samedi 22 décembre 2012

L'impasse calamiteuse de la Megali Idea

Youssef Courbage et Philippe Fargues, Chrétiens et Juifs dans l'Islam arabe et turc, Paris, Payot & Rivages, 1996 :

"(...) une exceptionnelle vitalité démographique ne pouvait garantir l'éternité aux chrétiens. Leur survie politique était difficilement concevable hors du moule institutionnel patiemment creusé à partir de la prise de Constantinople. Dès les premiers vagissements de l'Etat-nation, la chrétienté ottomane se désintégra. En 1914, avant de disparaître, les minorités dépassaient les 3 millions d'âmes. Présentes dans toute la Turquie, elles étaient néanmoins près de constituer deux masses compactes. D'un côté, les Grecs : regroupés à Istanbul, en Turquie d'Europe et sur les côtes de la mer Egée et de la mer Noire, ils comptaient également quelques communautés en Anatolie intérieure, jusqu'au coeur du pays arménien. De l'autre, les Arméniens, dont la présence s'étirait du Caucase à la Méditerranée. Nombreux étaient les villes et les villages où les chrétiens se mêlaient aux musulmans, Turcs et Kurdes. Si les Grecs ignoraient souvent la langue turque, la moitié des Arméniens l'avaient adoptée. On était pourtant loin d'une symbiose.

Plusieurs nationalismes allaient bientôt s'affronter. Certains étaient dénués d'assise territoriale concrète, tels l'ottomanisme (qui rêvait d'unir autour de la dynastie tous les Ottomans musulmans, chrétiens et juifs, turcs et non turcs), le panislamisme (rassembleur de tous les musulmans du monde autour du sultan), le panturquisme (qui élargissait le champ national à tous les Turcs d'Asie centrale), ou encore le nébuleux pantouranisme, qui revendiquait l'unité des peuples pratiquant une langue d'origine turque, de la Mongolie à la Hongrie. Trois nationalismes avaient cependant une vision territoriale précise. Le nationalisme grec prônait une Grande Grèce sur les deux rives de la mer Egée, et l'arménien un Etat formé de la Grande et de la Petite Arménie. L'un et l'autre étaient victimes d'une illusion démographique, fréquente parmi les minorités chrétiennes d'Orient : les Grecs surestimaient leur croissance et les Arméniens leur nombre. Pris en tenailles entre les deux, les Turcs détenaient pourtant partout la majorité. Abandonnant le ralliement strictement religieux derrière la bannière de l'islam, ils se regroupèrent sous celle du troisième nationalisme, pour la première fois territorial. Jamais disputée depuis Byzance, l'Anatolie se trouvait ainsi d'un coup trois fois convoitée." (p. 220-222)

"Quant à la prospère communauté grecque de Turquie, elle régla après la guerre [la Première Guerre mondiale] la facture de l'ambition démesurée du gouvernement hellène. Non seulement celui-ci sous-évalua un ennemi qui venait d'être défait, mais il crut, en dépit de toutes les évidences, que la démographie penchait du côté grec.

Pour le Premier ministre Eleftherios Venizelos, il était notoire que, « grâce à leurs qualités reproductrices, les Grecs de Smyrne s'accroîtront au point que leur population dépassera celle de l'ensemble de l'Empire turc avant la fin de ce siècle ».

Forts de ces belles certitudes et sous l'ombrelle des troupes alliées, les Grecs tentèrent de rebâtir la Grande Grèce, après avoir occupé l'Anatolie occidentale. La guerre gréco-turque de 1920-1922 tourna à la déroute des occupants et fut scellée par le traité de Lausanne de 1923, dont l'une des clauses prévoyait un gigantesque échange de populations : les Turcs de Grèce contre les Grecs de Turquie.

Effectuons un retour en arrière. A l'indépendance de la Grèce (1830), les Grecs d'Istanbul et d'Asie Mineure perdirent certaines de leurs positions. Leur millet s'éclipsa au profit de la millet arménienne. Néanmoins, ils se maintinrent pendant un siècle, malgré les sollicitations de la Grèce, qui les incita souvent à la sédition. En dépit des nationalismes agressifs, des Grecs préférèrent à la liberté, récemment acquise sur les rives peu clémentes de Morée ou d'Epire, l'aisance sur celles du Bosphore ou en Anatolie. Ils purent même se renforcer d'une immigration venant de la Grèce sécessionniste, car les dirigeants ottomans voulaient préserver l'édifice multinational." (p. 227-228)

Voir également : La Megali Idea, une "grande idée"... criminelle

Le séparatisme grec-pontique, le panhellénisme de la Megali Idea et le plan du "front chrétien"

Le témoignage de Lord Saint-Davids sur la politique de la terre brûlée accomplie par l'armée grecque en Anatolie

La guerre gréco-turque de 1919-1922 : le témoignage capital d'Arnold J. Toynbee sur le nettoyage ethnique commis par les Grecs en Anatolie occidentale

Trabzon, une pomme de discorde entre les nationalismes grand-grec (Megali Idea) et grand-arménien (Miatsial Hayastan)

Le soi-disant génocide des Grecs micrasiatiques

Le mensonge de l'expulsion d'1,5 million de Grecs d'Anatolie par les kémalistes

vendredi 21 décembre 2012

Guerres balkaniques (1912-1913) : les effroyables atrocités grecques, d'après les lettres des soldats grecs eux-mêmes

Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2008, p. 88-91 :

"En 1912-1913, les Balkans s'enflamment pour la deuxième fois depuis le début du siècle. Le 17 octobre 1912, la Serbie, la Grèce et la Bulgarie engagent les hostilités contre l'Empire ottoman. En trois semaines, les alliés occupent la Macédoine tandis que l'armée bulgare est aux portes de Constantinople. Le 3 décembre, le gouvernement ottoman demande l'armistice et le 30 mai 1913, le traité de Londres contraint les Turcs à céder toute la partie européenne de l'empire, à l'exception d'une portion de la Thrace. Moins d'un mois plus tard, la guerre reprend à propos du partage de la Macédoine. Le 25 juin 1913, la Bulgarie attaque ses alliés de la veille auxquels la Roumanie vient prêter main-forte. Menacée d'écrasement, la Bulgarie sollicite la paix qui est rétablie par le traité de Bucarest du 10 août.

Dans les mois qui suivent, la Dotation Carnegie pour la paix internationale diligente une enquête, destinée à vérifier si les dispositions des Conventions de La Haye ont bien été respectées par les belligérants. Quelles sont ces dispositions ?

L'article 4 de la convention impose de traiter « avec humanité » les prisonniers de guerre. L'article 21 renvoie à la Convention de Genève du 22 août 1864, sur la protection et les soins à accorder aux blessés et aux malades. L'article 23 interdit « d'employer des armes, des projectiles ou des matières propres à causer des maux superflus » et « de détruire ou de saisir des propriétés ennemies ». L'article 25 proscrit le bombardement « des villes, villages, habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus », l'article 28 « de livrer au pillage même une ville ou localité prise d'assaut ». Dans les territoires occupés (article 46), « l'honneur et les droits de la famille, la vie des individus et la propriété privée, ainsi que les convictions religieuses et l'exercice des cultes, doivent être respectés. La propriété privée ne peut pas être confisquée », tandis que l'article 47 interdit « formellement » le pillage.

Le rapport des enquêteurs de la Dotation, rendu public en 1914, est effrayant : « Il n'y a pas dans le droit international une clause relative à la guerre sur terre et au traitement des blessés qui, dans une mesure plus ou moins grande, n'ait été violée par tous les belligérants [...] malgré l'existence d'une convention internationale qu'ils ont tous signée et qui n'est autre que la Convention internationale concernant les lois et coutumes de guerre sur terre et l'Annexe qui l'accompagne, élaborées l'une et l'autre après la seconde conférence de La Haye, en 1907 [qui] est restée inconnue des armées balkaniques en général, à l'exception, peut-être, de quelques officiers isolés. »

Les témoignages recueillis et les documents réunis sont accablants. Pour notre édification sur la manière dont les Européens se font la guerre entre eux, à peine séchée l'encre des conventions internationales qu'ils ont négociées et ratifiées, voici quelques extraits de lettres de soldats grecs, qui pourraient tout aussi bien avoir été écrites par des Bulgares ou des Serbes.

Spiliotopoulos Philippes note, le 11 juillet 1913 : « Nous avons incendié tous les villages abandonnés par les Bulgares [...]. Sur les 1 200 prisonniers que nous avons faits à Nigrita, il n'en est resté que 41 dans les prisons. » Nicos Théophilatos, le 11 juillet 1913 : « On m'a donné 16 prisonniers pour les remettre à la division et je n'en ai amené que 2 seulement. Les autres ont été mangés par les ténèbres, massacrés par moi. » N. Zevras, le 12 juillet : « Nous avons violé toutes les jeunes filles rencontrées. » S.Z. Kaliyanis, le 13 juillet : « Nous incendions tous les villages bulgares que nous occupons et nous tuons tous les Bulgares qui nous tombent dans les mains. » Anastase Ath. Patros, le 14 : « Cher cousin, nous brûlons ici des villages et nous tuons des Bulgares, femmes et enfants. » "

Voir également : La brutalisation entraînée par les Guerres balkaniques (1912-1913), elles-mêmes provoquées par les Etats chrétiens-orthodoxes (Grèce, Serbie, Bulgarie)

Les conséquences désastreuses de l'agression coordonnée par les Etats grec, bulgare et serbe contre l'Empire ottoman (1912-1913)

Salonique, 1912 : les exactions de l'armée grecque contre les populations non-orthodoxes

La christianisation-grécisation forcée des enfants turcs musulmans par les stato-nationalistes grecs

La barbarie de la tourbe grecque en 1912-1913

Le traitement historiographique de la question de la violence contre les minorités en Grèce

L'antagonisme gréco-slave

jeudi 6 décembre 2012

Aggravation de la corruption en Grèce

Fiscal Crisis Worsens Greek Corruption
By Andy Dabilis on December 5, 2012 in Economy, News, Politics

Greece’s crushing financial crisis, and punishing austerity measures are making corruption worse in the country, with more people driven to tax evasion and to other ways of trying to survive, the annual graft ranking of Transparency International has found.

Greece is now the most corrupt country in the European Union, even behind Mafia-dominated Italy, falling from 80th to 94th on the ignominious list, highlighting once again the county’s culture of wrongdoing with near-impunity. Most every sector is affected, with professionals, auto mechanics, civil servants, lawyers, and others asking for bribes in return for services.

Greece now ranks below the drug cartel haven of Colombia and the corruption-riddled African country of Liberia on TI’s chart.


“Transparency International has consistently warned Europe to address corruption risks in the public sector to tackle the financial crisis, calling for strengthened efforts to corruption-proof public institutions,” the Berlin-based group said in a statement accompanying its annual report.

The debt crisis in the Eurozone has led to more scandals such as tax-crime allegations in Greece and Italian corruption investigations that brought down two regional governments. Austria slid nine levels in the ranking to 25th, tying with Ireland, which dropped from 19th place after slipping five rungs last year. Italy, the second-worst ranked among euro-area nations, fell another three to 72rd place.

