lundi 5 septembre 2011

Quand est-ce que l'Etat grec va reconnaître l'identité ethnique des minorités habitant son territoire ?

Stéphane Yerasimos, "L'autre Alexandre", Politique étrangère, n° 2, 1992, p. 298 :

"Cette rupture d'équilibre incita les Grecs à prendre également des mesures coercitives contre les Turcs de la Thrace occidentale, lesquelles se heurtèrent à la résistance d'une population en grande partie rurale, donc moins mobile et pour cela moins vulnérable que les Grecs d'Istanbul, efficacement secondée par le gouvernement turc. L'accentuation des pressions durant les années 70 et 80 ne fit que provoquer un contentieux supplémentaire dans les relations gréco-turques. Aujourd'hui, cette minorité, que la Grèce qualifie de musulmane, est toujours composée de quelque 120 000 personnes, dont 70 000 Turcs, 30 000 Pomaks (d'origine controversée mais probablement des Bulgares islamisés) et 20 000 Gitans, mais la totalité semble se qualifier de turque, malgré le refus de la Grèce de reconnaître cette appellation.

Contrairement aux populations turco-musulmanes, aucun acte international n'oblige directement la Grèce à reconnaître une minorité slave ; elle déclare d'ailleurs que la question macédonienne n'existe pas. On dénombra néanmoins 82 000 slavophones lors du recensement de 1928 ; la dictature du général Metaxas s'attela, entre 1936 et 1940, à la tâche de leur hellénisation."

Georges Castellan, Histoire des Balkans, XIVe-XXe siècle, Paris, Fayard, 1991, p. 423 :

"(...) les nouvelles régions du Nord [de la Grèce] étaient hellénisées au point que leurs habitants slavophones se plaignirent d'une politique systématique d'absorption par interdiction de leur langue. Désormais, la Grèce ne connaissait que des Grecs."

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 315 :

"Quant à l'Etat grec, il se refuse toujours à reconnaître un statut de minorités aux Valaques et aux Slaves qui vivent dans le nord de son territoire et qu'il a baptisés « Grecs valaquophones » ou « slavophones » du seul fait qu'ils relèvent de l'Eglise orthodoxe grecque. Deux citoyens qui avaient revendiqué leur appartenance à la minorité slave macédonienne ont été ainsi condamnés le 1er avril 1993 à cinq mois de prison pour propagation de fausses nouvelles et incitation à la division nationale."

Voir également : Oppression des minorités et irrédentisme : l'europhobie violente du nationalisme grec 

Le sort des Turcs tombés à la merci des Grecs

Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

L'antagonisme gréco-slave