mercredi 7 septembre 2011

L'UE doit violer la souveraineté des Grecs pour bâtir un Etat fonctionnel chez eux, car ils sont de toute évidence incapables de le faire eux-mêmes : tel est l'avis d'un diplomate européen de haut rang

mardi 06 septembre 2011
« L’Union doit aider la Grèce à bâtir un État »
Une très intéressante conversation, tout à l’heure, avec un diplomate européen de très haut rang. Il m’a appelé pour me dire que je pointais avec raison le doigt sur le principal problème grec, l’absence d’État et qu’il était temps que les Européens s’en rendent compte : « déverser de l’argent en Grèce ne sert à rien si on ne les aide pas à bâtir une administration qui fonctionne », m’a-t-il expliqué. « Le problème grec n’est pas nouveau et je plaide depuis longtemps pour qu’on arrête de traiter la Grèce comme s’il s’agissait d’un pays comme un autre ». Pour lui, l’exercice actuel, non seulement ne sert à rien, mais pourrait faire exploser l’euro si les marchés pensent que tous les pays sous assistance financière ont les mêmes problèmes que la Grèce, ce qui n’est pas le cas comme le montre le redressement de l’Irlande : « l’Irlande a un État qui fonctionne et ça se voit ». « Avec la Grèce, on fait de l’hospitalisation à distance sans jamais avoir vu le malade. Les Européens feraient mieux d’aller sur place, d’y passer du temps afin de prendre la mesure des problèmes locaux. Consulter des feuilles de papier ne sert à rien puisqu’elles ne correspondent à rien ! »

Un autre développement de mon interlocuteur était particulièrement intéressant. « Il est remarquable de constater que tous les pays qui ont des problèmes sont ceux qui ont bénéficié de la politique de cohésion », c’est-à-dire des aides régionales européennes destinées aux pays et aux régions les plus pauvres. « La façon dont on a géré ces fonds a conduit à la création de bulle : au lieu d’en contrôler l’utilisation jusqu’au bout et de l’adapter aux problèmes structurels de chaque pays, on les a laissés faire ce qu’ils en voulaient ». Pour rappel, la Grèce, l’Irlande, le Portugal ou encore l’Espagne ont reçu pendant près de trente ans l’équivalant de 2 à 4 % de leur PIB par an. « Je me rappelle d’un chiffre qui m’avait effrayé en 2006 et j’en avais parlé à la chancelière allemande : l’Espagne consommait plus de béton que l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne réunies… » Ce qui aurait dû servir d’alerte. « On aurait dû conditionner le versement des aides européennes » : par exemple en s’assurant que l’Irlande n’allait pas s’en servir pour bâtir une fiscalité dérogatoire afin d’attirer les entreprises, mais plutôt pour bâtir les infrastructures qui lui manquent. Ou encore, il aurait fallu aider la Grèce a bâtir un État et non la laisser gaspiller l’argent en soutient à la consommation et en embauche de fonctionnaires. En clair, il aurait fallu violer la souveraineté des États, ce qu’ils n’étaient pas prêts à accepter à l’époque. Voilà qui devrait inciter l’Union à ne pas répéter les mêmes erreurs avec l’Europe de l’Est…

Cette spécificité grecque, comme je l’ai déjà expliqué ici, commence à être perçue par les partenaires d’Athènes : ainsi, les aides régionales seront désormais gérées sur place par un organisme européen (présidé par un Allemand) et indépendant. Comme l’avait déjà annoncé avant l’été Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, la Grèce doit se préparer à vivre pour quelque temps avec une « souveraineté limitée » si elle veut se sortir d’affaire. L’Union vient d’ailleurs de lui rappeler que son sort ne tient qu’à un fil en abrégeant hier une mission de contrôle. Evangélos Vénizélos, le ministre des Finances, a dû se résoudre a annoncer ce soir que la Grèce allait enfin mettre en œuvre le programme de privatisation auquel elle s’est engagée à plusieurs reprises, sans effet jusque-là, programme qui ne dépendra pas du gouvernement, mais d’un organisme indépendant, et engager la réduction de la taille du secteur public, notamment en fusionnant plusieurs centaines d’organismes parapublics aussi pléthoriques qu’inutiles.
Source : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/09/-lunion-doit-aider-la-gr%C3%A8ce-%C3%A0-b%C3%A2tir-un-%C3%A9tat-.html

Voir également : Un témoignage sans concession sur la Grèce "anormalement" resquilleuse, corrompue et improductive : "un pays encore loin de l'Europe, très loin"