samedi 19 novembre 2011

Athènes, décembre 1916 : l'agression grecque abjecte contre les soldats français innocents

L'Ouest-Eclair, 3 décembre 1916 :
Un coup de théâtre

A COUPS DE FUSILS, DE MITRAILLEUSES ET DE CANONS


Les troupes grecques tirent, à Athènes, sur nos marins et contre les légations alliées

Nous prenons des mesures énergiques

ATHÈNES, 2 décembre. — Le roi Constantin, dans le courant du mois d'octobre dernier, déclarant vouloir montrer sa bonne volonté à l'égard de l'Entente, avait spontanément offert de faire remettre aux gouvernements alliés en compensation du matériel de guerre livré par les officiers grecs aux Bulgares et aux Allemands la plus grande partie du matériel d'artillerie et des stocks existant en Grèce. Le roi demandait que dans ces conditions, il fut entendu que l'Entente ne demanderait pas qu'il sortit de la neutralité, liberté restant cependant aux volontaires grecs d'aller combattre l'ennemi de la Grèce.

Une indemnité devait d'autre part être donnée à la Grèce comme prix du matériel remis par elle. Cet engagement, le roi ne l'a pas tenu. Débordé peu à peu par des sentiment d'hostilité et d'amour-propre blessé soulevés contre ses propres décisions par les intrigues allemandes et par celles des partisans de Gounaris, Streit et autres ennemis avérés de l'Entente, il se déclara impuissant à assurer l'ordre dans les rues d'Athènes et à faire respecter sa volonté. De son côté, le gouvernement grec avait refusé de ratifier l'engagement royal bien qu'il eût été constaté par une lettre de la main du souverain.

A l'expiration du terme fixé pour la première livraison de matériel, l'amiral Dartige du Fournet jugea devoir débarquer quelques troupes, en prévision de troubles qui, d'après ses renseignements, étaient sur le point d'éclater. Ces troupes débarquées par simple mesure de prudence, furent maintenues hors de la ville d'Athènes, afin d'éviter toute excitation de la population. Les instructions du gouvernement, français étaient que ses représentants ne devaient point s'emparer de force du matériel promis et qu'aucun acte de violence ne devait être commis. Il annonçait simplement qu'il aviserait aux mesures de sécurité qu'il conviendrait de prendre.

Malgré cette ligne de conduite réservée, les troupes grecques ont pris subitement, le 1er décembre, une attitude agressive contre le détachement de marins français, qui se trouvait de longue date au Zappeion, contre les légations, contre l'école française d'Athènes et contre les venizelistes.

Des coups de fusils ont été tirés. Il a même été fait usage de mitrailleuses et, à plusieurs reprises, le canon a été tiré contre le Zappeion.


Il y a eu des blessés et des morts.

Dans ces conditions les gouvernements alliés ont décidé de prendre des mesures énergiques, en vue d'obtenir toutes les réparations que comportent les événements.

Les ministres alliés délibèrent

ATHÈNES, 1er décembre, 5 heures du soir (retardée dans la transmission). — La situation devient plus sérieuse.

A deux heures, M. Guillemin, le prince Demidoff, sir F. Elliot, qui se trouvaient à la légation de France, se sont rendus au Zappeion, où se tenait le vice-amiral Dartige du Fournet.

Il y a des victimes

Des coups de fusils étaient tirés de divers côtés. Des tirs de mitrailleuses avaient commencé, faisant plusieurs victimes.

Athènes offre l'aspect d'une ville assiégée.

Des bandes de réservistes, les uns en uniformes, d'autres en civil, circulent, par les rues, tirant, de côté et d'autre, sur les maisons venizelistes et les bâtiments annexés des légations de France, d'Angleterre, ainsi que sur l'Ecole d'Athènes.

L'escadre alliée répond


ATHÈNES, 1er décembre (11 heures du soir). — Retardée dans la transmission. — Une nouvelle réunion des ministres alliés, à laquelle prend part le ministre d'Italie, a lieu à la légation de France, pendant que continue le bruit des coups tirés, de part et d'autre.

L'escadre envoie quelques obus pour éteindre le feu des pièces grecques, qui ont pris le Zappeion pour objectif.

Au milieu de la nuit, le feu cesse.

Tous les marins alliés attaqués

ATHÈNES, 1er décembre, midi (retardée dans la transmission). — Le débarquement des marins alliés, Français. Anglais et Italiens, a eu lieu au Pirée. Dans la nuit, des troupes françaises sont également, débarquées. Tout s'est passé sans incident. Mais, ensuite, il s'est produit des collisions de divers côtés.

Au Pnyx, les Grecs ont tiré sur les marins britanniques. Des coups de fusils ont été également tirés sur les marins italiens, à la caserne Roufos, sur le Zappéion, où sont les marins français.

Deux coups de canon ont été tirés d'une colline occupée par les Grecs. Plusieurs marins ont été blessés.

Le Zappeion n'a pas risposté et les troupes de terre alliées ont été maintenues en dehors de la ville.

L'agitation règne dans les rues et les magasins se ferment.

Voir également : Les "Vêpres grecques" : comment les Grecs ont lâchement massacré des soldats français en pleine Première Guerre mondiale