mardi 21 février 2012

La gauche française lâcherait-elle discrètement le boulet grec ?

Le PS refuse le "piège" du Mécanisme européen de stabilité

LEMONDE.FR | 16.02.12 | 19h23   •  Mis à jour le 17.02.12 | 10h20

L'abstention : c'est la position que devraient vraisemblablement adopter les députés PS, mardi 21 février à l'Assemblée nationale, où sera présenté le texte sur le Mécanisme européen de stabilité financière (MES).


Plusieurs responsables du PS, initialement, penchaient pour le oui. "Tout le monde est pour un fond de secours qui puisse venir en aide au pays en difficulté, et nous avons d'ailleurs voté les différents plans d'aide à la Grèce", rappelle le député européen Harlem Désir. "Sur le principe du MES, pas de réticence", indique Pierre Moscovici, directeur de campagne de M. Hollande.

En pratique, le dossier se révèle pourtant plus embarrassant : une disposition juridique relie le MES au traité de discipline budgétaire, voulu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui doit être signé début mars et qui obligera les pays signataires à respecter une "règle d'or" sur l'équilibre des comptes publics. Il s'agit de l'article 5 du texte sur le MES, qui conditionne le fait de pouvoir bénéficier de celui-ci à la ratification du traité sur la solidarité et coordination gouvernementale.

"ENGRENAGE"

Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, résume sur son blog le double "piège", à la fois "juridique puisque ce fond ne donnera droit de tirage qu'a ceux qui auront voté le deuxième volet" et "politique parce que Nicolas Sarkozy (…) veut un faire un argument dans l'élection présidentielle". M. Moscovici pointe pour sa part "un engrenage, qui conduit subrepticement à adopter le traité d'austérité", qu'il considère comme "juridiquement étrange et infondé".

C'est l'aile gauche du parti qui, au bureau national, mardi 14 février, est montée au créneau. "Ce texte conditionne l'accès à la solidarité au fait d'avoir ratifié le traité Merkel-Sarkozy, a attaqué Benoît Hamon, porte-parole du PS et représentant de l'aile gauche. Par cohérence politique, on ne peut dire oui." Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, prône même un non ferme et définitif : "Si vous voulez renégocier le “Merkozy”, il faut voter contre dès le début."

Comme souvent, Jean-Luc Mélenchon, qui pour sa part souhaite un référendum sur le traité, a tiré le premier, mettant la pression sur les députés PS. Ceux du Front de gauche (PCF et Parti de gauche), qui ont finalement obtenu un vote solennel nominal par scrutin public à l'issue des débats, voteront contre. Avant le vote, le candidat à la présidentielle tiendra une conférence de presse, et un rassemblement est prévu devant le palais Bourbon. "Que la droite vote pour, on le comprend, c'est M. Sarkozy qui l'a négocié. Mais nos concurrents, comme nos adversaires, devront eux aussi être clairs", a lancé M. Mélenchon, mardi 14 février.

Le candidat du Front de gauche ne s'est pas privé d'en appeler à ceux de ses anciens camarades socialistes qui avaient voté contre le Traité constitutionnel européen en 2005, citant "Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Alain Vidalies" : "Les 115 qui ont voté avec moi au Congrès de Versailles contre le Traité de Lisbonne ont-ils changé d'avis ou bien vont-ils de nouveau voter contre à l'occasion de cette réunion du 21 février ?"

L'argument semble avoir porté. "Le fait que certains prennent position pour le oui pourrait inquiéter les électeurs de gauche, explique Benoît Hamon. On peut vouloir un mécanisme de solidarité sans pour autant avaler le traité Sarko-Merkel."

Raphëlle Besse Desmoulières et David Revault d'Allonnes
Source : http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/02/16/le-ps-refuse-le-mecanisme-europeen-de-stabilite_1644689_1471069.html

Les députés PS s'abstiendront sur le Mécanisme européen de stabilité

Créé le 21-02-2012 à 14h23 - Mis à jour à 14h23

Les députés socialistes s'abstiendront sur la création du Mécanisme européen de stabilité (MES), que l'Assemblée nationale doit ratifier mardi après-midi, a indiqué leur chef de file Jean-Marc Ayrault.

De son côté, François Fillon a qualifié mardi de "faute historique" cette abstention annoncée, en s'exprimant devant le groupe UMP à l'Assemblée, selon une source proche du groupe et confirmée dans son entourage.

Le MES, en vertu d'un traité signé le 30 janvier, est destiné à devenir le pare-feu permanent de la zone euro contre les crises de la dette souveraine. Il est juridiquement distinct du pacte de stabilité budgétaire conclu entre 25 pays de l'UE, qui doit être officiellement signé le 1er mars, mais politiquement lié à ce texte.

"Le vrai message que nous voulons adresser, c'est que si ce qui va être signé le 1er mars, ce n'est que de l'austérité, alors l'Europe ne pourra pas s'en sortir", a déclaré Jean-Marc Ayrault pour expliquer l'abstention de son groupe.

"Notre abstention est dynamique, offensive. Le vote +non+ aurait donné l'impression de ne rien décider (...)", a expliqué le chef de file des députés socialistes.

"La question cruciale, c'est le traité" - le pacte de stabilité budgétaire -, a-t-il poursuivi, et ce traité, "tel qu'il se présente aujourd'hui ne prévoit pas d'engagement fort en faveur de la croissance".

Dans le contexte de l'accord conclu cette nuit sur la Grèce, "le refus des socialistes français de voter le MES est une faute historique qui démontre leur sectarisme", a réagit François Fillon.


"Ils préfèrent fragiliser la zone euro que de voter avec la majorité (...) Ils préfèrent leur intérêt électoral que l'intérêt général européen", a ajouté le Premier ministre.


"C'est scandaleux, c'est une vraie faute politique", a renchéri devant la presse le chef de file des députés UMP, Christian Jacob.

"Si c'était fait pour des convictions, après tout, pourquoi pas? Mais là, on est vraiment dans l'accord électoraliste comme les socialistes l'ont fait avec les Verts. C'est pour donner un gage à Mélenchon", a-t-il ajouté en dénonçant "une petite magouille électorale".
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120221.AFP8164/les-deputes-ps-s-abstiendront-sur-le-mecanisme-europeen-de-stabilite.html

Daniel Cohn-Bendit, interview avec Jean Quatremer pour Libération :

"Il y a une hypocrisie dans la position de la gauche française, Verts compris. Le Mécanisme européen de stabilité est l’une des rares choses positives qu’on a pu arracher au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement et surtout à l’Allemagne : il instaure une solidarité financière entre les pays de la zone euro dont on a besoin si l’on ne veut pas laisser sombrer le Portugal, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. Surtout, le MES est la porte d’entrée vers les obligations européennes. Si demain, la gauche parvient au pouvoir, elle sera très contente d’avoir un MES à sa disposition pour organiser la solidarité financière. Le refuser, c’est injurier l’avenir."

Source : http://www.liberation.fr/economie/01012391029-sur-la-grece-la-gauche-francaise-est-hypocrite