dimanche 13 novembre 2011

Grèce : ras-le-bol des Allemands

Crise de la dette. Le ras-le-bol des Allemands
13 novembre 2011

Depuis le début de la crise grecque, l'opinion publique allemande est réticente à aider ce pays, s'estimant flouée et déjà mise à contribution. La presse d'outre-Rhin a même élevé le ton, réclamant un référendum sur l'Europe. Une idée rejetée par la Chancelière Angela Merkel.

De notre correspondant à Berlin.
Même Berlin la rebelle, où la scène d'extrême-gauche est très organisée, reste atone. Le mouvement d'occupation de l'Alexander Platz, lancé fin août par quelques «indignés», n'a pas survécu aux premières pluies d'automne.

Une grande lassitude du peuple

À Francfort, quelques tentes sont encore plantées dans le quartier des banques mais «pour combien de temps encore ?», s'interroge PeterGrottian. Ce politologue, membre du conseil scientifique d'Attac Allemagne, s'étonne du manque de mobilisation des Allemands depuis le début de la crise de la dette, il y a 18mois. «Les sondages montrent une grande lassitude du peuple. On n'en peut plus de ces sommets et contre-sommets. Et pourtant impossible de faire sortir les gens de leur canapé ! C'est tellement plus simple de tout mettre sur le dos des Grecs. » L'allusion au tabloïd Bild Zeitung est directe. Avec ses titres provocants, qui ciblent les dérives de l'État grec, le manque de civisme de ses contribuables, la paresse de ses travailleurs, le quotidien aux 12 millions de lecteurs a trouvé comment canaliser la colère des Allemands. La semaine dernière encore, il lâchait en une : «Nous aussi, nous voulons un référendum, madame Merkel. Pour jeter les Grecs hors de l'euro ! ». Un dernier sondage indique que 63% des Allemands souhaitent voir Athènes revenir à la drachme. «Pas question de payer pour les autres, surtout pas pour les mauvais élèves qui ne font pas d'efforts», s'insurge Helga, une retraité berlinoise contrainte à faire le ménage dans un immeuble pour compléter ses revenus.

Une décennie d'efforts collectifs

Une étude publiée cette semaine par l'Institut allemand de recherche économique (DIW) dresse un portrait sans appel de la décennie d'efforts collectifs consentis par les Allemands. Entre le gel des retraites, la baisse des prestations sociales et la politique de compression des salaires, chaque mois, les Allemands ont en moyenne 93euros de moins dans leur poche qu'en 2000. Pourtant, l'Allemagne paiera. À l'exception du parti d'extrême-gauche Die Linke, en perte de vitesse, aucune formation politique ne relaie l'euroscepticisme croissant de la population. Pour le principe, au sein de la majorité conservatrice-libérale d'Angela Merkel, quelques irréductibles députés du Bundestag refusent systématiquement de valider les plans d'aide à la Grèce. Mais ceux-ci sont toujours largement approuvés (à80-90 %) avec le soutien des Verts et des sociaux-démocrates. Lentement mais sûrement, se dessine une ligne de rupture entre les élites et le peuple. Si bien que 71% des Allemands souhaiteraient être consultés pour les décisions qui concernent l'Europe ou l'euro.

À quand un grand débat ?

Un référendum sur l'Europe ? Les Allemands en ont toujours été privés, la disposition n'étant pas prévue par la Constitution. Mais tôt ou tard, l'Allemagne ne pourra faire l'économie d'un grand débat sur l'avenir de l'Union européenne, et son rôle à jouer au sein de cette entité. Comme la France l'a eu en 1992 ou 2005. Mais outre-Rhin, cela passera par un cas de conscience. Car les fantômes du passé ressurgissent vite dès que les Allemands s'interrogent sur leur leadership. Une Europe à l'heure allemande : l'idée fait aussi peur ici qu'ailleurs sur le continent.

    David Philippot
Source : http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/monde/crise-de-la-dette-le-ras-le-bol-des-allemands-13-11-2011-1497308.php