samedi 26 janvier 2013

Chypre grecque : les Allemands veulent savoir toute la vérité sur les fonds douteux et la fraude fiscale

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Chypre: Berlin veut une enquête sur les fonds douteux et la fraude fiscale (presse)

19/01 | 12:24

L'Allemagne demande l'envoi à Chypre d'une commission d'experts pour y enquêter sur les fonds douteux et la fraude fiscale, avant de donner son aval à un plan d'aide pour l'île,
écrit Die Welt dans son édition dominicale
"Ces experts devront établir dans quelle mesure les fonds douteux et la fraude fiscale font partie du modèle économique de l'île", écrit Welt am Sonntag (WamS), présentant cela comme une "condition posée par le gouvernement allemand" avant un plan d'aide à Chypre.
Berlin exigerait également que Chypre "réduise significativement son secteur bancaire hypertrophié",
poursuit le WamS, citant des sources proches de la coalition gouvernementale.
En outre, la Russie devrait participer au sauvetage de l'île, en reportant par exemple le remboursement d'un prêt de 2,5 milliards d'euros qu'elle lui avait accordé, voire en y renonçant totalement.
Chypre figurera tout en haut de l'ordre du jour lors de la rencontre des ministres des Finances européens en début de semaine prochaine à Bruxelles. Mais, selon le WamS, "personne ne croit à une solution rapide pour Chypre".
La chancelière allemande Angela Merkel avait appelé Chypre à mener des réformes, lors d'une réunion extraordinaire du Parti populaire européen (PPE, démocrate-chrétien) dans la ville côtière chypriote de Limassol, le 11 janvier dernier.
Deux jours plus tôt, elle avait souligné que l'île méditerranéenne, qui a demandé un plan de sauvetage européen évaluée à 17 milliards d'euros sur 4 ans, ne bénéficierait pas de "conditions particulières".
Nicosie a déjà mis en oeuvre des mesures d'austérité sévères, visant à économiser un milliard d'euros comme demandé par la troïka représentant ses créanciers (UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).
Source : http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00492927-chypre-berlin-veut-une-enquete-sur-les-fonds-douteux-et-la-fraude-fiscale-presse-530211.php

L'indigeste salade chypriote-grecque

A Chypre, le retour de la crise de la zone euro?
Publié le 22 jan 2013 /

Si l'on en croit nos dirigeants, la crise de la zone euro est derrière nous. C'est une bien curieuse conception de la fin de crise alors que le chômage dans la zone euro bat tous les records; mais il est vrai que depuis les annonces de la Banque Centrale Européenne, on en a fini des sommets de la dernière chance, se terminant en pleine nuit par un accord à l'arraché et une conférence de presse franco-allemande proclamant que la zone euro est sauvée jusqu'au moins la semaine suivante. Il est vrai que ce genre de spectacle intéresse bien plus les dirigeants européens que des broutilles comme la lutte contre le chômage.

Mais ils pourraient bien être de nouveau servis, par les problèmes de Chypre. Le sujet n'est pas très à la mode pour le moment, mais pourrait le devenir. L'économiste Jacob Funk Kierkegaard en a détaillé les principales caractéristiques :


Les ingrédients de la salade chypriote


Le problème chypriote est avant tout un problème bancaire, se rapprochant de la crise irlandaise : le système bancaire national représente 7 fois le PIB du pays, et a subi de lourdes pertes suite au défaut partiel du gouvernement grec (les économies grecques et chypriotes sont très imbriquées). Si l'on y ajoute les nouvelles réglementations bancaires européennes, le secteur bancaire du pays a besoin d'une recapitalisation de l'ordre de 10 milliards d'euros pour éviter l'arrêt complet du système monétaire. Selon le mécanisme désormais classique en Europe, la crise bancaire a précipité une crise économique - le chômage a pratiquement doublé en un an, passant de 8 à 15% - et des problèmes de financement pour le secteur public : le gouvernement chypriote aurait de son côté besoin d'un prêt d'environ 7 milliards d'euros.

