dimanche 27 mai 2012

Thilo Sarrazin : "En acceptant de renflouer la Grèce, l'Allemagne a révélé sa prédisposition au chantage"

Le polémiste Thilo Sarrazin mène la charge contre l'euro

Par Patrick Saint-Paul

Mis à jour le 24/05/2012 à 22:05 | publié le 24/05/2012 à 21:47

L'ancien membre du directoire de la banque centrale allemande dénonce «le chantage à l'Holocauste» exercé sur Berlin par l'Union.

Thilo Sarrazin a encore frappé. Après s'en être pris aux immigrés et à la politique d'intégration allemande dans son précédent best-seller en 2010, l'ancien membre du directoire de la banque centrale allemande attaque la monnaie unique dans son dernier brûlot: L'Europe n'a pas besoin de l'euro. Contredisant la thèse d'Angela Merkel, selon laquelle «le projet européen s'effondre si l'euro échoue», et le consensus entre partis politiques allemands en faveur de l'euro, le polémiste flatte le courant eurosceptique de l'opinion allemande.

Dans son livre, à paraître lundi, Sarrazin, 67 ans, affirme que l'euro a apporté à l'Allemagne plus de risques financiers que de bénéfices économiques. Les avocats allemands de l'euro arguent que la monnaie unique a largement contribué à l'éclatante santé de l'économie alle­mande: il aurait rendu accessibles les produits germaniques, impayables avec un Deutsche Mark fort, dans l'eurozone, où l'Allemagne écoule 60 % de ses exportations. Sarrazin affirme au contraire que les échanges commerciaux de l'Alle­magne en dehors de la zone euro ont progressé plus rapidement qu'au sein de l'espace monétaire commun.

Sarrazin juge que l'établissement d'une union monétaire sans union politique était une folie. Si les autres membres de l'union monétaire sont incapables de respecter une discipline budgétaire germanique, alors ils devraient quitter l'euro, souligne-t-il. Si la culture de stabilité allemande ne s'impose pas dans la zone euro, ce serait alors à l'Allemagne d'envisager de la quitter. Surtout, il a déclenché un nouveau tollé en affirmant que son pays était l'otage de la zone euro et la victime d'un «chantage à l'Holocauste» le contraignant à financer les errements budgétaires de ses partenaires.
«Calcul méprisable»

L'ex-sénateur aux Finances social-démocrate de Berlin estime que l'on veut forcer l'Allemagne à accepter les prin­cipes d'«eurobonds», des emprunts communautaires européens, et de mutualisation des dettes pour prix de son passé nazi.
En acceptant de renflouer la Grèce, écrit-il, l'Allemagne a révélé sa «prédisposition au chantage». Quant aux partisans allemands des obligations européennes, «ils sont poussés par ce réflexe très allemand selon lequel nous ne pourrions finalement expier l'Holocauste et la Deuxième Guerre mondiale qu'une fois transférés en des mains européennes l'ensemble de nos intérêts et de notre argent».

Comme pour son précédent livre exposant ses thèses sur l'islam et la place des étrangers en Allemagne, vendu à 1,6 million d'exemplaires, Sarrazin s'est attiré les foudres de l'establishment politique. Ainsi, l'ancien ministre social-démocrate des Finances, Peer Steinbrück, a dénoncé ses «foutaises» face à lui dans un célèbre talk-show. L'actuel ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, estime qu'en développant «cette absurdité absolue», Sarrazin agit «soit parce qu'il en est convaincu, soit par calcul méprisable». «Il est pathétique qu'il se serve de l'Holocauste pour assurer la plus grande attention possible à ses thèses sur les euro-obligations», surenchérit l'écologiste Jürgen Trittin.

Cependant, de nombreux économistes allemands de renom, tout en condamnant le passage le plus polémique lié à l'Holocauste, souscrivent aux thèses développées par Sarrazin dans son essai. Ainsi, l'économiste Stefan Homburg juge que le livre «n'est pas un manuel de sauvetage de l'euro», mais «il présente un état des lieux exact». Thomas Mayer, économiste en chef de la Deutsche Bank, loue une «analyse économique minu­tieuse» et juge, comme Sarrazin, que les eurobonds «heurteraient les fondements démocratiques» des pays européens. Le rejet virulent de la classe politique traduit aussi une inquiétude profonde: que les Allemands finissent par en avoir définitivement ras-le-bol de financer le sauvetage des pays européens surendettés et qu'ils se détournent de la monnaie unique.
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/05/24/20002-20120524ARTFIG00832-le-polemiste-thilo-sarrazin-mene-la-charge-contre-l-euro.php

Voir également : Seconde Guerre mondiale : les lourdes responsabilités de l'administration grecque dans la déportation des Juifs de Salonique et la spoliation de leurs biens