jeudi 29 décembre 2011

L'antisémitisme sanglant des nationalistes grecs

Michaël Molho, La nouvelle communauté juive d'Athènes, New York, Jewish social studies, 1953, p. 1 :

"Pendant l'insurrection grecque contre l'Empire Ottoman (1821-1828), les Juifs établis en divers centres urbains des territoires libérés par les Armatoles sont l'objet d'atroces persécutions et de massacres, et les survivants doivent se réfugier dans les provinces restées entre les mains des Turcs, surtout à Salonique. Parmi les communautés dévastées figure celle d'Athènes."


Justin McCarthy, Death and exile : the ethnic cleansing of Ottoman Muslims, 1821-1922, Princeton, Darwin Press, 1995, p. 10-11 :

"La révolution grecque contre l'Empire ottoman commença en mars 1821 avec l'assassinat d'un certain nombre de fonctionnaires du gouvernement ottoman, en particulier des collecteurs d'impôts. Une attaque générale contre les Turcs de la Morée, dans le sud de la Grèce, suivit en avril, dans laquelle les guérilleros grecs et les villageois tuèrent chaque Turc qu'ils trouvaient. Les soldats ottomans turcs et albanais  furent pris à partie et tués. Certains, comme les musulmans de Kalavryta et Kalamata, se rendirent aux Grecs après avoir reçu des promesses de vie sauve. Eux aussi, furent tués. Beaucoup de ceux qui avaient fui, comme les Turcs de la Laconie, furent massacrés sur les routes.

Pendant ce temps, la population chrétienne avait attaqué et tué la population musulmane dans chaque partie de la péninsule. Les tours et les maisons de campagne des musulmans furent incendiées et leurs biens détruits, afin de dissuader le retour de ceux qui s'étaient échappés dans les forteresses. Du 26 mars au dimanche de Pâques, qui tomba, dans l'année 1821, le 22 avril, il est estimé que quinze mille âmes [musulmanes] furent tuées de sang froid et qu'environ trois mille maisons ou habitations turques furent dévastées.

Le cri patriotique de la révolution, proclamée par l'archevêque grec Germanos, était "Paix aux chrétiens ! Respect des consuls ! Mort aux Turcs !" Les seuls Turcs qui survécurent étaient ceux qui étaient en mesure de trouver refuge dans les forteresses. Ils fuirent avec leurs familles dans quelques zones, comme l'Acropole d'Athènes, qui étaient tenues par les troupes de garnison ottomanes. Là, ils furent assiégés et finalement tués ou, dans de rares cas, sauvés par les forces ottomanes. Comme la révolution grecque continua, de nouvelles zones furent attaquées et les massacres de musulmans se répétèrent. A Missolonghi, la plupart des musulmans furent tués rapidement, mais les femmes turques étaient prises comme esclaves par de riches familles grecques. Les musulmans de Vrachori étaient torturés à mort. Les Juifs, qui étaient également perçus comme des infidèles par les Grecs, furent tués aussi promptement que les musulmans."


Georges Prévélakis, "Le processus de purification ethnique à travers le temps", Guerres mondiales et conflits contemporains, n° spécial "Les permanences balkaniques au XXe siecle", janvier 2005/217 :

"Les atrocités perpétuées contre les populations civiles pendant l’insurrection qui a conduit à la création du premier état indépendant issu de l’Empire ottoman (la Grèce) peuvent être interprétées de diverses manières. La révolution ou guerre d'indépendance grecque est un phénomène complexe composé de luttes locales, régionales, religieuses et nationales. Les massacres des Musulmans et des Juifs au Péloponnèse en 1821 ne s’inscrivaient pas encore dans une logique moderne d'homogénéisation territoriale mais appartenaient plutôt à des formes de violence pre-modernes. Par contre, la création de l’Etat-Nation grec (un Etat moderne dans tout le sens du terme ne pouvait se réaliser sans une politique de “purification”). Cette politique était parfaitement acceptable (et acceptée) par les puissances européennes “protectrices”. Les Musulmans qui se sont trouvés dans le territoire soumis à l'autorité du gouvernement du nouvel Etat ont dû traverser la frontière et passer du côté ottoman. Par contre, aucune “purification ethnique” à l’encontre des populations orthodoxes non-hellénophones n’a été perpétuée.

Le premier territoire grec incluait une importante population albanophone (les Arvanites) et valaquophone (Koutzo-Valaques ou Tzintzares) qui n’a rencontré aucune difficulté pour s'intégrer dans la communauté nationale puisqu’ils étaient Chrétiens Orthodoxes. Enfin, la situation des Juifs est plus complexe : il n’ont pas été soumis à l'expulsion sans non plus être considérés comme Grecs à part entière."


Serge Métais, Histoire des Albanais. Des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Paris, Fayard, 2006, p. 267-269 :

"Si la notion de « nettoyage ethnique » est récente, la pratique ne l'est pas dans les Balkans. Elle fut mise en œuvre dès la création des Etats nationaux. Elle a été répétée lors de chaque annexion au territoire « national ». Ce qui est remarquable, c'est que la logique jacobine, produit de la Révolution française et de la pensée socialiste du XVIIIe siècle (Morelly, d'Holbach, Helvétius, etc.), a été la première source d'inspiration des élites nationalistes dans les Balkans. Dans une région où des peuples aux identités fortes, avec des cultures et des langues différentes, cohabitent sans qu'il fût possible de définir de « territoires ethniques » à peu près homogènes plus gros que des cantons, cette logique conduirait à des catastrophes.

