vendredi 17 août 2012

Une hypothèse on ne peut plus probable : la Grèce ne remboursera pas les milliards d'aide

Et si la Grèce ne remboursait pas les milliards d'aide

Par Guillaume Guichard   

Publié le 31/07/2012 à 08:52

Alors qu'Athènes s'enfonce dans la récession, les pays européens pourraient accepter de ne pas revoir une partie de l'argent qu'ils lui ont prêté.


Prêter des dizaines de milliards d'euros à la Grèce aurait dû être une bonne affaire. C'est ainsi que les dirigeants européens avaient présenté la chose à leurs parlements nationaux lorsque ces derniers ont entériné les deux prêts successifs, en 2010 puis en début 2012. Aujourd'hui, il n'est pas sûr que les quelques 130 milliards d'euros versés à la Grèce jusqu'à ce jour retrouvent le chemin des caisses des États prêteurs.

«L'effacement d'une partie des prêts octroyés par les pays européens n'est pas une question rhétorique, prévient Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs. Il semble qu'il serait très difficile pour la Grèce de rembourser dans les termes prévus initialement.» Non pas que l'aide n'a servi à rien. Mais elle vient gonfler la dette grecque. Dans le même temps, la récession ampute les recettes fiscales de l'État et les programmes d'économies ne produisent pas les effets escomptés. Du coup, Athènes n'est pas plus solvable qu'avant le début de la crise de la dette en zone euro et abandonner d'une partie des créances qui pèsent sur son dos pourrait lui offrir un répit.

La dernière opération de ce genre remonte au mois de mars. Athènes a alors obtenu que les investisseurs privés (banques, assurances, etc.) effacent près de 100 milliards d'euros de dettes. Résultat, les marchés ne possèdent plus que 30% environ de la dette grecque. Le reste est détenu par la Banque centrale européenne et les pays de la zone euro. La part de la France s'élève à 18,8 milliards, accordés via des prêts bilatéraux et les mécanismes européens d'aide financière.

Toute renégociation d'ampleur se concentrera donc dorénavant sur cette dette issue des plans d'aide. Selon l'agence Reuters, des discussions seraient en cours à Bruxelles pour effacer entre 70 et 100 milliards d'euros de crédits et faire passer la dette grecque sous la barre des 100% du produit intérieur brut (PIB) d'ici 2020. Ce ne sont toutefois pas les prêts internationaux, qui ne seront remboursés que dans plusieurs années, qui posent un problème à court terme. Mais plutôt les obligations grecques détenues par la Banque centrale européenne (BCE).

Athènes doit en effet, dès le 20 août, rembourser 3 milliards d'euros à la gardienne de la zone euro. «La question est de savoir si le peu d'impôts récolté par Athènes doit être envoyé dans les caisses de la Banque centrale», s'interroge Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis. Jusqu'à présent, c'est l'aide européenne qui permettait de rembourser la BCE. Mais comme le pays est en retard dans son programme de réformes, les prochains versements sont suspendus.
«Repousser les échéances»

Ces prochains mois, «on ne pourra pas faire l'économie d'une restructuration, au minimum pour repousser les échéances de remboursement», estime l'analyste. La BCE ne l'entend pas de cette oreille. Elle qui avait racheté de la dette grecque déjà à contrecœur pour tenter de calmer les marchés au plus fort de la crise grecque au printemps 2010, ne veut pas y perdre. Une partie de la solution passe par l'Eurosystème, le réseau des Banques centrales nationales dépendant de la BCE.

Un accord européen prévoit déjà de reverser à la Grèce le produit des intérêts des titres grecs qu'elle détient, soit 4 milliards d'euros. Une goutte d'eau: la dette publique grecque s'élève à 260 milliards d'euros. Si jamais la BCE devait accepter de plus gros sacrifices, prévient Jean-François Robin, elle pourrait demander des contreparties à ses actionnaires, les États membres de la zone euro.
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/07/31/20002-20120731ARTFIG00271-et-si-la-grece-ne-remboursait-pas-les-milliards-d-aide.php