Denmark, Finland and New Zealand held on to their top slots in the ranking, while Afghanistan, North Korea and Somalia remained at the bottom, in 174th place. The index has become a benchmark gauge of perceptions of a country’s corruption, an assessment of risks used by analysts and investors.

Hurting Greece further is the unwillingness and inability of the government to go after tax evaders while imposing more pay cuts, tax hikes and slashed pensions on workers, the elderly and the poor. Unpaid taxes are at almost $70 billion and the “fakelaki,” culture of giving envelopes stuffed with bribes remains rife.

The U.S. jumped five points on the index, now ranking 19th, two points behind the U.K., which slid a slot. Russia, which has the worst score of any country in the Group of 20 most- industrialized countries, climbed 10 spots to 133.

(Source: Bloomberg)
Source : http://greece.greekreporter.com/2012/12/05/fiscal-crisis-worsens-greek-corruption/

La Grèce est-elle vraiment "victime de l'austérité" ?

La facture s'il vous plaît
Publié le 27 novembre 2012

La Grèce victime de l'austérité ? Pas en termes de dépenses publiques en tout cas...

La zone euro et le FMI se sont mis d'accord dans la nuit de lundi à mardi pour réduire la dette grecque à 124% du PIB d'ici 2020, ce qui représente un allègement de 40 milliards d'euros.

Nikos Tsafos

Économiste de politologue de formation, Nikos Tsafos est consultant en gaz naturel et blogueur sur l'économie grecque.

Voir la bio en entier

Préambule de la rédaction :

Les ministres des Finances des dix-sept pays de la zone euro se sont réunis ce lundi à Bruxelles dans l'optique de décrocher un accord sur les moyens à mettre en oeuvre pour ramener la dette de la Grèce de 190% l'an prochain à 120% du PIB en 2020.

Alors que Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international, souhaite que les créanciers publics acceptent l'effacement d'une partie des créances qu'ils détiennent - au même titre que les banques et institutions financières privées qui avaient accepté en février une décote de plus 50% sur les titres souverains qu'elles détenaient - d'autres pistes sont également évoquées. Parmi celles-ci, la Banque centrale européenne (ainsi que d'autres banques centrales nationales) a d'ores et déjà annoncé qu'elle accepterait de renoncer aux plus-values réalisées sur les obligations grecques qu'elle a acquis dans le passé. Toujours dans l'optique d'agir sur les taux d'intérêt, les Etats membres de l'Union européenne pourraient concéder une baisse des taux d'intérêt sur les prêts bilatéraux (c'est à dire de pays à pays, ndlr) consentis à la Grèce. Enfin, selon le New York Times, le gouvernement grecque plancherait sur le rachat de titres souverains auprès des investisseurs privés, sur une base volontaire, à un prix plus faible qui permettrait toutefois aux détenteurs de réaliser un léger profit.

Un consensus doit être obtenu afin de verser une nouvelle tranche d'aide de plus de 30 milliards d'euros. Avec un taux de chômage frappant 24% de la population active, le PIB du pays devrait chuter de nouveau de 4,2% en 2013 avant de renouer avec la croissance en 2014, selon les dernières estimations de la Commission européenne parues en novembre. Alors que les politiques d'austérité imposées à la Grèce par la Troïka (Union européenne, FMI et BCE) en contrepartie d'une aide internationale sont largement pointées du doigt, Nikos Tsafos s'interroge chiffres à l'appui dans un article repris en septembre par Contrepoints : contrairement aux idées répandues, le gouvernement grec a t-il vraiment joué la carte des politiques d'austérité ?

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L'austérité tue la Grèce. C'est du moins ce que l'on nous dit. Les hommes politiques et les médias ont une histoire toute prête : pour satisfaire les créanciers de la Grèce, le gouvernement réduit la dépense publique à des niveaux tellement bas que même les services de base délivrés par l’État sont mis en danger. En conséquence, le peuple grec, qui souffre de ces coupes sauvages, se rebelle. C'est l'histoire que l'on lit quotidiennement. Pourtant, presque tout y est faux.

Certes, la Grèce réduit la dépense publique. Mais appeler cela "austérité", c'est comme considérer que passer de cinq à quatre Big Macs par jour est un "régime". La réalité est plus complexe. Commençons par les finances publiques : les rentrées ont baissé en 2009, mais sont restées stables depuis, en raison de trois facteurs :

    les rentrées dépendantes des salaires, des autres revenus et des profits ont baissé, à cause du chômage élevé et de la chute des profits des entreprises



    le gouvernement a compensé en augmentant la TVA, en partie car elle est plus facile à collecter que les impôts directs qui souffrent d'une évasion fiscale importante



    enfin, les financements européens pour les investissements ont augmenté, fournissant au trésor des ressources supplémentaires



Ces éléments ont permis de maintenir un niveau de prélèvements obligatoires stable mais, l'économie étant en récession, le ratio prélèvements obligatoires sur PIB a cru lui à un plus haut des dix dernières années, à près de 41%. Certes, l'évasion fiscale est là et les prélèvements obligatoires pourraient être plus hauts, mais la part que l’État prend dans l'économie n'a jamais été aussi haute depuis dix ans. Dans le même temps, l'augmentation des impôts indirects a plongé l'économie dans la récession en réduisant fortement le revenu disponible des consommateurs. Les dépôts bancaires ont fondu de 35%, à cause de la fuite des capitaux et de la désépargne. La richesse grecque s'évapore.

La raison peut en être vue en examinant le volet dépenses de l'équation. Entre 2008 et 2011, l’État grec a réduit de 13,2 milliards d'euros ses dépenses hors charge de la dette. Mais, si l'on regarde en détail, ce n'est qu'une baisse de façade : la baisse des investissements représente près de la moitié de cette baisse des dépenses, tandis qu'une bonne partie du reliquat s'explique par la baisse des dépenses militaires. Autrement dit, l’État construit moins d'infrastructures et achète moins d'armes. Par contre, les aides sociales ont augmenté, et les dépenses de personnel de l'administration n'ont baissé que de 7%, surtout grâce aux départs en retraite et non grâce à une quelconque rationalisation de l'emploi public.

Mais ce n'est pas tout. En 2011, la dépense publique (hors charge de la dette) était à 43,1% du PIB, en baisse par rapport au 48,7% de 2009. Mais entre 2000 et 2006 les dépenses publiques n'étaient en moyenne que de 40% du PIB. Autrement dit, l’État grec dépense aujourd'hui trois points de PIB de plus que plus tôt dans cette décennie ! Et si l'on met de côté les variations des dépenses d'investissement, l’État grec dépensait en 2011 5,3% de PIB de plus qu'en 2000-2006 ! Une différence qui représente 11,5 milliards d'euros, soit grosso modo le montant que les créanciers de la Grèce lui demandent d'économiser sur les prochaines années.

Cela amène à se poser trois questions majeures :

    en quoi la baisse des dépenses d'investissements et de dépense met-elle en danger les services publics de base ?



    en quoi est-il choquant de vouloir faire revenir l’État à son niveau de dépenses de 2000-2006 ?



    pourquoi l’État ne pourrait-il pas fournir avec 43% du PIB les services qu'il fournissait avec 40% ?



Ce sont des questions importantes, qui mènent au cœur de la situation grecque. Le gouvernement augmente les taxes afin de gagner du tempos pour réduire les dépenses publiques à leur niveau d'il y a dix ans. Dire que l’État est au pain sec et ne peut donc pas fournir à ses citoyens les services élémentaires est une idiotie. L'argent n'est pas le problème. L’État grec est vivant et même bien vivant. Il mange encore mieux qu'il y a dix ans. Vous parlez d'un régime !

Billet préalablement publié sur Contrepoints
Mis à jour sur le site de l'auteur en novembre 2012 : Greek Default Watch
Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/grece-victime-austerite-pas-en-termes-depenses-publiques-en-tous-cas-nikos-tsafos-557400.html

samedi 6 octobre 2012

Un Grec menacé de deux ans de prison pour "blasphème"

Greek man could face prison for "blasphemous" Facebook page

Young Greek suspect is accused of committing blasphemy against the Greek Orthodox church by creating page mocking a venerated monk - with an assist from the Flying Spaghetti Monster.


Faine Greenwood October 5, 2012 13:48

A Greek man could face two years in prison for blasphemy over a parody Facebook page, the Christian Science Monitor reported, in a case that highlights recent world debate over blasphemy.


The parody Pastafarian movement, which satires religion by venerating a "Flying Spaghetti Monster," was the inspiration for the page, which is cached here if you feel like seeing something totally scandalous this morning.

The Facebook site mocks Elder Pastitsios, a Greek-Orthodox monk, says the Christian Science Monitor, by conflating his face with an image of pastitsio, a sort of Greek lasagna. The young man accused—who has not been named—says he created the site to critique the commercialization of Elder Pastitsios since his 1994 death.

Greece is one of the only European countries with blasphemy laws on the books, and the UNHCR notes that criticism of the President can also provoke legal action.


UNHCR's website on Greek blasphemy law states that the "Greek judiciary has argued in case law that Articles 198 and 199 are designed to protect not religion or religious doctrine per se, but rather social and religious peace and harmony."

This did not go over well with a parliamentary member of Golden Dawn, a neo-fascist group that has been gaining power since May, says the Christian Science Monitor. The parliamentary member alerted the Minister of the Social Order, and Greek police were able to track down the creator from his IP address.

The UK's Register wrote that Greek Pastafarians have come to the suspect's aid, protesting in Athens against the 27-year-olds arrest.

What are Pastafarians all about? Here's some info from their website:

    "By design, the only dogma allowed in the Church of the Flying Spaghetti Monster is the rejection of dogma. That is, there are no strict rules and regulations, there are no rote rituals and prayers and other nonsense. Every member has a say in what this church is and what it becomes."

Sounds progressive. And here are some common Pastafarian beliefs:

    "We believe pirates, the original Pastafarians, were peaceful explorers and it was due to Christian misinformation that they have an image of outcast criminals today.

    We are fond of beer.

    Every Friday is a religious holiday.

    We do not take ourselves too seriously.

    We embrace contradictions (though in that we are hardly unique)."
Source : http://www.globalpost.com/dispatch/news/culture-lifestyle/world-religion/121005/greek-man-could-face-prison-blasphemous-facebo

vendredi 17 août 2012

Une hypothèse on ne peut plus probable : la Grèce ne remboursera pas les milliards d'aide

Et si la Grèce ne remboursait pas les milliards d'aide

Par Guillaume Guichard   

Publié le 31/07/2012 à 08:52

Alors qu'Athènes s'enfonce dans la récession, les pays européens pourraient accepter de ne pas revoir une partie de l'argent qu'ils lui ont prêté.


