mercredi 9 novembre 2011

Christian Saint-Etienne : "La Grèce n'a pas sa place dans la zone euro"

Publié le 04/11/2011 07:51 | Recueilli par Jean-Marie Decorse
"La Grèce n'a pas sa place dans la zone euro"

Christian Saint-Etienne est membre du Conseil d'analyse économique. Il nous donne son sentiment sur la situation de crise au sein de la zoane euro.


À l'heure de ce sommet international marqué par la présence des États-Unis, de la Chine, du Japon, l'Europe n'offre-t-elle pas le spectacle d'une cacophonie ?

C'est le moins qu'on puisse dire. C'est à l'évidence une Europe désunie qui n'arrive pas à prendre des décisions politiques. Il faut savoir tout de même que, si on considère la zone euro moins la Grèce, on se trouve avec une balance courante excédentaire. On n'a certainement pas besoin de l'aide de la Chine et des États-Unis pour résoudre nos problèmes. C'est uniquement parce que les Allemands ne veulent pas payer qu'on se retrouve dans ces difficultés. En fait, nous avons parfaitement les moyens de résoudre nos problèmes. La vérité, c'est que l'euro est une monnaie qui marche sur l'eau depuis le début, à laquelle on n'a pas associé un gouvernement économique, un budget fédéral, une coordination fiscale et sociale. Aujourd'hui, on paye les conséquences de ce choix originel. L'euro est une monnaie extrêmement fragile sur le papier. Et puis, il faut dire qu'il y a une crise grecque en elle-même, d'abord liée au propre comportement des Grecs. Pourtant, ils ne sont pas les seuls à avoir eu des difficultés. Portugais, Irlandais et Espagnols ont subi des ajustements très sévères. On n'entend pas parler de ces peuples comme on entend parler des Grecs qui refusent de payer des impôts, de rembourser sa dette. Je pense que cet État n'a pas sa place dans la zone euro.

Que faire pour que cette tragi-comédie grecque ne se reproduise pas ?

Si on prend les 16 autres pays et si on enlève la Grèce, il faudrait passer à la vitesse supérieure, dire qu'en contrepartie d'engagements de rigueur budgétaire, il faut que la Banque centrale rachète les obligations des 16 autres États. On ne fera pas l'économie de cet engagement que les Allemands ont totalement refusé. La crise a atteint un tel sommet que se pose l'alternative suivante : soit on se met d'accord sur la nécessité de racheter les dettes des seize pays avec une Grèce mise hors-jeu, ce qu'a fait la Réserve fédérale aux États-Unis. A ce moment-là, la crise disparaît et on ne parle plus de crise italienne ou espagnole. Soit la zone euro à seize sera obligée de se séparer avec une partie des pays créditeurs à fort excédent de balance qui refusent de payer pour les pays déficitaires. Il faudra alors qu'ils s'en aillent. Mais il est vrai qu'on en n' est pas là. Il faut régler dans un premier temps le cas grec.

A-t-on évité les effets de contagion aux autres pays ?

On n'aura pas évité totalement les effets de contagion si on ne prend pas une mesure radicale comme l'achat des dettes par la Banque centrale. Mais si on veut éviter la répétition de ces problèmes, il faudra accélérer la mise en place d'un gouvernement économique de la zone euro. Au départ, souvenons-nous que les Allemands ne voulaient pas de cette monnaie. C'est un paradoxe apparent : ils ont fini par accepter contraints et forcés cette monnaie, mais ne font-ils pas aussi tout pour qu'elle meure ?

La zone euro est-elle encore viable et le départ de la Grèce toujours possible ?

Il s'est passé quelque chose de décisif dans l'accord de Bruxelles du 26 octobre. Il y avait trois volets : un package pour aider la Grèce, le relèvement du Fonds de soutien européen et, au milieu, le volet de la recapitalisation des banques pour leur permettre de reprovisionner la Grèce. Or, c'est très important car, maintenant, compte tenu de ce qui se passe là-bas, le plus simple, c'est d'appliquer carrément ce volet de recapitalisation des banques et de passer les provisions, ce que vient de faire par exemple la BNP. Tout cela de manière à couper le cordon ombilical avec la Grèce.

Si ce pays implose, ça ne pourrira pas le reste de la zone euro. Celle-ci pèse 330 millions d'habitants et la Grèce seulement 11 millions. On a tout de même une certaine légitimité à demander ce qui se passe pour les 319 millions autres habitants ! Faut-il détruire tous les acquis de la construction européenne au motif que les Grecs n'ont pas voulu se plier à l'impôt ?
Le fonds de stabilité constitue-t-il une digue infranchissable ?

Non, pas avec les moyens actuels en tout cas. On a parlé d'effet de levier en faisant appel aux capitaux chinois. C'est stupide. Pourquoi les Chinois viendraient-ils place de l'agent là ? De plus, ils voulaient la contregarantie de la France et de l'Allemagne. Il vaut mieux dire non tout de suite.

À part la stricte observance de règles européennes très coercitives, que reste-t-il aux peuples pour s'exprimer ?

Il y a eu maldonne dès le départ. Une monnaie n'a de sens que dans le cas d'un État fédéral. Or, on n'a pas posé la question au peuple. Mais il n'est jamais trop tard. La contrepartie, c'est que vous élisez les responsables de l'État fédéral. C'est la seule et vraie question. Si les Allemands répondent qu'il n'en est pas question, il ne faut pas que l'euro dure. On en arrive aujourd'hui à des questions existentielles. On ne peut plus tricher.
Source : http://www.ladepeche.fr/article/2011/11/04/1207968-la-grece-n-a-pas-sa-place-dans-la-zone-euro.html