Ces montants peuvent sembler ridicules après ce à quoi on a été habitués dans la crise de la zone euro: mais comme l'économie chypriote est très petite (18 milliards d'euros de PIB/an) cela représente un montant énorme pour ce pays, qui ne pourra pas se débrouiller sans aide. Le gouvernement en a donc demandé une, arguant de ce que ses problèmes viennent largement de la façon dont l'Europe a (mal) géré la question grecque. Mais c'est là que les problèmes commencent :

- Une très large part des dépôts dans les banques chypriotes provient d'origines incertaines en Russie. En somme, renflouer les banques chypriotes revient, d'après les services secrets allemands, à renflouer des oligarques, des mafieux blanchissant leur argent, et des hommes d'affaires russes.


- Dans une année électorale en Allemagne, cette perspective sera dure à vendre à l'électorat. Chypre est à la fois un haut lieu du blanchiment d'argent, mais aussi, un paradis fiscal pratiquant un taux d'impôt sur les sociétés très bas. Les politiques dans de nombreux pays exigent donc que le pays modifie son système fiscal comme condition d'une aide (un chantage qui avait déjà été tenté vis à vis de l'Irlande); et refusent que l'argent prêté par leurs contribuables serve à renflouer des mafieux russes. Même si les montants considérés sont très faibles, la pilule aura du mal à passer, obligeant Angela Merkel à être plus exigeante qu'il ne le faudrait vues les circonstances.

- Les montants sont faibles mais énormes en proportion de l'économie chypriote. La dette sur PIB du pays est pour l'instant aux alentours de 70%, mais se rapprocherait des 200%, posant des questions sur sa capacité de remboursement future. Le FMI risque dans ces conditions de refuser de participer, accroissant le coût pour les autres pays européens.

- L'actuel président chypriote est un communiste bon teint, à l'ancienne, qui a opposé une fin de non-recevoir à toutes les demandes de la troika conditionnelles à l'aide (comme des privatisations ou un plan d'austérité budgétaire). Résultat, les négociations sont arrêtées : les dirigeants européens attendent les élections de février, auxquelles l'actuel président ne se représente pas, et qui devraient si l'on en croit les sondages être remportées par un candidat de droite pro-européenne, Anastasiades.

- Le problème étant que le gouvernement chypriote n'a de ressources que jusqu'au mois de mars. Entre le second tour et cette limite, le temps sera très réduit pour le nouveau gouvernement qui devra prendre connaissance de l'ampleur exacte du problème et négocier avec la Troika. Pour l'instant tout est calme, mais un gros sentiment d'urgence pourrait poindre d'ici un mois.

Un nouveau psychodrame dans la zone euro?


Le problème pourrait donc être simple et limité, mais le contexte chypriote rend sa résolution bien plus compliquée qu'il ne le faudrait. On peut s'attendre donc à un retour des inquiétudes. Comme toujours dans ces négociations, personne n'a envie d'aboutir à un échec, un défaut de paiement chypriote qui recréerait une situation difficile : si les européens sont incapables de résoudre un problème aussi mineur, comment espérer qu'ils arriveront à résoudre leurs autres problèmes?

Un défaut partiel des banques chypriotes n'est pas une solution : l'essentiel de ce qu'elles doivent n'est pas sous la forme d'emprunts. Pour rassurer les électeurs allemands, un plan pourrait inclure un contrôle sur le sauvetage des banques, dans laquelle les créanciers douteux ne seraient pas remboursés. Encore faut-il que le gouvernement chypriote l'accepte et que ce soit réalisable.

Se pose également la question de l'attitude de la Russie. Le pays a déjà apporté une aide à Chypre, sous forme d'un prêt au gouvernement. Ce prêt pourrait être rééchelonné dans le cadre d'un accord général - à condition que la Russie l'accepte. Elle pourrait aussi participer au renflouement des banques chypriotes, puisque ce sont des citoyens russes qui en seraient bénéficiaires; pour le gouvernement russe, une telle participation serait sans doute moins gênante que l'intrusion d'inspecteurs de l'Union Européenne dans les banques chypriotes, qui révéleraient publiquement l'ampleur des fonds sortis de Russie alors que le gouvernement russe regardait à côté. Mais le comportement russe est une grande inconnue.