Prêter des dizaines de milliards d'euros à la Grèce aurait dû être une bonne affaire. C'est ainsi que les dirigeants européens avaient présenté la chose à leurs parlements nationaux lorsque ces derniers ont entériné les deux prêts successifs, en 2010 puis en début 2012. Aujourd'hui, il n'est pas sûr que les quelques 130 milliards d'euros versés à la Grèce jusqu'à ce jour retrouvent le chemin des caisses des États prêteurs.

«L'effacement d'une partie des prêts octroyés par les pays européens n'est pas une question rhétorique, prévient Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs. Il semble qu'il serait très difficile pour la Grèce de rembourser dans les termes prévus initialement.» Non pas que l'aide n'a servi à rien. Mais elle vient gonfler la dette grecque. Dans le même temps, la récession ampute les recettes fiscales de l'État et les programmes d'économies ne produisent pas les effets escomptés. Du coup, Athènes n'est pas plus solvable qu'avant le début de la crise de la dette en zone euro et abandonner d'une partie des créances qui pèsent sur son dos pourrait lui offrir un répit.

La dernière opération de ce genre remonte au mois de mars. Athènes a alors obtenu que les investisseurs privés (banques, assurances, etc.) effacent près de 100 milliards d'euros de dettes. Résultat, les marchés ne possèdent plus que 30% environ de la dette grecque. Le reste est détenu par la Banque centrale européenne et les pays de la zone euro. La part de la France s'élève à 18,8 milliards, accordés via des prêts bilatéraux et les mécanismes européens d'aide financière.

Toute renégociation d'ampleur se concentrera donc dorénavant sur cette dette issue des plans d'aide. Selon l'agence Reuters, des discussions seraient en cours à Bruxelles pour effacer entre 70 et 100 milliards d'euros de crédits et faire passer la dette grecque sous la barre des 100% du produit intérieur brut (PIB) d'ici 2020. Ce ne sont toutefois pas les prêts internationaux, qui ne seront remboursés que dans plusieurs années, qui posent un problème à court terme. Mais plutôt les obligations grecques détenues par la Banque centrale européenne (BCE).

Athènes doit en effet, dès le 20 août, rembourser 3 milliards d'euros à la gardienne de la zone euro. «La question est de savoir si le peu d'impôts récolté par Athènes doit être envoyé dans les caisses de la Banque centrale», s'interroge Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis. Jusqu'à présent, c'est l'aide européenne qui permettait de rembourser la BCE. Mais comme le pays est en retard dans son programme de réformes, les prochains versements sont suspendus.
«Repousser les échéances»

Ces prochains mois, «on ne pourra pas faire l'économie d'une restructuration, au minimum pour repousser les échéances de remboursement», estime l'analyste. La BCE ne l'entend pas de cette oreille. Elle qui avait racheté de la dette grecque déjà à contrecœur pour tenter de calmer les marchés au plus fort de la crise grecque au printemps 2010, ne veut pas y perdre. Une partie de la solution passe par l'Eurosystème, le réseau des Banques centrales nationales dépendant de la BCE.

Un accord européen prévoit déjà de reverser à la Grèce le produit des intérêts des titres grecs qu'elle détient, soit 4 milliards d'euros. Une goutte d'eau: la dette publique grecque s'élève à 260 milliards d'euros. Si jamais la BCE devait accepter de plus gros sacrifices, prévient Jean-François Robin, elle pourrait demander des contreparties à ses actionnaires, les États membres de la zone euro.
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/07/31/20002-20120731ARTFIG00271-et-si-la-grece-ne-remboursait-pas-les-milliards-d-aide.php

Theodoros Pangalos publie un livre sur la responsabilité générale des Grecs dans la crise économique que traverse leur pays

Pangalos Says Greeks Still Eating it All Together
By Andy Dabilis on August 14, 2012 in Economy, News, Politics

Former Deputy Prime Minister Theodoros Pangalos, who stirred anger when he said that the Greek economic crisis was the blame of both politicians and the people who accepted jobs from them, is stirring the waters again with a new book that claims it’s still going on, despite a crushing economic crisis that has the new coalition government ready to impose more austerity.


In an interview with SKAI TV, Panagalos, a heavyweight in the PASOK Socialist party before resigning this year, referred to his statement, “We ate it together,” – the title of his Internet book – and said it perhaps should be called “We’re still eating it together,” alluding to how he believes most Greeks have partaken of a feast at the government trough for decades, creating a staggering $460 billion debt. That made the government of former Prime Minister George Papandreou, then also the leader of PASOK, seek aid from international lenders, who provided it on condition of deep pay cuts, tax hikes and slashed pensions.

Pangalos said wild overspending is still going in certain areas where the privileged are protected, while the new coalition government of New Democracy Conservative leader Antonis Samaras – along with PASOK and the Democratic Left – is going to lower the boom again on workers, pensioners and the poor. He launched a website based on his most notorious quotes,, www.mazi-ta-fagame.gr, asking Greeks to provide information about mismanagement in the public sector, even though his party was responsible for much of it.

Pangalos said all 300 Members of Parliament should be put out because they are lying and telling myths to the Greeks about the country’s economic condition while insulating themselves from the sacrifices they are demanding of others. He said, “A lot who steal a little do a greater damage than a little who steal a lot,” an apparent reference to unchecked corruption and political thievery.

He said that has put the country in a spot where “There is no margin for negotiation,” with the Troika of the European Union-International Monetary Fund-European Central Bank (EU-IMF-ECB) which wants the government to make another $14.16 billion in cuts or lose continued rescue loans.
Source : http://greece.greekreporter.com/2012/08/14/pangalos-says-greeks-still-eating-it-all-together/

Voir également : Grèce : le vice-président Theodoros Pangalos admet la corruption endémique de son pays

Markus Soeder (ministre des Finances bavarois) : la Grèce devrait quitter la zone euro à la fin de l'année et ne plus recevoir d'aide supplémentaire

Bavarian minister says time right for Greece to leave 'mum's house'

Greece should exit the eurozone by year’s end and not receive any more aid, a German regional finance minister has said in a Sunday newspaper interview, further stirring debate on the issue.

Markus Soeder, finance minister in southern Bavaria state and a member of the Christian Social Union (CSU), the region’s sister party to Chancellor Angela Merkel’s CDU, said the euro itself was “right and important”.

“But when a country like Greece on a continuing basis cannot pay back debts, it must leave the eurozone,” he said.


The CSU has often been more critical of EU bailouts than Merkel's party, and the German public has doubts about further guarantees for struggling euro zone nations.

Soeder told Bild am Sonntag newspaper on Sunday that Greece should quit the euro zone this year.

"According to my forecast, Greece should leave the euro zone by the end of the year,» he said. «Germans can no longer be the paymaster for Greece. Every new bit of aid, every relaxation of the guidelines would be the wrong way to go."


Soeder added giving Greece further financial help «is like trying to water a desert». He also said: «At some point, everyone's got to move out of mum's house and for the Greeks the time is ripe for that now."

Last month, German Economy Minister Philipp Roesler said the “horror” of a potential exit by debt-mired Greece had worn off and Transport Minister Peter Ramsauer has also not ruled it out.

Soeder’s remarks prompted criticism from deputy head of Merkel’s Christian Democratic Union parliamentary group Michael Meister who said such a debate was damaging and did not help solve the problems.

“That’s a decision for the Greek government to make and the last thing they need is advice from Germany,” he told the Tagesspiegel newspaper according to a pre-released article.

German Foreign Minister Guido Westerwelle, who has already called for calm in the rhetoric over the eurozone debt crisis, said: “Everyone should pay attention to what they say and how they say it.”

[AFP & Reuters]
   
 ekathimerini.com , Monday August 6, 2012 (11:05)  
Source : http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite2_1_06/08/2012_455617

La Chypre grecque est dans "un état plus grave que prévu", selon la Troïka

Debt crisis: Troika finds Cyprus 'in worse state than expected'

12:06PM BST 06 Aug 2012

International lenders assessing Cyprus's bailout needs found the economy in a "worse state than expected" and in need of painful adjustment in coming months, according to reports.


Officials from the International Monetary Fund, the European Commission and the European Central Bank - known as the "troika" - have visited the island twice since Cyprus asked for financial aid on June 25, the fifth eurozone member state to do so.

They told Cypriot lawmakers on July 27 that challenges to the island's economy did not only stem from its banking sector, which is heavily exposed to Greece, but to fiscal imbalances that needed to be addressed.

Cyprus's two main banks suffered heavy losses from a writedown of Greek sovereign debt earlier this year, which was backed by all EU member states, including Cyprus.

The lenders said they expected the island to be in recession in 2012 and 2013 and highlighted the need to slash an expensive state payroll. They said they did not expect a conclusion to the bailout negotiations until September at the earliest.

The comments are the first public insight into the troika's thinking about Cyprus, whose tiny economy accounts for just 0.2pc of eurozone output.

The disclosures were contained in an official transcript seen by Reuters of a closed meeting of the Cypriot parliament's finance committee. Cypriot media ran excerpts of the discussion at the weekend.

"What we have seen is that your fiscal system is worse than we expected ... prospects for growth are lower than what we expected, and as a result, there is a huge gap between your income and expenditure,"
European Commission representative Maarten Verwey was quoted as saying at the meeting.

Verwey, whose comments were made in English and translated into Greek for the record, said "significant increase and reinforcement" of banking supervision was required.

He said any suggestion of bailout amounts was premature.

Another member of the troika, Delia Velculescu of the IMF, was quoted as saying solving Cyprus's problems would be painful.

"It would have been easier to have fixed them when times were good. Today it is harder because of difficult times, and worst [days] that lie ahead," she said.

Popular Bank and Bank of Cyprus racked up huge losses on their holdings of Greek sovereign debt, causing a €2.3bn combined shortfall in their regulatory capital they asked the state to fill.

The government turned to its EU partners for aid after having been effectively shut out of international debt markets since May 2011. It has also sought aid elsewhere, taking a €2.5bn loan from Russia and has said it may do so again.

On Monday, the Cypriot government said that president Demetris Christofias and Russian counterpart Vladimir Putin had discussed “further economic cooperation” between the two countries during a phone conversation today.

Verwey said that for the island to regain market access, it would need to narrow the gap between revenues and expenditure.

"You cannot maintain your present lifestyle if this continues ... The government will not be able to pay salaries, so there is an urgent need for adjustment,"
he was quoted as saying.

