lundi 10 octobre 2011

Quand les Grecs soutenaient le FLN contre la France...

İsmail Soysal, "Les relations politiques turco-françaises (1921-1985)", in Jean-Louis Bacqué-Grammont et Hâmit Batu (dir.), L'Empire Ottoman, la République de Turquie et la France, Istanbul, IFEA, 1986, p. 654-655 :

"Les intérêts essentiels des deux pays [la France et la Turquie] se confondaient et la Turquie avait besoin de la contribution de la France pour son propre redressement économique. D'autre part le même droit à l'auto-détermination réclamé par les Algériens l'était aussi par la Grèce, en faveur des Chypriotes. Or, le gouvernement turc considérait cette dernière demande comme un prétexte pour l'annexion de l'île par la Grèce (Enosis). En fait, si les Français se trouvaient en minorité en Algérie, les Turcs l'étaient aussi à Chypre. Par conséquent, de même que la France considérait que l'affaire d'Algérie était une question interne, le gouvernement turc était enclin à voir dans le problème de Chypre, du moins au début, une question relevant uniquement de la Grande-Bretagne et chercha à étouffer l'affaire. En d'autres termes, il importait d'éviter une contradiction à propos des solutions qui devaient être trouvées dans les deux cas. C'est la raison pour laquelle, pendant des années la France s'opposera également au principe de l'autodétermination dans la question de Chypre alors que la Grèce, autre membre de l'OTAN, plaidera dans le sens opposé, tant pour l'affaire d'Algérie que celle de Chypre. En 1955, à l'Assemblée Générale des Nations Unies, la Turquie s'aligna sur le point de vue français : l'affaire algérienne était une question interne et elle vota donc contre son inscription à l'ordre du jour. En 1958 et en 1959, elle changea quelque peu son attitude, car elle cherchait alors à se rapprocher du groupe afro-asiatique. Elle admit à ce moment le principe de l'autodétermination, mais n'alla pas jusqu'à adhérer à la proposition visant à faire reconnaître l'indépendance de l'Algérie et s'abstint de voter dans ce sens. La mise au point turque déclarait : « Pour résoudre ce problème, le meilleur moyen est non pas d'envenimer les choses, ce qui ne pourrait que déboucher sur une impasse, mais de s'employer à promouvoir entre les parties des négociations afin de parvenir à un compromis. La Turquie, à titre d'alliée de la France, fait tout son possible dans ce domaine »."

Voir également : Les Grecs, des Occidentaux ? Leurs relations avec le tiers-mondisme arabe et la République islamique d'Iran

Les Grecs, des Européens ? Leurs relations historiquement étroites avec les Arabes

Les Grecs-orthodoxes, des Européens ? Leur engagement historique au sein des nationalismes arabe et grand-syrien