En somme, pour les amateurs du genre, la crise chypriote est prometteuse. Electeurs allemands chauffés par leur presse nationale et indignés de devoir aider la mafia russe, compte à rebours pour des négociations de la dernière chance, questions géopolitiques (pour peu que l'Union Européenne conditionne son aide à des progrès sur la question de la réunification chypriote, cela pourrait même amener la Turquie dans l'affaire); la crise chypriote à venir peut justifier l'achat de quelques paquets de pop-corn.
Source : http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2013/01/22/a-chypre-le-retour-de-la-crise-de-la-zone-euro.html

La Chypre grecque : un moucheron parasitaire et insolent au sein de l'UE

Économie
Chypre, le moucheron qui agace l’Europe
18 janvier 2013 à 21:16 (Mis à jour: 20 janvier 2013 à 09:53)

Récit La petite république a besoin d’une aide équivalant à 92% de son PIB. Mais le paradis fiscal n’entend rien céder en échange.

Par NATHALIE DUBOIS

C’est Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, qui a mangé le morceau, peu avant Noël : ni les marchés ni la presse n’ont l’air de réaliser qu’un pays de la zone euro pose aujourd’hui «un problème plus grave que la Grèce», lâchait le Premier ministre luxembourgeois face à quelques journalistes. Ce problème, à son avis «sous-estimé», c’est Chypre, minuscule république comptant pour moins de 0,2% du PIB des Dix-Sept…

Victime collatérale de la faillite de la Grèce, la petite île méditerranéenne appelle à l’aide depuis juin. Une affaire d’abord jugée bien anecdotique : qu’est-ce qu’une quinzaine de milliards d’euros face aux 400 milliards mobilisés pour le sauvetage grec ? «Chypre, ça n’a l’air de rien, et pourtant, c’est très compliqué», acquiesce à Berlin une source gouvernementale. D’ailleurs, sept mois après son appel au secours, aucun accord n’a pu être signé, jusqu’ici, entre le pays et la troïka des créanciers associant l’Europe, la BCE et le Fonds monétaire international.

Mafia russe. Le «cas Nicosie» est épineux à deux titres. Sur le plan économique, le sauvetage des banques chypriotes - évalué à environ 9 milliards d’euros, selon l’audit encore confidentiel qui sera soumis lundi à l’Eurogroupe - est déjà voué à entrer dans les annales. Rapporté à la taille du pays, ce serait le deuxième plus gros du monde (50% du PIB), après le renflouement du secteur bancaire indonésien en 1997. Et en ajoutant l’aide de 7,5 milliards dont l’Etat a besoin pour boucler son budget et honorer le service de sa dette jusqu’en 2015, la facture pourrait dépasser… 92% de son PIB !

Sur le plan politique, ensuite, le dossier chypriote constitue un cocktail explosif : calendrier électoral néfaste, mafia russe, évasion fiscale et blanchiment d’argent. A son entrée dans l’Union européenne (UE) en 2004, Chypre a beau avoir fait moult efforts de ravalement de façade, son image de paradis offshore est redevenue terriblement gênante. Surtout en Allemagne où, fin 2012, a «fuité» un rapport des services secrets fédéraux évaluant à 20 milliards d’euros les capitaux russes mis au chaud sur des comptes chypriotes. En campagne contre Angela Merkel, qui brigue un troisième mandat cet automne, la gauche et les Verts ont été les premiers à refuser que les contribuables allemands renflouent des banquiers présumés voyous. La CDU a dû emboîter le pas : «Nous exigeons la garantie que l’aide ira aux citoyens chypriotes et pas aux oligarques russes», réclamait ces jours-ci l’eurodéputé Markus Ferber.

