mercredi 12 octobre 2011

Richard Sulik, chef de file de la faction libérale de la coalition au pouvoir en Slovaquie : "La Slovaquie n'a pas à payer pour l'irresponsabilité de la Grèce"

Pourquoi la Slovaquie s'est opposée au fonds de secours européen

LEMONDE.FR | 12.10.11 | 19h40

C'est sans doute la première fois que la Slovaquie attire l'attention de la sorte. La décision des députés slovaques de rejeter, mardi 11 octobre dans la soirée, le renforcement du Fonds de secours financier de la zone euro (FESF), a placé l'une des plus petites économies de l'Union européenne sous le feu des projecteurs mais aussi des critiques.

Le dernier des 17 pays de la zone euro qui devaient approuver l'élargissement à 440 milliards d'euros de ce fonds de secours, décidé le 21 juillet, est en effet le seul à avoir dit "non", mettant un coup d'arrêt au moins temporaire aux efforts européens pour stopper la contagion de la crise de la dette.

HOSTILITÉ À L'EUROPE

S'il place dans l'embarras les dirigeants européens, ce vote — 55 voix pour, 9 contre et 60 abstentions — n'est en réalité pas une surprise. L'une des factions de la coalition quadripartite au pouvoir depuis juillet 2010, les libéraux du parti Liberté et Solidarité (SaS), était en effet dès le départ farouchement opposée à un renforcement du FESF.

Pour le chef de file du SaS, Richard Sulik, l'unique solution à la crise de la dette réside dans le respect par l'ensemble des Etats membres des règles d'équilibre budgétaire. La Slovaquie n'a pas à payer pour l'irresponsabilité de la Grèce, assène-t-il. Bratislava avait d'ailleurs déjà été la seule à avoir refusé de participer au premier prêt d'urgence accordé à la Grèce en 2010.


Ce discours rencontre un écho particulier dans une société de plus en plus hostile à l'Europe, alors que s'atténue l'enthousiasme de l'adhésion à l'Union européenne en 2004 et à la zone euro en 2009. Selon les sondages, 70 % des Slovaques sont opposés au renforcement du fonds de stabilisation, de même que de nombreux hommes politiques de tous bords.

DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES

Car la Slovaquie, durement touchée par la crise économique, est aujourd'hui l'une des économies les plus pauvres de la zone euro, bien plus fragile que la Grèce. Dans les années 2000, le pays post-communiste, surnommé le "Detroit de l'Europe" (en référence à la ville américaine), mise sur l'industrie automobile. Elle attire de grands constructeurs étrangers comme PSA Peugeot Citroën, Audi, Kia ou Volkswagen et se développe rapidement. Jusqu'en 2007, la croissance oscille autour de 10 %, tandis que le déficit budgétaire et le chômage sont au plus bas.

La crise économique change la donne. "L'industrie automobile était exportatrice à 80 %. Lorsque les marchés se sont rétractés, la Slovaquie a perdu beaucoup d'argent", dit Etienne Boisserie, chercheur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la Slovaquie. Aujourd'hui, la croissance dépasse difficilement la barre des 1 %, le déficit a atteint 8 % du PIB et le pouvoir d'achat ne représente que les trois quarts de la moyenne européenne. Avec 780 euros, la moyenne des salaires slovaques se hisse juste au-dessus du salaire minimum grec, qui atteint 750 euros.

Le renforcement du FESF, un outil destiné à venir en aide aux pays en difficulté financière (dont la Grèce, lourdement endettée), s'apparente donc un réel effort pour les Slovaques. Si la contribution de la Slovaquie représente "seulement" 7,7 milliards d'euros en valeur absolue, soit 1,75 % des 440 milliards d'euros du fonds, cette part grimpe à 10 % rapportée au PIB.

"COUP POLITIQUE"

Ces derniers mois, la Slovaquie a tout fait pour repousser le vote du renforcement du fonds, espérant qu'un autre pays s'y oppose avant elle. Mais mardi, Bratislava, dernière sur la liste de ratification, était au pied du mur. Et si les députés ont au final rejeté le texte, c'est aussi en raison de divergences politiques.

"Ce vote négatif met en lumière les faiblesses et le manque de cohérence de la coalition de centre-droit actuellement au pouvoir, notamment sur les questions économiques", estime Etienne Boisserie. Sans les 22 députés libéraux du SaS, qui n'ont pas participé au vote, la coalition et ses 55 députés restants ne pouvait en effet pas songer à obtenir la majorité requise de 76 élus sur 154. Par contre, les 64 voix de l'opposition sociale-démocrate (Smer-SD), favorable au renforcement du fonds, auraient pu faire pencher la balance en faveur du plan européen. "Les sociaux-démocrates estiment, à l'image d'une partie de la coalition, que la solidarité doit primer au sein de l'Union européenne, et que l'on ne peut profiter de ses avantages sans pâtir de ses inconvénients", explique Grigorij Meseznikov, politologue à l'Institut des affaires publiques de Bratislava.

Mais lors de ce vote, les enjeux de politique intérieure slovaque ont pris le dessus sur les préoccupations européennes. La première ministre, Iveta Radicova, affaiblie depuis plusieurs mois, a assorti le vote du renforcement du fonds d'un vote de confiance du gouvernement. Et l'opposition a saisi l'occasion pour fragiliser le pouvoir en place. "Les sociaux-démocrates ont préféré s'abstenir plutôt que de soutenir le gouvernement, analyse Etienne Boisserie. Mais surtout, ils ont fait un coup politique en proposant un accord au gouvernement : ils voteront en faveur du plan européen à condition de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées."

"Le gouvernement d'Iveta Radicova n'a eu d'autre choix que d'accepter car il a perdu toute légitimité", assure Grigorij Meseznikov.

RATIFICATION ASSURÉE... DANS QUELQUES JOURS

L'accord a été scellé mercredi. L'opposition a obtenu des élections anticipées pour mars 2012 en contrepartie desquelles elle s'est engagée à voter en faveur du renforcement du Fonds de secours de la zone euro, conférant ainsi à la coalition une majorité confortable de 119 sièges. Le second vote aura lieu au Parlement d'ici "vendredi au plus tard", a indiqué le chef des sociaux-démocrates, Robert Fico, assurant que "le parlement va ratifier le FESF sans le moindre problème".

Malgré le rapide retournement de situation, l'image de la Slovaquie sur la scène européenne pourrait pâtir de ce jeu de poker menteur. Mercredi, les président de l'Union européenne et de la Commission européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, ont en effet rappelé à l'ordre Bratislava, l'incitant "à dépasser les considérations politiques à court terme et à utiliser la prochaine occasion pour adopter rapidement un nouvel accord".

"Pendant trois jours, Bratislava aura peut-être une image de vilain petit canard, confirme Etienne Boisserie. Mais elle sera vite effacée car une majorité de députés a conscience de l'urgence et du fait que si la Slovaquie n'adopte pas le plan, elle en paiera le prix pendant de nombreuses années."
Audrey Garric
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/12/pourquoi-la-slovaquie-s-est-opposee-au-fonds-de-secours-europeen_1586077_3214.html

Voir également : Le président tchèque Vaclav Klaus qualifie les Grecs de fainéants et de buveurs d'ouzo (alcool grec)

Le ministre de l'Economie hongrois Gyorgy Matolcsy s'en prend vivement à la Grèce malhonnête : elle n'aurait jamais dû rentrer dans la zone Euro et même dans l'UE