samedi 31 décembre 2011

L'oppression des Juifs de Salonique par l'Etat grec

Meropi Anastassiadou, Salonique, 1830-1912 : une ville ottomane à l'âge des Réformes, Leyde, Brill, 1997, p. 431-432 :

"Face aux Juifs de Salonique, forts mécontents de l'annexion de leur ville par les Grecs et qui n'hésitaient pas à le clamer urbi et orbi, le gouvernement d'Athènes a d'abord joué la politique de la main tendue : embrassades publiques entre le roi Georges et le Grand Rabbin, flots d'éloquence à propos de la traditionnelle fraternité entre les peuples grec et juif, et surtout, plus concrètement, confirmation des privilèges séculaires accordés à la communauté juive par le Sultan avec, en prime, l'exemption du service militaire. Bientôt, cependant, sont aussi venus les coups de bâton. Considérés comme des citoyens de seconde zone, les Juifs n'ont été admis à participer aux élections qu'à la condition de voter dans des collèges électoraux séparés. Dans le même temps, ils ont dû faire front à un projet de destruction de leurs cimetières, véritable mémoire de la communauté, sous prétexte de travaux d'urbanisation dans la périphérie urbaine. A partir de la fin des années 1920, il leur faudra également subir la montée de l'antisémitisme et les violences dont celle-ci s'accompagne.

Dans un tel climat, les Sionistes, qui s'employaient à recruter des colons pour le « home national » juif en Palestine, ne sont pas restés longtemps sans marquer des points. Parallèlement, la communauté de Salonique a vu s'accélérer les départs vers l'Europe et l'Amérique. Au total, on peut évaluer à quelque 25 000 âmes le nombre des Juifs ayant quitté la ville entre 1912 et 1940."

Voir également : L'antisémitisme sanglant des nationalistes grecs

Les Grecs et l'accusation antisémite du crime rituel