Pour d’autres pays, comme la France, l’Italie ou la Slovaquie, le problème est surtout le dumping fiscal. Durant les négociations d’adhésion, l’une des priorités de Bruxelles fut que Chypre abolisse son alléchant système offshore offrant un accueil discret aux capitaux étrangers, taxés à seulement 4,25%.
Désormais, toutes les sociétés basées dans l’île sont soumises au même taux d’imposition de 10%. L’attrait de Chypre n’en a pas souffert, sa fiscalité restant la plus basse de la zone euro : sur ce territoire grand comme la Corrèze, sont aujourd’hui enregistrées 270 000 compagnies - deux fois plus qu’en 2005 -, dont bon nombre de holdings de multinationales. En visite à Nicosie cette semaine, le sénateur français Philippe Marini ne s’est pas privé de dire au ministre des Finances ce qu’il pensait d’un «impôt sur les sociétés à 10% dans un pays qui demande un renflouement de 17 milliards d’euros». La France, espère-t-il, saura conditionner son aide à la fin de ce dumping fiscal. Un chantage identique à celui que les Européens avaient tenté - en vain - envers Dublin (qui a sauvé son taux à 12,5%), quand ils avaient volé fin 2010 au secours des banques irlandaises.

Nul doute que Chypre ne se laissera pas faire, vu l’importance économique de son activité de business center international. Quant aux accusations de lessiveuse d’argent sale, l’île a lancé la contre-offensive. Tous les ambassadeurs européens à Nicosie étaient conviés le 10 janvier au ministère des Finances à un exposé montrant que Chypre se conforme mieux que l’Allemagne, le Luxembourg ou l’Italie aux règles internationales antiblanchiment. La petite république bataille enfin pour ne pas payer trop cher ce plan de sauvetage, qui ferait grimper sa dette au niveau insoutenable de 140% du PIB.

Potion amère. Si les banques chypriotes sont aux abois, c’est que la décote de la dette grecque leur a coûté plus de 4 milliards d’euros, plaide aussi Nicosie. Des circonstances atténuantes dont l’Allemagne ne veut pas entendre parler. Que Chypre ne compte pas sur «des conditions particulières», a prévenu Angela Merkel. Ne resterait que la potion amère déjà préparée par la troïka, avec sa panoplie de privatisations et de coupes salariales. L’actuel président communiste, Demetris Christofias, s’y refuse mordicus. A Bruxelles, on ne compte donc plus résoudre le «cas Nicosie» avant mars : jouant la montre, la zone euro va laisser passer l’élection présidentielle des 17 et 24 février à Chypre. Et reprendre la négociation avec la droite, donnée gagnante par tous les sondages.
Source : http://www.liberation.fr/economie/2013/01/18/chypre-le-moucheron-qui-agace-l-europe_875130

mercredi 23 janvier 2013

Le chaos politique en Grèce : radicalisation, terrorisme d'extrême gauche, milices d'extrême droite, stratégie de la tension de l'Etat profond

ανταρσία
Publié le 22 janvier 2013
Et si l'économie n'était pas la cause de tous les maux grecs ?


Une attaque armée visant le siège du parti au pouvoir en Grèce, Nouvelle-Démocratie, a eu lieu la semaine dernière. La crise économique qui traverse le pays s'est immédiatement transformée en crise politique, et les grands partis pourraient disparaître au profit des extrêmes.


Stathis Kouvelakis

Stathis Kouvelakis est enseignant de sciences politiques à l'université anglaise de King's College. Il est spécialiste de la France et de l'Europe.

Atlantico : Une attaque armée visant le siège du parti au pouvoir Nouvelle-Démocratie a eu lieu lundi 14 janvier en Grèce, selon l'AFP. Des coups de feu ont été tirés très tôt selon la police, et une balle a été retrouvée dans le bureau du Premier ministre Antonis Samaras. Cette fusillade intervient après une série d'incendies criminels contre les locaux de partis politiques, et la police grecque a évoqué le possible retour de Lutte révolutionnaire, un groupe d’extrême-gauche qui a déjà mené plusieurs actions violentes. La Grèce est-elle au bord de l’explosion politique ?