The island's wage bill, which lawmakers heard was proportionately the highest in the eurozone, needed to be reduced, public benefits revamped, wage indexation modified and changes made to the public pensions system.
Source : http://www.telegraph.co.uk/finance/financialcrisis/9455790/Debt-crisis-Troika-finds-Cyprus-in-worse-state-than-expected.html

Le député néerlandais Tony van Dijck : "Les Grecs sont et restent des escrocs"

02.08.2012
Le Député PVV Tony van Dijck : “L’euro est fini.”

Pays-Bas. Le Député PVV Tony van Dijck a déclaré lors d’un débat au sein de la Chambre des députés que l’euro est fini.  Il a ajouté que chacun, comme par exemple le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, essaye de paraître calme, « mais ils savent qu’il est trop tard. Les Grecs sont et restent des escrocs, l’Espagne est irrémédiablement perdue. L’euro est fini. Les différences sont devenues trop grandes. »

(Les députés spécialistes financiers se sont réunis au Parlement afin de débattre avec le ministre des finances, à l’initiative du PVV).
Source : http://lionelbaland.hautetfort.com/archive/2012/08/02/le-depute-pvv-tony-van-dijck-l-euro-est-fini.html

Voir également : Pays-Bas : Geert Wilders exige que l'argent des contribuables néerlandais ne soit plus gaspillé pour la Grèce parasitaire

Pays-Bas : Geert Wilders et Teun van Dijck exigent des explications quant à l'affaire des 400 chars qui auraient été achetés par les Grecs

Pays-Bas : Geert Wilders humilie la Grèce corrompue

samedi 30 juin 2012

La Grèce et la Chypre grecque : les destins liés de deux boulets parasitaires

Comment Chypre a plongé avec la Grèce

Par Fabrice Nodé-Langlois

Mis à jour le 30/06/2012 à 09:39 | publié le 29/06/2012 à 20:05

Le petit État insulaire va bénéficier du secours financier de l'Europe et du FMI pour recapitaliser ses banques juste au moment où il prend, le 1er juillet, la présidence de l'Union européenne pour six mois.


Difficile de faire pire pour l'image. Chypre, la troisième plus petite économie de la zone euro (devant l'Estonie et Malte), prend ce dimanche la présidence tournante de l'Union européenne (UE). Alors même qu'elle est en pleines tractations pour son sauvetage financier! L'île pourrait recevoir jusqu'à 10 milliards d'euros, soit l'équivalent de plus de la moitié de son PIB.

Comment Chypre en est arrivé à devenir le cinquième État membre à faire appel à l'aide de l'UE? Première réponse: l'île a été contaminée par la crise grecque. «L'effacement partiel de la dette grecque (au mois de mars, NDLR) nous a coûté 73 % de nos créances», expose au Figaro Andreas Mavroyiannis, ministre délégué aux Affaires européennes. D'où la nécessité de recapitaliser les trois grandes banques du pays, dont la Laiki, passée sous le contrôle de l'État. «Mais l'exposition de nos banques va bien au-delà», poursuit le diplomate francophone, chef d'orchestre de la présidence chypriote de l'UE. En plus des obligations grecques passées par pertes et profits à hauteur de 3 milliards d'euros, les établissements financiers chypriotes détiennent 23 milliards de créances privées en Grèce. La Commission européenne estime d'ores et déjà que le taux de «prêts non performants», autrement dit les crédits qui subissent des difficultés de remboursement, atteint les niveaux dangereux de 10 à 14 % selon les établissements bancaires.
Les banques asséchées

«Le vrai problème aujourd'hui, analyse un banquier de Nicosie, c'est la liquidité. Il y a un gros problème de confiance, les banques ne prêtent plus.» Dans le monde de la finance chypriote, certains redoutaient, avant la demande d'aide, le «bank run» comme les professionnels désignent les retraits massifs d'argent. Pour retenir les capitaux, les banques de l'île offrent à leurs déposants des taux de rémunération 2,5 fois plus élevés que dans le reste de la zone euro.

La santé du secteur bancaire est, plus qu'ailleurs, vitale pour l'île. Pays agricole pauvre jusqu'à l'invasion du nord par l'armée turque en 1974, la petite république a développé son secteur de la finance grâce au régime fiscal favorable aux sociétés offshore et à son impôt sur les sociétés, le plus bas de l'UE (10 %). Résultat, les capitaux y transitent toujours, russes pour beaucoup, mais aussi grecs, depuis ces deux dernières années.

La dépendance de Chypre à l'égard de la Grèce n'explique pas, loin s'en faut, toute l'étendue du sinistre. Comme les autres grands malades de l'Europe, l'île a cédé aux sirènes du crédit facile. Ce règne de l'argent coulant à flots a coïncidé, rappelle Citigroup dans une note récente, avec l'accession à l'UE en 2004. «Les Chypriotes ont encore couramment trois ou quatre banques, il suffisait de pousser la porte pour obtenir un crédit afin de financer l'achat de sa maison, d'un appartement sur la côte ou d'une grosse voiture», remarque un financier.
Service public «trop gras»

Pour Andreas Theophanous, professeur d'économie sur le campus tout neuf de l'université de Nicosie, Chypre paie aussi la croissance continue de ses dépenses publiques. «Le secteur public est trop gras», résume-t-il. Les dépenses publiques représentent près de 48 % du PIB. Les fonctionnaires, qui terminent leur journée de travail à 14 h 30 (sauf le mercredi), touchaient encore récemment des retraites bien plus élevées que les employés du privé, pour des cotisations dérisoires.

Comment se manifeste cette crise bancaire dans ce pays au niveau de vie supérieur à celui de la Grèce? Le secteur le plus touché est l'immobilier. Les prix ont chuté, nombre de chantiers et de projets sont gelés, à la fois faute de demandes et de financements. Au cours des trois derniers trimestres, souligne Citigroup, le PIB a reculé. Les prévisions pour l'ensemble de 2012 oscillent, selon les sources, entre - 0,8 % et 1,1 %. Conséquence directe, le chômage, de 3,5 % avant la crise de 2008-2009, atteint 10 % de la population active, pourtant l'une des plus diplômées d'Europe.

Un rayon de soleil éclaire ce sombre tableau. Pour l'heure, le tourisme, 18 % du PIB et plus de 25 000 emplois, résiste. L'an dernier, se réjouit le ministre de l'Industrie et du Commerce Neoclis Sylikiotis, le nombre de visiteurs a augmenté de 10 % (49 % pour les Russes) et «ils ont dépensé davantage». La foule des plages ferait presque oublier, comme l'observe un banquier, l'avenue Makarios, la grande artère commerçante de Nicosie, où «les magasins ferment les uns après les autres».
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/06/29/20002-20120629ARTFIG00693-comment-chypre-a-plonge-avec-la-grece.php

Voir également : Chypre : une plaque tournante du blanchiment d'argent sale

Kurt Lauk (assistant d'Angela Merkel) sur la Chypre grecque : "C'est le paradoxe de l'Union européenne, que le chien devrait être chargé de la fourniture des saucisses !"

Greek Cyprus would be a dog guarding sausages, says Merkel aide

BERLIN - Reuters

Greek Cyprus should not take over the rotating presidency of the European Union next month because it has sought emergency funding, the head of a business group linked to German Chancellor Angela Merkel's conservatives said.


Greek Cyprus, which is due to take over the six-month presidency from Denmark on July 1, has a banking sector heavily exposed to debt-crippled Greece and said on Monday it was formally applying for help from the EU's rescue funds.
 
"This is the paradox of the European Union, that the dog should be put in charge of the supply of sausages!" said Kurt Lauk, president of the economic advisory board linked to Merkel's centre-right Christian Democrats.


Lauk called for all countries which have received bailouts - which also include Spain, Portugal, Ireland and Greece - to be barred from holding the EU presidency, which helps to set the agenda of the 27-nation bloc.

"It is unacceptable that a country which has had to seek a bailout can take over the presidency of the EU Council," he said, adding that he doubted whether Greek Cyprus, the euro zone's third smallest economy, had the authority to give direction on stabilizing Europe.
 
"How can Greek Cyprus engage in crisis management when it is in the middle of a crisis itself?" Lauk asked.


"We will never be able to heal Europe if the president is lying in intensive care with a highly contagious disease."

Germany's foreign office distanced itself from Lauk's comments.

"During its six-month presidency, Greek Cyprus will have the duty to undertake tasks in the interest of the European Union and its member states, just like other countries which have held the post of president of the EU Council," it said.

June/28/2012
Source : http://www.hurriyetdailynews.com/greek-cyprus-would-be-a-dog-guarding-sausages-says-merkel-aide.aspx?pageID=238&nID=24270&NewsCatID=351

jeudi 28 juin 2012

L'insurrection grecque de 1821 : les massacres de Turcs dans le Péloponnèse

Robert Mantran, "Les débuts de la Question d'Orient (1774-1839)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 442 :

"(...) comptant sur les diversions opérées par Ypsilanti et par 'Alî de Janina et sur la guerre turco-iranienne, le patriarche de Patras, Germanos, proclame la guerre de libération le 25 mars 1821. Mais cette guerre est engagée de façon non coordonnée dans le Péloponnèse et dans les îles égéennes, et l'une des premiers actions des insurgés est le massacre des civils turcs de Morée, notamment celui des habitants musulmans de Tripolitsa en octobre 1821. De leur côté, les janissaires d'Istanbul avaient arrêté puis pendu le patriarche orthodoxe et nombre d'autres religieux, tandis que la chasse aux Grecs était lancée dans tout l'empire. Si des atrocités ont été commises par les deux camps, il faut bien constater que l'opinion publique occidentale n'a réagi qu'aux massacres de Grecs, dont le point culminant a été les massacres de Chio en avril 1822. Pas une voix ne s'est élevée pour déplorer les massacres de Turcs, et au contraire s'est déclenché en Europe un mouvement de sympathie en faveur des insurgés."

Voir également : Intolérance grecque-orthodoxe vis-à-vis des populations non-orthodoxes

La Grèce indépendante de 1833 : un territoire déjà épuré de ses musulmans

Le sort des Turcs tombés à la merci des Grecs

La Megali Idea, une "grande idée"... criminelle

Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

L'antisémitisme sanglant des nationalistes grecs

Un documentaire grec nuancé sur l'insurrection nationaliste de 1821 rend malades le clergé orthodoxe et l'extrême droite locale

lundi 25 juin 2012

Chypre : la question des soi-disant "colons" turcs

Ergün Olgun, "Chypre : mythes, réalités objectives et avancées possibles", Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 450-452 :

"La partie grecque utilise, pour désigner les Turcs du continent, le terme politiquement chargé de « colons » ; elle conteste aussi par là aux autorités chypriotes turques le droit de « naturalisation ». Les Chypriotes grecs tentent d’accréditer deux idées : qu’ils sont d’une part les seuls à pouvoir accorder la naturalisation ; que les « Turcs » ne sont pas, d’autre part, les bienvenus à Chypre.

« Dieu » aurait conféré aux Chypriotes grecs le pouvoir exclusif de gouverner au nom des deux parties par « firmans » sur la nationalité. Pas besoin de demander leur avis aux Chypriotes turcs pour fabriquer des « citoyens de Chypre » d’origine grecque, russe, pontique ! Comme si cela ne bouleversait pas, au demeurant, les équilibres démographiques sur l’île !

Et puis, les Chypriotes turcs sont déjà l’« autre » indésirable qui se mêle de contester le caractère hellénique de Chypre, des hôtes non souhaités, voire une sous-espèce ; mais il convient surtout qu’ils soient frappés par des mesures d’embargo et placés en quarantaine, de façon à ce qu’ils ne jouissent pas d’une économie en plein essor ; ils se plieront alors aux volontés des Chypriotes grecs. Or, les ouvriers et la main-d’oeuvre turcs contribuent justement de manière significative à l’économie nord-chypriote. C’est pourquoi leur présence à Chypre doit être présentée, avec tous les arguments possibles et par tous les moyens, comme absolument illégitime.