Les catastrophes, on les voit dès les insurrections de la première moitié du XIXe siècle qui conduisent à la mise en place d'un Etat national serbe et d'un Etat national grec. Bien souvent, les massacres de musulmans, mais aussi de juifs, sans parler des destructions de mosquées et de synagogues, n'ont pas de justification stratégique. Ils n'aident pas à libérer le territoire de l'occupation étrangère. Ils s'inscrivent plutôt dans une logique d'exutoire, voire de pillage. En même temps s'installe l'idée qu'il n'y a pas de salut hors de la nation : la nation, c'est la liberté et le progrès ! Ceux qui ne sont pas « nationaux » représentent le passé. Ils doivent partir ou accepter l'assimilation (adopter la foi chrétienne selon l'orthodoxie locale, et apprendre la langue nationale). Dans le cas de la création de l'Etat-nation grec, Georges Prévélakis note fort justement que la politique de « purification » était « parfaitement acceptable (et acceptée) par les puissances européennes « protectrices » ». En 1830, le territoire grec de l'indépendance qui ne comprenait encore pourtant ni la Thessalie, ni l'Epire, ni la Macédoine, avait une population musulmane non négligeable, en partie hellénophone. Elle fut chassée et dut s'installer de l'autre côté de la frontière, du côté ottoman. Le même principe était à l'œuvre en Serbie. Sans remonter à Karadjordje dont les méthodes étaient encore, en quelque sorte, pré-modernes, il suffit de rappeler que, sous le prince Milan Obrenović qui avait doté la Serbie d'institutions libérales, les expulsions des Albanais (musulmans) de la région de Niš furent massives lors de l'annexion entérinée au congrès de Berlin en 1878.

La constitution de la communauté nationale, tant en Serbie qu'en Grèce, reposait en fait sur deux principes : l'expulsion et l'intégration. Ce qui ne paraissait pas intégrable devait être expulsé. Cela signifiait une rupture avec la tradition ottomane faite de cohabitation dans l'espace des langues, des cultures et des religions. Le même phénomène s'est produit plus tard avec l'indépendance bulgare (de facto en 1878, de jure en 1908). On observera que si la nation est une notion moderne, le premier critère de sa définition dans les Balkans fut un élément pré-moderne : l'appartenance religieuse. En Serbie comme en Grèce, ce n'est pas l'appartenance à l' « ethnie » qui était le critère principal, mais le lien avec la religion « nationale ». Sous la domination ottomane, l'Eglise fut, chez les Serbes comme chez les Grecs, un refuge identitaire. La libération nationale, la constitution du peuple en nation ne pouvaient se faire contre l'Eglise. Celle-ci était au contraire au centre. Elle légitimait la nation. Le sentiment national était associé à l'idée de résistance dont l'Eglise avait été le vecteur sous l'occupation. Jusqu'à nos jours, le confessionnel et le national sont très liés en Grèce, tout comme en Serbie et en Bulgarie malgré près d'un demi-siècle de pouvoir communiste."


Raymond H. Kévorkian, Le génocide des Arméniens, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 173 :

"Les chefs de l'Ittihad tout particulièrement vivent ces événements [la Première Guerre balkanique] comme un drame national et personnel, comme un échec complet de leurs projets grandioses. Beaucoup se sont spontanément engagés dans l'armée, Mehmed Talât le premier, tandis que les autres, comme Ahmed Cemal, assument leur devoir d'officier. Le Dr Nâzim a même subi l'humiliation de se voir arrêter par les Grecs au quartier général historique du Comité Union et Progrès, lors de la prise de Salonique, en octobre 1912, en compagnie du député albanais de Serez, Derviş bey, qui dirigeait un des groupes de fedaï les plus actifs du Comité. Encore ces derniers, expédiés sous bonne escorte en Grèce, échappent-ils au spectacle des pillages des populations musulmanes et juives, aux meurtres et aux viols auxquels s'adonnent les soldats grecs devant des témoins scandalisés."


Justin McCarthy, op. cit., p. 284 :

"Compte tenu de la taille proportionnellement inférieure de leur communauté, les Juifs d'Anatolie occidentale souffrirent sans doute autant que les musulmans de l'invasion grecque [de 1919]. Malheureusement, les rapports sur les Juifs sont rares, parce qu'ils n'étaient ni des belligérants, ni un groupe qui était d'un intérêt particulier pour les observateurs alliés. Seules les sources turques mentionnent les Juifs de l'époque de manière détaillée. Elles enregistrent le meurtre de Juifs par les Grecs et le pillage des maisons et des magasins juifs dans les villes anatoliennes. A Nazilli, par exemple, les Turcs étaient en mesure de nommer 11 des Juifs de la ville qui furent assassinés (et 5 qui furent blessés) par les Grecs, parmi un plus grand nombre total de Juifs massacrés. Cependant, même les sources turques mentionnent rarement les Juifs. La meilleure preuve de la souffrance juive est statistique. Le tableau 24 répertorie le nombre de Juifs dans la zone de guerre avant et après la guerre. Plus de la moitié des Juifs dans la zone de guerre de l'Anatolie occidentale quittèrent l'Anatolie ou décédèrent. A cause des statistiques imprécises ou inexistantes de l'émigration juive (qui était significative), la mortalité exacte des Juifs de l'Anatolie occidentale ne peut pas être calculée, mais le nombre de morts juifs a dû être, néanmoins, énorme."


Voir également : Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

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