mardi 24 avril 2012

Immigration croissante de Grecs... en Turquie

Des Grecs tentent leur chance en Turquie
L’essor économique du grand voisin turc commence à attirer des Grecs fuyant la crise.

Malgré leurs pommes de discorde historiques, les deux pays entretiennent aujourd’hui des relations apaisées.

Antigone n’en revient pas d’avoir posé ses valises à Istanbul. Cette Athénienne de 30 ans, titulaire d’un master de grec langue étrangère, travaille dans un institut de langue sur les rives du Bosphore et se félicite d’avoir pris cette décision « difficile » de venir en Turquie.

Cette jeune femme fluette aux grands yeux bleus, parfaite germanophone, a pourtant tout essayé pour rester au pays, entre les cours particuliers, un emploi de nuit à l’aéroport d’Athènes pour 800 €, et des postes refusés « par manque de relations très haut placées ».

« Je visais d’autres pays plus “européens” mais je me suis rendu compte que les opportunités professionnelles dans ma branche étaient très nombreuses ici », explique-t-elle. « Au final, je fais le boulot qui me plaît et je gagne près de deux fois mon salaire grec ! Hors de question de rentrer chez moi, la situation y est pire ces derniers mois. »
« Une oasis de croissance où il fait bon vivre »

Même enthousiasme de la part de Mike Calikusu, manager dans une entreprise américaine établie à Istanbul. Né en Turquie, il a quitté le pays avec sa famille dans les années 1970 et avoue avoir toujours rêvé de revenir dans l’ancienne Constantinople. Rentré en 2010, il vante les performances économiques de la Turquie, « une oasis de croissance où il fait bon vivre ». 

La Turquie – et ses 8,5 % de croissance économique en 2011 –, deviendra-t-elle le nouvel eldorado du voisin grec frappé de plein fouet par la crise ? Oui, si l’on se fonde sur la hausse de 10 % du nombre d’entreprises grecques installées dans le pays en 2011 (elles sont passées de 430 à 480) et le bond de 40 % des importations par les Turcs en provenance de son voisin.

La visite en 2010 à Athènes du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et d’une dizaine de ministres avait ouvert la voie au développement de ce commerce bilatéral jusqu’alors limité. « La Turquie est un grand marché proche de la Grèce », explique Ionnis Karkaris, conseiller économique au consulat grec à Istanbul : « À cause de la crise, de nombreuses entreprises prévoient d’investir ici. »
Arrivée massive de salariés helléniques

Aucune donnée officielle pour l’instant ne confirme une arrivée massive de salariés helléniques. Une étude réalisée en 2010 par l’université Bilgi faisait état de 300 migrants, dont 60 pilotes de l’air embauchés par Turkish Airlines après la faillite d’une compagnie aérienne grecque. Deux ans plus tard, la minuscule communauté historique grecque d’Istanbul – qui compte à peine 2 000 membres – évoque un réel intérêt pour la Turquie du fait de l’intensification de la crise en Grèce.

« Je reçois chaque jour plusieurs courriels et coups de téléphone me demandant s’il y a du travail à Istanbul et comment s’y prendre pour s’installer », explique Lakis Vingas. L’un des porte-parole de cette communauté vient d’ouvrir un bureau d’aide aux candidats grecs à l’émigration.

« Nous mettons en ligne des CV afin de faciliter leurs recherches d’emploi », explique Marina Drymalitou, l’une des responsables de ce bureau : « Nous leur donnons des informations sur la politique des visas et sur le logement, qui est l’un des problèmes principaux d’Istanbul. » Au siège du Patriarcat grec-orthodoxe, on se réjouit de ces nouveaux migrants qui « représentent l’avenir » de la petite communauté locale.
Relations entre Ankara et Athènes

Ce récent phénomène d’immigration vers la Turquie « ne devrait pas inverser la traditionnelle tendance grecque à émigrer vers des pays comme les États-Unis et l’Europe de l’Ouest, mais indique un changement de fond dans les mentalités », estime l’universitaire Haris Tzimitras. Guerres gréco-turques, échanges de populations dans les années 1920, émeutes anti-chrétiennes de 1955 à Istanbul, crises chypriotes, contentieux concernant la mer Égée, les pommes de discorde historiques entre Ankara et Athènes ne manquent pas, même si les deux pays entretiennent aujourd’hui de bonnes relations.

« Mes amis à Athènes me questionnent sur Istanbul. Ils aimeraient suivre mon exemple, mais n’osent pas », observe Antigone : « Ils pensent que la Turquie n’est pas stable, le passé leur fait peur. »

DELPHINE NERBOLLIER, à ISTANBUL
Source : http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Des-Grecs-tentent-leur-chance-en-Turquie-_EP_-2012-04-18-796096

Voir également : Poussés par la pauvreté, des Grecs émigrent en Turquie

Istanbul : des Grecs-orthodoxes font mumuse dans l'eau de Marmara...

Ces nombreux immigrés clandestins arméniens qui vont en... Turquie

De plus en plus de chrétiens irakiens se réfugient en Turquie, pays soi-disant "oppresseur"

La Grèce inutile se fait taper sur les doigts par l'Allemagne et l'Autriche au sujet de l'immigration clandestine

Immigration clandestine : l'UE enfin prête à sanctionner la Grèce laxiste et décidément inutile en l'expulsant de l'espace Schengen