Tel est malheureusement le cadre archaïque du raisonnement de la direction chypriote grecque. Elle ne parvient pas à percevoir la chance qui est donnée à l’île de constituer un modèle pour le reste du monde en mobilisant les racines, les atouts et l’influence de chacun des deux partenaires et copropriétaires du pouvoir à l’Est comme à l’Ouest.

Comme l’écrit l’observateur chypriote grec Nicos A. Pittas : « Ce qui fait presque autant nécessité à Chypre que l’eau, c’est la main-d’oeuvre bon marché [...] Nous importons déjà des milliers de gens du monde entier ; qu’y a-t-il donc de si terrible dans le fait que certains soient turcs ? Est-ce une catastrophe d’autoriser cinquante mille Turcs dont la plupart résident depuis presque toujours sur l’île à s’y établir, d’autant que nous sommes désormais membre de l’UE et que la Turquie en fera à terme probablement partie, avec une liberté afférente de circulation y compris à Chypre ? »

Autre tentative de subordonner les Chypriotes turcs et leur économie à leur loi : les autorités chypriotes grecques s’emploient actuellement dans tous les registres à saper les propositions de la Commission européenne en faveur de relations commerciales directes entre Chypre-Nord et l’UE.

C’est pour finir de la discrimination quant aux droits de l’homme, pour parler par euphémisme, que d’humilier les citoyens d’un pays candidat à l’UE en les présentant en tant que « colons turcs du continent ».

Dans son étude rendue publique fin 2003, le British Helsinki Human Rights Group a reproché à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe d’avoir présenté, dans un rapport du mois de juin de la même année, les « colons » comme venant « d’une des régions de Turquie les moins développées », l’Anatolie, dont les « coutumes et traditions diffèrent significativement de celles de Chypre » ; il y avait là « l’expression de sentiments racistes supposés regrettables du point de vue même du Conseil »."

Voir également : Chypre : la question de la présence militaire turque

Quelques mensonges grecs ordinaires sur Chypre

Les causes profondes du conflit chypriote

Chypre : pourquoi l'intervention turque ?

Nicosie, capitale "européenne" des "mariages blancs"
 
Les réseaux de prostitution forcée à Chypre

Chypre : la question de la présence militaire turque

Ergün Olgun, "Chypre : mythes, réalités objectives et avancées possibles", Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 449-450 :

"Bien que Chypre n’ait jamais été gouvernée par la Grèce, Grecs et Chypriotes grecs intègrent l’île, sur le plan historique (et mythologique), à l’hellénisme. C’est ce dogme qui a entraîné la catastrophe de l’Etat à deux partenaires de 1960. Un dogme qu’on ne peut ignorer, tant il est ancré dans la culture grecque (mythes, Eglise, école). Et sur dix ans, de 1963 à 1974, toutes les diplomaties ont échoué à faire évoluer ces croyances et à enrayer la marginalisation forcée des Chypriotes turcs, tout comme le fait que ceux-ci étaient privés de leurs droits constitutionnels et contractuels. C’est parce que la Constitution de 1960 était en permanence violée que la Turquie fut contrainte d’intervenir à Chypre en 1974 (conformément à ses obligations découlant du Traité de garantie de 1960). Malgré la sécurité que procurait aux Chypriotes turcs la présence de l’armée turque (seule et unique dissuasion à une reprise des hostilités sur l’île depuis 1974), le non-droit s’est perpétué durant des années ; les événements se sont enchaînés et ont produit la nécessité d’un nouveau cadre qu’illustre le Plan Annan : bizonalité, bicommunautarisme, fédéralisme. Mais la partie grecque reste obsédée par l’hellénisme et veut conserver les privilèges injustement acquis depuis 1963 ; voilà pourquoi elle ne désire pas partager le pouvoir avec son ex-partenaire égal en droit dans le contexte d’un nouvel Etat à deux partenaires.

Bien que l’armée turque continue d’être la seule et unique garantie de sécurité pour les Chypriotes turcs, la Turquie, tout comme une majorité des Chypriotes turcs par le référendum du 24 avril, a donné son accord au Plan Annan. Il y aura donc réduction substantielle des forces pendant la période initiale et fort délicate de sept ans : pas plus de 6000 soldats et officiers jusqu’en 2011 ; puis une nouvelle réduction au contingent symbolique de 650 au moment de l’intégration de la Turquie à l’Union européenne (voire après 2018 si celle-ci ne s’est pas encore produite). Il y avait même dans le Plan une clause qui stipulait la révision tous les trois ans avec pour objectif le retrait total des troupes (article 8, 1, b III de l’accord de Fondation).

Mais tout cela ne satisfaisait pas M. Papadopoulos qui s’en tient, dans sa lettre au secrétaire général, à son approche du tout ou rien : « Les questions de sécurité, cruciales pour les Chypriotes grecs, ont été largement ignorées ». Et puis : « La présence des troupes d’occupation et le comportement global des Turcs constituaient encore un sérieux sujet de préoccupation ». Monsieur Papadopoulos proclamant qu’en vertu du Plan, les troupes turques allaient rester indéfiniment sur l’île.

Il y a une logique qui soutient semblable position du tout ou rien.
Elle ressort dans l’allocution du 7 avril où monsieur Papadopoulos appelle les Chypriotes grecs à un non retentissant au référendum : encore quelques jours et Chypre sera membre de l’Union européenne ; le processus d’adhésion turque, lui, va se poursuivre ; le temps travaille donc en faveur des Chypriotes grecs qui feront désormais partie des évaluateurs d’Ankara ; les Turcs seront alors soumis à une pression constante en matière d’adoption et de mise en oeuvre de l’acquis communautaire ; les Chypriotes grecs peuvent donc se permettre d’ignorer les intérêts des Chypriotes turcs (sécurité incluse), ainsi que les dispositions du Traité de garantie de 1960 concernant les droits de la Turquie (ceux du Royaume-Uni demeurant intacts). Au fond, l’idée sous-jacente, c’est que les Chypriotes grecs peuvent attendre indéfiniment jusqu’à une victoire complète.

Il y a là une approche qui ne laisse pas grande marge de manoeuvre au compromis, à un règlement partagé et durable, à la construction d’un cadre stable. Alors qu’il n’y aura pas de règlement honnête sans égalité des parties ; que rien ne se règlera tant que les Chypriotes grecs sont autorisés à réaliser unilatéralement leurs objectifs, les Chypriotes turcs restant considérés comme subordonnés à leur autorité.

Dans tous les cas de figure, les Chypriotes grecs ne doivent pas oublier que leur refus du Plan Annan a prévenu, en même temps qu’un règlement, le démarrage d’un processus de démilitarisation de l’île. M. Papadopoulos ayant d’autant moins de raisons de déplorer la présence de troupes turques sur l’île."

Voir également : Quelques mensonges grecs ordinaires sur Chypre

Les causes profondes du conflit chypriote

Chypre : pourquoi l'intervention turque ?

Le nettoyage ethnique des Chypriotes turcs par les Chypriotes grecs (1960-1974)

Conflit chypriote : 500 Chypriotes turcs disparus en 1963-1974

Chypre, 1963 : le bain de sang de la "Semaine noire"

Chypre : la question du patrimoine culturel de l'île

Chypre : la question du patrimoine culturel de l'île (2)

Le sort des Turcs tombés à la merci des Grecs

La Megali Idea, une "grande idée"... criminelle

Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

Quelques mensonges grecs ordinaires sur Chypre

Ergün Olgun, "Chypre : mythes, réalités objectives et avancées possibles", Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 447-448 :

"Dans sa lettre au secrétaire général du 7 juin 2004, Tassos Papadopoulos prétend qu’il y a à Chypre-Nord 119 000 « colons illégaux ». On n’entrera pas ici dans une discussion sur le caractère inacceptable du terme de colon. Mais M. Papadopoulos prête dans la même lettre à la dernière version du Plan de l’ONU l’intention de sédentariser à Chypre tous les « colons ». C’est là une grossière déformation des faits puisque le Plan limite le nombre des personnes qui seraient susceptibles d’être naturalisés à 45 000, auxquels viennent s’ajouter les personnes qui avaient la nationalité chypriote au 31 décembre 1963, leurs enfants et les conjoints de ceux-ci.

Dans un entretien avec le Khaleej Times 4 septembre 2004, M. Papadopoulos proclame ouvertement qu’il n’y pas eu de Chypriote turc assassiné de 1963 à 1974. Commentaire de Loucas G. Charalambous, journaliste chypriote grec de premier plan : « Le président a-t-il des trous de mémoire ? » ; « Il nous faut résister à la tentation d’éclater de rire [...] Rappelons seulement au président les affrontements sanglants de Mansoura-Tylliria, de Lefka-Ambelikou, de Trypimeni, d’Arsos, de Mari et de Kophinou-Ayios Theodoros ; 22 cadavres rien qu’à Kophinou [...] Personne n’ira le nier, l’affirmation du président selon laquelle il n’y aurait pas eu de Chypriote turc tué est un mensonge évident. »

Tassos Papadopoulos écrit au secrétaire général de l’ONU le 7 juin 2004 et le répétera « catégoriquement » dans son exposé lors du débat général à la 59e session de l’Assemblée des Nations unies le 23 septembre : « Les Chypriotes grecs et [lui-même] ont pris l’engagement d’une solution bizonale et bicommunautaire. » Pour réitérer dans les deux cas que toute résolution portant sur la propriété et les biens doit respecter le droit au retour des réfugiés. Le deuxième argument de la réinstallation des réfugiés ruinant le premier, celui de la bizonalité, qui est un pilier acquis du règlement et que M. Papadopoulos s’est engagé à respecter. Il faut à l’évidence qu’il mette ses prétentions de côté et prépare son peuple à des restrictions en matière de retour pour faciliter l’établissement de la bizonalité."

Voir également : Les causes profondes du conflit chypriote

Chypre : pourquoi l'intervention turque ?

Les causes profondes du conflit chypriote

Ergün Olgun, "Chypre : mythes, réalités objectives et avancées possibles", Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 445-447 :

"Turcs et Chypriotes turcs n’ont toujours pas réalisé à quel point comptent les relations publiques et la médiatisation. Alors que les Chypriotes grecs et les Grecs sont des experts ès propagande et lobbying. Mais même si la propagande et le lobbying sont légitimes, la manipulation a quelque chose, pour parler par euphémisme, d’immoral.

Il est malheureux que même l’Union européenne se soit laissée berner par la machine propagandiste de la partie chypriote grecque. Le commissaire à l’élargissement Günter Verheugen rappelait, par exemple, dans une allocution au Parlement européen du 21 avril 2004 la promesse du gouvernement chypriote grec en 1999 : agir autant que possible pour garantir un règlement ; l’Union européenne, en revanche, ne ferait pas du règlement du problème un préalable à l’adhésion de Chypre. Pour donner libre cours à sa déception : « Je me sens trahi par le gouvernement chypriote grec. » Il convient d’aller au-delà de la propagande et de rendre manifestes les faits et causes latents.

