, un contrat de garantie sera mis en place de façon à couvrir le risque résultant, pour les Etats membres de la zone euro, des garanties qu'ils auront fournies au FESF (Fonds européen de stabilité financière, NDLR) ». Fort de ce feu vert, il a imposé à la Grèce l'accord du 16 août.

Problème : tout en se déclarant opposés à l'arrangement intervenu entre Athènes et Helsinki, quatre autres pays de la zone euro, les « Triple A » Pays-Bas et Autriche, la Slovénie et la Slovaquie, veulent bénéficier des termes de cet accord si celui-ci était entériné par l'Eurogroupe. En conséquence, explique Ben May, économiste chez Capital Economics, la Grèce devrait immobiliser en garanties jus-qu'à 13 milliards d'euros sur les 109 milliards qui lui seront prêtés dans le cadre du prochain programme d'aide.
Divisions au sein de la zone euro

L'entêtement de Helsinki a suscité une levée de boucliers à Bruxelles. Toutefois, Berlin, sensible à la fois aux arguments des Finlandais et à une opinion publique de plus en plus hostile à d'autres plans de sauvetage, appelle désormais à un débat général dans la zone euro sur le sujet. La ministre allemande du Travail, Ursula von der Leyden (CDU), a déclaré hier que des garanties associées aux prochains programmes européens de soutien sont «  nécessaires ». Ce nouveau différend accentue les divisions au sein de la zone euro. L'agence de notation financière Moody's redoute que le débat sur le collatéral retarde le versement de la tranche de septembre du paquet d'aide à la Grèce décidée en mai 2010. Au risque de provoquer un défaut de paiement, alerte l'agence Moody's.
MASSIMO PRANDI, Les Echos
Source : http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0201584290046-grece-helsinki-declenche-un-nouveau-differend-209492.php