dimanche 12 février 2012

Grèce : le principal syndicat policier menace les représentants de l'UE et du FMI

La police grecque menace les représentants de l'UE et du FMI

10.02.2012 | 17:20

Par 
Damien Dubuc (Paris)

Soutien musclé pour les milliers de manifestants réunis à Athènes pour une nouvelle journée de grève générale: le principal syndicat policier menace de réclamer des mandats d'arrêt à l'encontre des représentants de l'Union européenne et du FMI, accusés de torpiller le pays à grand coup de rigueur. Au gouvernement, les défections se multiplient : en fin d'après midi, deux ministres socialistes et trois d'extrême-droite avaient présenté leur démission.


"Policiers, porcs, assassins". Ce slogan est régulièrement scandé pendant les manifestations ou inscrit sauvagement sur les murs. Plus rarement, "la police avec nous". Dans une lettre, dont l'agence Reuters a eu connaissance vendredi, la Fédération de la police grecque se joint pourtant à la colère des manifestants, essorés par les plans d'austérité à répétition et à qui les créanciers internationaux réclament toujours plus d'effort. Chefs d'accusation: "chantage [et] tentatives de subrepticement abolir ou ronger la démocratie et la souveraineté nationale".

    Comme vous poursuivez cette politique destructrice, nous vous prévenons que vous ne pouvez nous contraindre à nous battre contre nos frères. Nous refusons de nous élever face à nos parents, nos frères, nos enfants ou tout citoyen manifestant ou exigeant un changement de politique,

souligne le syndicat, qui représente plus de deux tiers des effectifs policiers de la Grèce.


Cette lettre précise que l'une des personnalités visées est Poul Thomsen, le principal représentant du FMI en Grèce. La missive a aussi été adressée à Klaus Masuch, chef de la délégation de la Banque centrale européenne (BCE), et à Servaas Deroos, ancien inspecteur en chef de la Commission européenne en Grèce.
Un soutient symbolique

Les policiers sont directement confrontés à la colère populaire qui se manifeste régulièrement à l'occasion de rassemblements devant le parlement à Athènes. Les responsables du syndicat assurent cependant que la police continuera de lutter contre les débordements lors des manifestations.

Cette menace est essentiellement symbolique, relève Reuters, puisqu'un mandat d'arrêt doit d'abord être émis par un juge. Il n'empêche, elle traduit l'exaspération et la colère d'une partie toujours plus importante de la population. A qui de nouveaux effrots vont être réclamés.
Démission du ministre du travail

Jeudi, les trois partis gouvernementaux se sont accordé sur le train de mesures d'austérité exigé par les bailleurs de fonds de la Grèce pour débloquer un nouveau plan de sauvetage combinant désendettement et renflouement. Au programme des réjouissances, une réduction de 22% du salaire minimum dans le cadre d'une déréglementation générale du marché du travail, la suppression dans l'année de 15.000 emplois publics et des coupes sur certaines pensions de retraite.

Un accord de principe déjà caduc. Le leader du parti d'extrême droite Laos, Georges Karatzaferis, a annoncé vendredi qu'il ne voterait pas le programme de réformes demandé par les créanciers du pays. "Je ne peux pas voter" ce plan d'austérité qui "humilie le pays" a-t-il déclaré, lors d'une conférence de presse. Dans la foulée, 3 des 4 ministres du Laos ont présenté leur démission, rapporte l'agence de presse d'Athènes (ANA). Il revient désormais au Premier ministre, Lucas Papadémos, d'accepter ou non cette démission, ajoute ANA, sans citer de source.

Le secrétaire d'Etat grec au Travail, Iannis Koutsoukos (parti socialiste Pasok), a par ailleurs annoncé sa démission pour protester contre les "mesures douloureuses" arraché au gouvernement par la troika et les créanciers. Vendredi après-midi, il a également été rejoint par Marilisa Xenogiannakopoulou, ministre des Affaires étrangères.
Une purge sans fin

La zone euro a de toute façon donné moins d'une semaine à la Grèce pour grapiller la bagatelle de 325 millions d'euros d'économies supplémentaires. Faute de quoi, l'aide vitale de 130 milliards d'euros ne sera pas versée. Un chantage à la faillite.

Pour les manifestants et les syndicats grecs, la purge éxigée par UE et FMI, loin de crelancer la machine économique en lui redonnant de la compétitivité, risque au contraire de plonger encore plus le pays dans une récession qui entre dans sa cinquième année, et a déjà fait exploser le chômage à près de 21%.

Article actualisé à 17h20 après l'annonce de la démission de 3 des 4 ministres du parti Laos.
Source : http://fr.myeurop.info/2012/02/10/la-police-grecque-menace-les-representants-de-l-ue-et-du-fmi-4553

Voir également : Ils ne peuvent pas s'empêcher de mentir : le parlementaire grec Simos Kedikoglou reproche à l'UE d'être responsable de la crise que traverse son pays

Le ministre des Finances grec Evangelos Venizelos accuse l'UE : la Grèce aurait été utilisée comme un "bouc-émissaire", "soumise au chantage et humiliée"