Le conflit ne résulte pas, entre autres, d’« une invasion militaire et de l’occupation durable du territoire (chypriote) par un Etat souverain », comme le leader chypriote grec Tassos Papadopoulos a choisi de présenter les choses, le 23 septembre 2004, dans son exposé à la 59e session de l’Assemblée générale des Nations unies. De même que le conflit n’a pas émergé en raison d’une agitation sécessionniste des Chypriotes turcs, partenaire à égalité des Chypriotes grecs à l’intérieur de la République de Chypre de 1960.

Si l’« occupation » est censée incarner la racine de la question chypriote, alors que dire de l’occupation de l’instance gouvernementale, naguère bicommunautaire, de la République de Chypre par les Chypriotes grecs depuis 1963 ? C’est cette occupation-là et le conflit qui en a résulté entre les deux partenaires égaux en droit qui a nécessité le stationnement de forces de l’ONU sur l’île. Monsieur Papadopoulos a la mémoire sélective et il ignore la période de 1963 à 1974. Mais il ne peut pas être amnésique au point d’avoir oublié les raisons de l’intervention de la Turquie le 20 juillet 1974. Semblable rétention ou déni de faits par « sélection » ressortissent à une stratégie retorse qui consiste à laisser dans l’ombre les causes sous-tendant le dossier. En d’autres termes : la partie chypriote grecque propose un traitement de la question ignorant le fond de l’affaire, c’est-à-dire que les Chypriotes grecs ont fait en leur temps main basse sur la République de 1960.

Il n’y a d’ailleurs pas de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui qualifie l’intervention parfaitement légitime de la Turquie en 1974 comme une « agression », une « invasion » ou une « occupation ». C’est au contraire la Grèce que l’archevêque Makarios, le président chypriote grec de l’époque, avait en termes ouverts et dramatiques accusée le 19 juillet 1974 devant le Conseil de sécurité d’avoir envahi et occupé Chypre le 15. C’est cette invasion et cette occupation destinées à réaliser l’Enosis (l’union de Chypre avec la Grèce), et la violation de l’état des choses créé par la Constitution et les traités de 1960 qui entraînèrent l’intervention de la Turquie en vertu des droits et obligations que lui conférait le Traité de garantie de 1960.

Et quant au fait que ce serait la partie chypriote turque qui aurait travaillé à la sécession, l’archevêque Makarios n’avait-il pas confessé à diverses reprises, comme par exemple au Times avril 1963, soit huit mois avant de pirater l’Etat, qu’il était impossible aux Chypriotes grecs de renoncer à l’Enosis ? La résolution 186 (1964) du Conseil de sécurité d’envoyer des forces des Nations unies (UNFICYP) dans l’île avait pour but de prévenir une reprise des combats et de contribuer au maintien et à la restauration de l’ordre légal, au retour à des conditions normales.

Immédiatement après que cette résolution avait été entérinée par le Conseil de sécurité, les Chypriotes turcs s’adressèrent au secrétaire général et lui demandèrent d’agir le plus efficacement possible afin que la loi et l’ordre fussent restaurés, et de contribuer à un retour aux conditions normales en faisant respecter la constitution de 1960. Celui-ci écarta cette requête, expliquant que ce n’était pas dans cette intention que le Conseil de sécurité avait voté la résolution 186. La résolution 186 admettait donc qu’il n’y avait pas, sur l’île, des conditions normales, mais se refusait à restaurer l’ordre : autant de preuves que les institutions de 1960 étaient dans l’incapacité de fonctionner comme stipulé dans la Constitution, ce qui frappait de nullité la République.

La partie turque fit une deuxième tentative de retour au parlementarisme par association, en sollicitant l’aide de l’UNFICYP au mois de juillet 1965
; il lui fut répondu par le président chypriote grec de la Chambre des représentants, Glafcos Clerides, qu’ils devaient au préalable reconnaître le gouvernement chypriote grec en tant que gouvernement chypriote, entériner toutes les lois promulguées en leur absence et accepter que soit aboli l’article 78 de la Constitution sur les majorités séparées. Comme les Chypriotes turcs n’acceptaient pas les conditions humiliantes qui leur étaient faites, les Chypriotes grecs s’empressèrent de les blâmer pour ne pas vouloir faire partie du gouvernement légitime de la République. La direction chypriote turque de l’époque y revint à diverses reprises : c’était là une dernière trahison qui allait déclencher la suite des événements et, pour finir, la division de l’île comme l’émergence de deux gouvernements séparés.

Ces réalités n’ont pas empêché les Chypriotes grecs de réussir à légitimer leur action derrière le voile de l’« état d’urgence » depuis 1963. Ceci alors que leur refus de s’engager dans un nouveau partenariat avec les Chypriotes turcs et leur choix de maintenir des « conditions anormales » par le vote du 24 avril 2004 leur interdisent sans contestation aucune de mobiliser l’argument de la nécessité et de la soi-disant « République de Chypre » en tant que gouvernement de l’île toute entière."

Voir également : Chypre : pourquoi l'intervention turque ?

Le nettoyage ethnique des Chypriotes turcs par les Chypriotes grecs (1960-1974)

Conflit chypriote : 500 Chypriotes turcs disparus en 1963-1974

Chypre, 1963 : le bain de sang de la "Semaine noire"

Chypre : la question du patrimoine culturel de l'île

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Crise budgétaire - 21/06/2012 | 07:01 - 285 mots
Chypre pourrait demander l'aide de la Russie et de la zone euro

Romaric Godin
Nicosie demanderait, selon les informations du Handelsblatt, une aide de la Russie et, pour ses banques, du FESF et du MES.
Chypre va sans doute la semaine prochaine demander l'aide de l'Union européenne... et de la Russie. Selon le site Internet du quotidien allemand Handelsblatt, la république insulaire devrait déposer "dans la semaine qui vient" une demande d'aide bancaire auprès du FESF ou du MES et, parallèlement, obtenir un crédit de la Russie de 3 à 5 milliards d'euros.

Moscou intéressé

Moscou avait déjà accordé une aide de 2,5 milliards d'euros à Chypre l'an passé à des conditions avantageuses. Chypre a en effet une importance considérable pour l'économie russe et pour celles de l'ex-URSS, car elle est la plate-forme financière utilisée par les oligarques locaux.
Un effondrement du système financier chypriote aurait des conséquences très sérieuses sur l'économie de ces pays. D'où l'intérêt de la Russie dans cette affaire.

Eviter les conditions

En décidant de diviser son aide entre Bruxelles et Moscou, Nicosie entend éviter de passer sous les fourches caudines des conditions de la Troïka. La grande peur des Chypriotes, c'est qu'on leur impose non seulement une austérité drastique (le gouvernement est dirigé par une alliance entre communistes et centristes), mais surtout une augmentation de son taux d'imposition avantageux qui fait la richesse de son système financier. Nicosie pourrait donc s'inspirer de Madrid en ne demandant qu'une aide bancaire qui ne soumet pas aux conditions d'une aide classique (mais dont les conditions restent cependant à définir).

Un système financier très éprouvé

Les banques chypriotes ont été durement touchées par leur exposition en Grèce. La banque populaire chypriote, connu sous le nom de Marfin, doit absolument trouver 1,8 milliard d'euros avant la fin juin pour satisfaire aux règles de solvabilité de l'Union européenne. Mais les autres banques ne sont guère plus vaillantes après les coupes réalisées dans leur portefeuille d'obligations grecques.
21/06/2012, 07:01  |
Source : http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20120620trib000704953/chypre-pourrait-demander-l-aide-de-la-russie-et-de-la-zone-euro.html

Un commentaire :

"gege71 a écrit le 21/06/2012 à 12:05 :

Si je comprend bien Chypre est aussi un paradis fiscal Comment peux t-on faire l'europe avec autant de disparité dans les systèmes fiscaux. Concurrencer les autres pays de la zone euro, puis demander de l'aide pour couvrir ses besoins. Ce n'est pas acceptable Je comprends pourquoi les armateurs grecs menacent de se délocaliser à Chypre Laissons Chypre se débrouiller avec ses problèmes et proposons en parallèle une harmonisation des systèmes fiscaux. Ceux qui refusent sortent de la zone euro"

Voir également : Chypre : une plaque tournante du blanchiment d'argent sale

Les réseaux de prostitution forcée à Chypre

Demetris Christofias pointe du doigt les racines grecques des difficultés économiques de Chypre

Demetris Christofias: Cypriot Economic Trouble Rooted in Greek Woes
By A. Papapostolou on June 24, 2012 in Cyprus, News, Politics

Cyprus President Demetris Christofias on Sunday blamed the island’s economic troubles on neighbouring Greece’s woes
and insisted that reforms by his government would check a growing public deficit.
“The economy of Cyprus continues to have healthy foundations despite the problems, distortions and inequalities accumulated over the years,” the Communist politician told To Vima weekly in an interview.

Cyprus takes over the European Union’s rotating presidency on July 1st.  Estimates predict that it needs approximately 4.0 billion euros to prop up its banks and help narrow the budget deficit, which widened last year to double the EU ceiling of three per cent of gross domestic product (GDP).
“Cyprus is facing the prospect of entering (a rescue) mechanism not because of the fiscal state of the economy, but because of the need to recapitalise Cypriot banks which have important exposure to the Greek economy,” Christofias said.  “In every downgrade of the Cypriot economy, the exposure of our banks to Greece is portrayed as the main cause,” he said.

Christofias said reforms already undertaken would bring the deficit to “around 3.0 per cent” from 6.5 per cent in 2011, with the aim of trimming it further to “as close to 2.5 per cent as possible.”  Cyprus will ask Russia for a loan of up to 5.0 billion euros ($6.4 billion) this week and then request aid from eurozone partners for its ailing banks, an EU diplomat said Wednesday.

The crisis-hit Mediterranean island will “first try to get a bilateral loan from Russia,” stated the diplomat, speaking on condition of anonymity.
Cyprus would then probably request eurozone aid for its banks next week
along the lines of an offer made to Spain, he said.
(source: To Vima, AFP)
Source : http://greece.greekreporter.com/2012/06/24/demetris-christofias-cypriot-economic-trouble-rooted-in-greek-woes/

La Grèce a violé un accord UE-FMI

La Grèce a violé un accord UE-FMI
AFP Publié le 24/06/2012 à 19:09

La Grèce avait violé un accord avec l'UE et le FMI en embauchant quelque 70.000 fonctionnaires en 2010-2011, selon des rapports publiés dimanche par le magazine To Vima.


Cet hebdomadaire de centre-gauche cite un premier rapport interne en ce sens de la mission permanente de la Troïka (UE, BCE et FMI), ainsi qu'un deuxième établi par le ministre des finances par intermim, George Zannias.

