lundi 25 juin 2012

Chypre : la question des soi-disant "colons" turcs

Ergün Olgun, "Chypre : mythes, réalités objectives et avancées possibles", Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 450-452 :

"La partie grecque utilise, pour désigner les Turcs du continent, le terme politiquement chargé de « colons » ; elle conteste aussi par là aux autorités chypriotes turques le droit de « naturalisation ». Les Chypriotes grecs tentent d’accréditer deux idées : qu’ils sont d’une part les seuls à pouvoir accorder la naturalisation ; que les « Turcs » ne sont pas, d’autre part, les bienvenus à Chypre.

« Dieu » aurait conféré aux Chypriotes grecs le pouvoir exclusif de gouverner au nom des deux parties par « firmans » sur la nationalité. Pas besoin de demander leur avis aux Chypriotes turcs pour fabriquer des « citoyens de Chypre » d’origine grecque, russe, pontique ! Comme si cela ne bouleversait pas, au demeurant, les équilibres démographiques sur l’île !

Et puis, les Chypriotes turcs sont déjà l’« autre » indésirable qui se mêle de contester le caractère hellénique de Chypre, des hôtes non souhaités, voire une sous-espèce ; mais il convient surtout qu’ils soient frappés par des mesures d’embargo et placés en quarantaine, de façon à ce qu’ils ne jouissent pas d’une économie en plein essor ; ils se plieront alors aux volontés des Chypriotes grecs. Or, les ouvriers et la main-d’oeuvre turcs contribuent justement de manière significative à l’économie nord-chypriote. C’est pourquoi leur présence à Chypre doit être présentée, avec tous les arguments possibles et par tous les moyens, comme absolument illégitime.

Tel est malheureusement le cadre archaïque du raisonnement de la direction chypriote grecque. Elle ne parvient pas à percevoir la chance qui est donnée à l’île de constituer un modèle pour le reste du monde en mobilisant les racines, les atouts et l’influence de chacun des deux partenaires et copropriétaires du pouvoir à l’Est comme à l’Ouest.

Comme l’écrit l’observateur chypriote grec Nicos A. Pittas : « Ce qui fait presque autant nécessité à Chypre que l’eau, c’est la main-d’oeuvre bon marché [...] Nous importons déjà des milliers de gens du monde entier ; qu’y a-t-il donc de si terrible dans le fait que certains soient turcs ? Est-ce une catastrophe d’autoriser cinquante mille Turcs dont la plupart résident depuis presque toujours sur l’île à s’y établir, d’autant que nous sommes désormais membre de l’UE et que la Turquie en fera à terme probablement partie, avec une liberté afférente de circulation y compris à Chypre ? »

Autre tentative de subordonner les Chypriotes turcs et leur économie à leur loi : les autorités chypriotes grecques s’emploient actuellement dans tous les registres à saper les propositions de la Commission européenne en faveur de relations commerciales directes entre Chypre-Nord et l’UE.

C’est pour finir de la discrimination quant aux droits de l’homme, pour parler par euphémisme, que d’humilier les citoyens d’un pays candidat à l’UE en les présentant en tant que « colons turcs du continent ».

Dans son étude rendue publique fin 2003, le British Helsinki Human Rights Group a reproché à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe d’avoir présenté, dans un rapport du mois de juin de la même année, les « colons » comme venant « d’une des régions de Turquie les moins développées », l’Anatolie, dont les « coutumes et traditions diffèrent significativement de celles de Chypre » ; il y avait là « l’expression de sentiments racistes supposés regrettables du point de vue même du Conseil »."

Voir également : Chypre : la question de la présence militaire turque

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