"Pendant que le gouvernement (dirigé par les socialistes du PASOK, NDLR) passait des lois réduisant le nombre de fonctionnaires, il en faisait rentrer par la fenêtre", selon un membre anonyme de la Troïka, cité par To Vima. Il a ajouté que 12.000 autres personnes avaient également été embauchées dans des collectivités locales alors que des mesures d'économies par fusion de municipalités étaient officiellement en cours.

Le rapport que Zannias devait transmettre à son successeur désigné après l'élection du 17 juin, Vassilis Rapanos, révèle qu'il y a toujours officiellement 692.000 fonctionnaires, sans changement, alors que 53.000 ont pris leur retraite en 2010.

Hospitalisé d'urgence vendredi, Rapanos n'a toujours pas pu prêter serment.
Alors que 40.000 départs ont eu lieu en 2011, le réduction nette n'a été que de 24.000, indique To Vima.

La Grèce s'était engagée à ne remplacer sur cette période qu'un fonctionnaire sur cinq dans le premier mémorandum négocié en l'échange d'une aide massive financière.
Source : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/06/24/97002-20120624FILWWW00172-la-grece-a-viole-un-accord-ue-fmi.php

Moody's et Fitch dégradent la note de Chypre

Moody's dégrade Chypre de 2 crans

Avec AFP Mis à jour le 14/06/2012 à 00:17 | publié le 13/06/2012 à 23:19 Réagir

L'agence d'évaluation financière Moody's a abaissé ce soir de deux crans la note d'endettement de long terme de Chypre à "Ba3", l'enfonçant encore plus loin en catégorie "spéculative".


Moody's a prévenu que la note de Chypre restait sous examen en vue d'un éventuel abaissement. L'agence veut "évaluer les risques substantiels pour le secteur bancaire et l'Etat provenant d'une sortie de la Grèce de la zone euro", après les élections législatives grecques prévues dimanche. "La raison principale du changement de note aujourd'hui [mercredi] est la hausse concrète de la probabilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro, et de ce fait l'augmentation du montant probable du soutien que le gouvernement pourrait devoir accorder aux banques chypriotes", a expliqué l'agence.

Une aide de la Russie ou de la Chine ?

La note de "Ba3" correspond à un emprunteur pouvant faire face à ses engagements dans des circonstances normales mais présentant certains risques pour les créanciers. Jusque-là, Moody's supposait un plan d'aide à ces banques d'un montant entre 5 et 10% du produit intérieur brut. Désormais, l'hypothèse est celle d'un montant "plus élevé", qui "accroîtra la dette publique d'un peu plus de 10 points de pourcentage du PIB". L'agence avait abaissé la veille la note de deux banques du pays, Hellenic Bank d'un cran à "B1" et Bank of Cyprus d'un cran à "B2". Chypre a rejoint l'Union européenne en 2004 et adopté l'euro en 2008.

Le gouverneur de la banque centrale, Panicos Demetriades, a déclaré mercredi que si le pays faisait appel à des fonds étrangers pour recapitaliser son secteur bancaire, il souhaiterait plutôt recourir à des prêts bilatéraux de créanciers non précisés qu'à un plan de l'Union européenne. Les médias locaux évoquent un possible soutien de Moscou ou de Pékin.
Source : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/06/13/97002-20120613FILWWW00806-moody-s-degrade-chypre-de-2-crans.php

SECTEURS

Après Moody's, Fitch classe à son tour Chypre en catégorie « spéculative »

Par Claude Fouquet | 25/06 | 12:36 | mis à jour à 13:42

Fitch vient de décider d‘abaisser la note de Chypre. Une décision qui intervient deux semaines après que Moody's ait aussi dégradé ce pays et alors que Nicosie pourrait demander l'aide de l'Europe dès ce lundi.


Après Moody's il y a presque deux semaines, c'est au tour de l'agence de notation financière Fitch d'abaisser la note de la République de Chypre en catégorie spéculative.
Et une fois de plus c'est les craintes de plus en plus fortes qui pèsent sur le système bancaire chypriote qui conduit Fitch a reléguer le pays en catégorie « spéculative , en la faisant passer de « BBB- » à « BB+ ».

« L'abaissement de la note souveraine de Chypre reflète une augmentation matérielle des besoins en capital dont les banques chypriotes vont avoir besoin comparativement à l'estimation précédente », effectuée en janvier, explique Fitch afin de justifier sa décision.
Banques : 23 % du PIB nécessaire


Chypre, l'une des plus petites économies de la zone euro, est privée d'accès aux marchés financiers depuis un an. Elle doit trouver l'équivalent de 10% de son PIB, soit environ 1,8 milliard d'euros, avant le 30 juin pour recapitaliser Cyprus Popular Bank , la deuxième banque du pays. Une somme qui pourrit être plus importante selon Fitch qui estime que les besoins totaux des banques chypriotes pourraient atteindre 4 milliards d'euros, soit 23% du PIB. Selon l'agence de notation, les trois principales banques du pays (Bank of Cyprus, Cyprus Popular Bank (CPB) et Hellenic Bank) sont fortement exposées à la crise de la dette grecque.

Tout en reconnaissant que les estimations sur les besoins financiers des banques chypriotes sont encore très incertaines, Fitch souligne que l'argent nécessaire devra provenir des fonds publics et que ceci pourrait propulser le ratio dette/PIB au-delà de 100%. de ce fait, les objectifs de réduction du déficit budgétaire pour 2012 ne devraient pas être atteints et que celui-ci devrait s'élever à 3,9%, alors que le gouvernement envisageait initialement de le ramener sous les 3%.
L'assistance de l'Europe formalisée ce lundi

Chypre, qui s'apprête à présider l'Union européenne pour six mois, inquiète de plus en plus notamment depuis que Nicosie prévoit de solliciter l'aide de la zone euro pour renflouer ses banques. Le ministre chypriote délégué aux Affaires européennes a déclaré il y a deux semaines que Nicosie pourrait en effet demander jusqu'à quatre milliards d'euros à l'Union européenne. Selon certaines sources diplomatiques citées par l'AFP, cette demande d'assistance financière pourrait être formalisée des ce lundi. Information qui n'est conformée ni par la Commission européenne ni par la représentation permanente chypriote à Bruxelles interrogée par l'AFP.

« Nous examinons toutes les possibilités », s'est contentée d'affirmer cette dernière, évoquant des prêts bilatéraux ou une demande d'aide limitée au secteur bancaire. Car le pays aurait également sollicité sur le plan politique un prêt bilatéral de la Russie d'environ 3 à 5 milliards d'euros à la Russie . Une manière pour Chypre de diversifier ses aides mais surtout de tenter de desserer la pression européenne : une assistance russe lui permettrait d'expliquer qu'elle n'avait pas besoin que l'aide européenne soit assortie de mesures d'austérité comme celles demandées à l'Espagne notamment.
Source : http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202137222096-apres-moody-s-fitch-classe-a-son-tour-chypre-en-categorie-speculative-337346.php

mercredi 20 juin 2012

Pays-Bas : Geert Wilders exige que l'argent des contribuables néerlandais ne soit plus gaspillé pour la Grèce parasitaire

07.06.2012
Geert Wilders, Angela Merkel et l'euro.


Pays-Bas. Le Président du PVV Geert Wilders a réagi à des articles parus dans la presse.

D’un côté, la Chancelière allemande Angela Merkel plaide pour que les pays membres de l’Union européenne transfèrent progressivement plus de compétences à l’union européenne. Elle estime que pour répondre à la crise de la dette, la formation d’une union politique est indispensable, et dans le pire des cas avec un groupe limité de pays.

De l’autre côté, les Pays-Bas doivent emprunter 8,4 milliards d’euros pour compenser les manques à gagner que l’État enrégistre à cause de la crise. Un milliard d’euros devant servir à soutenir la Grèce.


Les Députés PVV Van Dijck, Bontes et Geert Wilders ont posé des questions parlementaires à ce sujet.

Geert Wilders dénonce le fait que le gouvernement réalise des économies aux Pays-Bas sur la déduction des frais de transport des travailleurs et envoie de l’argent à la Grèce corrompue. Geert Wilders exige que les Pays-Bas n’expédient plus d’argent à la Grèce.
Source : http://lionelbaland.hautetfort.com/archive/2012/06/07/geert-wilders-angela-merkel-et-l-euro.html

Voir également : Pays-Bas : Geert Wilders et Teun van Dijck exigent des explications quant à l'affaire des 400 chars qui auraient été achetés par les Grecs

Pays-Bas : Geert Wilders humilie la Grèce corrompue

Nikos Lekkas confirme l'existence d'une "corruption systématique" en Grèce

Grèce : le contrôleur fiscal dénonce la "corruption systématique"

Le Monde.fr avec AFP | 08.06.2012 à 11h55 • Mis à jour le 08.06.2012 à 11h55

Le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux a donné son estimation de l'évasion fiscale dans son pays. "L'évasion fiscale en Grèce atteint 12 % à 15 % du produit intérieur brut, ce sont 40 à 45 milliards d'euros par an" en moins dans les caisses de l'Etat, a détaillé Nikos Lekkas au quotidien allemand Die Welt. "Si nous pouvions en récupérer ne serait-ce que la moitié, le problème de la Grèce serait résolu", a-t-il indiqué.

"Nous avons les lois nécessaires depuis 1996, elles n'ont juste jamais été appliquées", selon lui, mais "nos politiques ont commencé à le comprendre". Et de poursuivre : "Si la corruption systématique qui a cours dans toute la société" ne cesse pas, et en particuliers si les élites continuent de rester impunies tandis que le reste de la population est pressuré, "il y aura une explosion sociale", a-t-il mis en garde.

"D'ACCORD AVEC LAGARDE"

M. Lekkas se dit par ailleurs "complètement d'accord avec Mme Lagarde", en référence à des propos tenus par la directrice générale du Fonds monétaire international fin mai qui avaient provoqué un tollé en Grèce.

Mme Lagarde avait estimé dans un entretien au quotidien britannique The Guardian que "les Grecs devraient commencer par s'entraider collectivement", et ce, en "payant tous leurs impôts", et s'était dite moins préoccupée par leur sort que par celui des enfants d'Afrique. Elle avait ensuite exprimé des regrets face aux réactions offensées qu'avait suscitées ses commentaires.
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/06/08/grece-le-1er-controleur-fiscal-d-accord-avec-lagarde-sur-le-paiement-des-impots_1714998_3214.html

Voir également : L'aveu de Georges Papandréou : la classe politique grecque est effectivement corrompue

Grèce : le Premier ministre George A. Papandreou admet publiquement que son pays est parasitaire

La Grèce est plus corrompue que la Turquie, la Macedoine et la Bulgarie selon le classement de Transparency International (2010)

Stelios Ramfos : "La crise grecque n’est pas économique, elle est culturelle"

entretien jeudi14 juin 2012
«La crise grecque n’est pas économique, elle est culturelle»
Richard Werly

Le philosophe grec Stelios Ramfos juge avec sévérité son pays, alors que les réformes européennes patinent. A la veille des nouvelles législatives du 17 juin, il décrypte les mentalités helléniques à l’épreuve du choc socio-économique. L’occasion de dénoncer l’aveuglement de l’Europe révélé, selon lui, par la crise


Un Socrate moderne? Dans son café préféré d’Athènes, non loin d’un parlement grec assoupi avant les élections du 17 juin, le philosophe Stelios Ramfos, 73 ans, s’amuse de l’au­dacieuse comparaison avec le maître à penser de l’Antiquité, qu’un nouveau procès fictif vient justement d’innocenter1. Et pourtant. Les débats qu’il suscite en Grèce, et la singularité de ses critiques sur l’Europe, dans la tourmente politico-financière actuelle, bousculent les vérités helléniques établies et remettent en cause pas mal de «valeurs traditionnelles». Tout comme il y a deux millénaires…

Le Temps: Une Grèce nouvelle est-elle,
oui ou non, en train d’émerger?

Stelios Ramfos: De quelle Grèce parle-t-on? La Grèce des rapports communautaires? Ou la Grèce réelle? Ma réponse est que la crise, aussi douloureuse soit-elle, n’a pas encore changé les mentalités. Ceux qui le croient se trompent. Une des raisons de l’enlisement des réformes est que la population n’est toujours pas convaincue de leur bien-fondé. Vous me direz que les statistiques sont incontestables, que notre faillite est consommée… Peut-être. Mais les Grecs restent des sentimentaux. Pour eux, la perception demeure plus importante que les faits et les chiffres.

– Parler de «mentalité grecque», n’est-ce pas réducteur?

Circulez dans ce pays, parlez avec les gens, écoutez-les… Les Grecs ne sont pas du tout rationnels. Ils ne raisonnent pas comme les Européens de l’Ouest. Nous n’avons pas connu la Renaissance. Notre histoire n’a pas forgé les consciences individuelles. Notre structure mentale est restée d’une certaine manière atrophiée, focalisée sur les problèmes du moment. La Grèce s’est retrouvée, après son indépendance, propulsée au rang des Etats «modernes», sans avoir forgé de réel contrat social. On le dit souvent, mais c’est vrai: le noyau central de notre société reste la famille au sens large. Tout passe par le prisme des rapports personnels. Construire quelque chose avec l’autre, avec le citoyen lointain, n’a pas de sens. Le clientélisme de l’Etat grec et des partis a un fondement très culturel. Les Européens ont fait le pari que l’euro nous transformerait. Or c’est le contraire qui s’est produit. Le crédit bon marché permettait de satisfaire les besoins de la famille, des clans… Les mentalités se sont jouées de la finance.
– Les mentalités peuvent
tout de même évoluer!

– Il faut comprendre à quel pays vous avez affaire. Notre modernisation reste ligotée par notre fonds culturel médiéval qui repousse la nouveauté et l’organisation, supposées engendrer un avenir meilleur. Le rapport au temps est essentiel. Les Grecs ne vivent pas dans la même temporalité que les Allemands qui, contrairement à nous, séparent bien distinctement le passé, le présent, et le futur. Ici, seul compte le présent! Or sans perspective, tout devient noir et blanc. Tout se polarise. Les réformes européennes ne sont acceptables que si vous vous projetez dans le futur. Les Grecs pensent, sans le savoir ou sans se l’avouer, à la manière du XVIIIe siècle. Ils pensent toujours en termes de lutte des classes. En termes de bien et de mal. Une union nationale au service d’un projet d’avenir est dès lors très difficile. D’autant que la confiance n’existe pas. Le Grec n’a confiance ni en son voisin, ni en son Etat. Il croit sa famille, son parti, celui avec lequel il a, par sa naissance ou sa vie sociale, un lien de parenté. C’est le soubassement de la catastrophe.

– Faire l’inventaire de ces comportements est facile. Le défi est de les comprendre, d’en tenir compte dans le processus de réforme. Comment?

L’UE confond géographie et culture. L’élargissement ne signifie pas que nous nous ressemblons davantage. La problématique grecque, intimement liée à la religion orthodoxe, est celle d’une bonne partie de l’Europe orientale, et surtout celle de l’immense Russie. Les traits de caractère que j’évoque se retrouvent de Chypre à Vladivostok! Notre chrétienté est celle du Moyen Age. Nous faisons partie de la civilisation européenne, sans partager les valeurs culturelles de l’Europe moderne. Je sais que cela va choquer, mais les valeurs européennes n’ont toujours pas pénétré. Trente années d’appartenance à l’UE, c’est très peu. Il n’y a eu dans ce pays aucune réforme de l’éducation, seulement des changements superficiels. On a rendu l’Etat grec compatible avec l’UE. On ne l’a pas transformé.

– La transformation d’une société, n’est-ce pas le rôle de ses élites?

Qu’ont fait les élites grecques depuis trente ans? Elles se sont occupées de leur intégration dans l’Europe. Elles ont pénétré les réseaux de pouvoir, les universités… Mais elles n’ont pas cherché à moderniser la société grecque. Pire: nos élites ont flatté, en Grèce, le désintérêt pour l’Etat. Les armateurs, pour prendre cette catégorie phare d’entrepreneurs mondialisés, sont une caricature. Ils font leurs affaires, se tiennent le plus possible à l’écart de l’Etat grec, qui ne les taxe pas, et ils redistribuent, via leurs fondations privées. Comment voulez-vous que les Grecs ne raisonnent pas en termes marxistes?

– Ce n’est donc pas la faute
de l’Europe…

– Si, parce que les Européens ont bâti leurs plans de réformes sur des certitudes statistiques. Ils ont raisonné en termes de vérité absolue: l’austérité budgétaire est la condition de la viabilité de l’Etat. Donc on coupe dans les dépenses publiques et l’on diminue les salaires de façon horizontale, sans équité. Mais que faire si la population ne se reconnaît pas dans ses vérités absolues? C’est ce qui se passe en Grèce. Les Allemands auraient mieux fait de relire Kant et de s’inspirer ses «idées régulatrices» 2. Relisez Kant, Mme Merkel! Il faut trouver une synthèse entre le grand dessein européen, les exigences économiques et les traditions. Essayons de comprendre pourquoi l’Europe du Sud est affectée par cette crise. Le poids du catholicisme très traditionnel – ce que j’appelle le paléo-catholicisme – de cette périphérie méridionale joue, comme l’orthodoxie en Grèce, un rôle considérable. La grécité n’est pas du folklore. Cela n’a rien de futile. Vous parlez aux Grecs du salut de leur Etat alors qu’eux sont obsédés par le salut de l’âme. Comment vous faire comprendre?

– Ne doit-on pas, parfois, passer outre aux traditions?

– Elles constituent le soubassement de l’Europe. Les ignorer est impossible, suicidaire. On ne peut pas dissocier le rejet des réformes en Grèce de notre propension au nihilisme. C’est le fameux «nous n’avons plus rien à perdre» que vous entendez partout. La théologie orthodoxe raisonne en termes de sentimentalisme. Notre sentimentalisme est apocalyptique. Il favorise les grandes catastrophes, l’impasse. La troïka [la mission d’experts européens chargés de superviser les réformes] aurait mieux fait de s’entourer d’anthropologues ou de philosophes, au lieu de s’enfermer dans les ministères. L’Europe n’est pas homogène. Acceptons-le. Des questions aussi essentielles que la valeur travail ne sont pas partagées dans les mêmes termes. Les Grecs – c’est là aussi le poids de l’orthodoxie – privilégient la tradition ascétique. Ils ont un rapport différent à l’éternité. Nous n’avons pas connu Thomas d’Aquin3. Le travail, c’est un peu un péché. La raison, nous l’ignorons.
– Et la démocratie? L’UE négocie
avec des gouvernements élus.
A eux de changer leur pays…

– On ne peut pas s’arrêter aux élections et croire qu’elles vont tout résoudre. La richesse de Kant et de ses idées régulatrices est justement la recherche de synthèse. En Grèce, nos besoins financiers excèdent de très loin la capacité de nos politiciens à assumer leurs responsabilités. Il faut par conséquent forger des solutions adaptées. Voilà le problème structurel! Cette crise n’est pas qu’une affaire d’économistes.

Pourquoi les fonctionnaires de Bruxelles ne demandent jamais leur avis aux philosophes, aux anthropologues? Nous leur aurions expliqué pourquoi le processus des réformes échouera tant que les Grecs penseront qu’ils peuvent en garder juste une partie: celle qui leur convient…

– Les Européens sont-ils donc naïfs?

– Ils le sont. Je suis toujours frappé par les références à la Grèce antique. Or qui sont les plus grands spécialistes de l’Antiquité et de l’archéologie? Des Européens, pas des Grecs. Avec, parmi eux, de très grands chercheurs allemands. Or qu’en ont-ils déduit? Que le berceau de ce pays était l’Athènes de Socrate, alors que nous sommes tout autant, voire plus, les enfants des pères de l’Eglise orthodoxe. Je vais être provocateur, mais l’héritage d’Aristote ou de Platon, c’est une affaire allemande, pas grecque. Les Européens ont façonné notre héritage à leur image.

– Que faire, dans ces conditions? Lâcher la Grèce?

– Non, au contraire. L’UE doit demeurer clémente et répéter aux Grecs un unique message avant et après le 17 juin: tout dépend de vous. Il ne faut pas fermer la porte, car l’Union a besoin de son flanc sud pour être l’Europe. La société européenne ne peut exister que si elle assume et gère ses contradictions. Je le redis haut et fort: cette crise n’est pas économique. Elle est culturelle. Il faut parler d’éducation. Il faut poser les questions existentielles et y répondre. Il faut dépasser le nihilisme avec lequel flirte une partie de plus en plus grande de la population grecque. Cette crise doit servir de psychothérapie. En Grèce, la troïka doit changer d’interlocuteurs, rencontrer ceux qui écrivent, qui font vibrer l’âme grecque. Il lui faut provoquer notre philotimo, notre sursaut d’honneur. Il faut stimuler notre amour pour l’UE. Arrêtons de dérouler un tapis rouge aux politiciens médiocres. Ils ne représentent qu’une partie de la solution. Ils pensent en termes de partis. Il faut recréer des formes, réinventer une dynamique. C’est l’indifférence des fonctionnaires qui tue l’Europe. La Grèce des traditions populaires nourrit peut-être les clichés, mais c’est la Grèce réelle.

1. Un procès fictif a innocenté en mai 2012 le philosophe que les juges athéniens, en 399 av. J.-C., avaient contraint à s’empoisonner à la ciguë.

2. Kant (1724-1804) défend comme «idée régulatrice» un «concept tiré de notions et qui dépasse la possibilité de l’expérience». Et un usage régulateur de la raison.

3. Thomas d’Aquin (1224-1274), dominicain, soutient que la foi chrétienne n’est ni incompatible, ni contradictoire avec l’exercice de la raison.

De Stelios Ramfos, il faut lire: «Like a Pelican in the Wilderness» (Holy Cross Orthodox Press, en anglais).
Source : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/5d6301e2-b54f-11e1-89f5-b044793362e7/La_crise_grecque_nest_pas_économique_elle_est_culturelle