Stathis Kouvelakis : Il y a une grande tension politique en Grèce, liée à l'intensité de la crise économique, sociale, et bien entendu politique. C'est dans ce contexte qu'il faut analyser les éléments d'une "stratégie de tension" qui se met en place. Ceci étant, il faut avoir des éléments sérieux pour identifier les auteurs de la récente attaque. Le scénario de la police parle d'une possible résurgence d'un terrorisme d'extrême gauche.

C'est aussi le discours tenu par le gouvernement, qui utilise cette attaque pour mettre en accusation Syriza, le principal parti d'opposition de la gauche radicale, en le sommant de se dissocier de cette attaque, ce qui est ridicule. Il laisse entendre qu'il serait moralement responsable de cette attaque du fait de la politique d'opposition qu'il mène.

J'observe que cette attaque n'a pas été revendiquée alors que traditionnellement, les groupes d'extrême gauche revendiquent leurs actes à travers des textes très longs car il s'agit pour eux de faire de la propagande leurs idées.

Les attaques de ces dernières années  (2000-2010) dans la foulée des événements de décembre 2008, ne provenaient pas du tout des groupes d'extrême-gauche classiques des années 1970-1980, mais plutôt de la mouvance anarchiste ou autonomiste qui existe en Grèce. Elle est extrêmement fragmentée et opaque.
Les divers sigles qui apparaissent ne renvoient pas à des entités identifiables. On est donc dans le brouillard le plus complet, et il faut comprendre que le climat économique est tendu.
La situation économique de la Grèce joue-t-elle un grand rôle dans la crise politique qui traverse le pays?

La crise économique qui traverse la Grèce s'est immédiatement transformée en crise politique. La mise en place de ces mémorandums signifie en réalité que le Parlement grec n'est plus le centre de décision du pouvoir, et les gouvernements grecs ne font que mettre en place des politiques qui sont décidées ailleurs. Les tensions sociales sont extrêmement fortes car la mise en œuvre de la politique a des conséquences dramatiques en matière d'appauvrissement de la population, de récession, de chômage - le chômage est à 28%. Un tiers de la population vit en dessous ou sur le seuil de pauvreté, selon les chiffres officiels.

Cette situation a provoqué des affrontements sociaux extrêmement vifs. Durant ces affrontements, la répression policière a été très forte. Les images de la répression contre les manifestations aux abords du parlement grec sont devenues monnaie courante. Nous y sommes habitués depuis maintenant près de trois ans.

Il y a une extrême droite néo-nazie extrêmement violente qui se développe aussi, et qui bénéficie de l'appui ouvert de la police. Ce courant est important, et ce sont des choses qu'on a déjà vu dans le passé. D'un côté une crise sociale, un véritable cataclysme, de l'autre côté un affaissement de l'autorité de l'État. On sait par l'expérience de l'histoire que ces groupes ne peuvent opérer une percée que lorsque l'État apparaît comme incapable d'assurer des fonctions essentielles, des fonctions de service public, social, jusqu'aux services de l'ordre et de la sécurité. Ces groupes peuvent bénéficier d'un soutien important de la population, et c'est cela qui est nouveau. 
Hormis les contestations sociales dans le pays, les groupes politiques sont-ils un moyen de lutter contre les réformes mises en place ? Est-ce un réflexe inhérent à la Grèce de résister via des organisations extrêmes ?

L'histoire de la Grèce est jalonnée par l'action de groupes violents liés à l'État, liés à a droite et aux fractions les plus dures de l'État grec qui ont à plusieurs reprises joué la carte de la déstabilisation comme lors de l'affaire Z en 1961. Des groupes paramilitaires ont assassiné un député de gauche.

C'est banal que ce type de groupes jouisse d'un soutien, et interagisse avec des fractions de l'appareil d'État et notamment la police. On sait que dans les unités spéciales de la police, peut-être la moitié des membres a voté pour Aube Dorée. Concrètement, sur le terrain, à chaque fois que des groupes d'extrême droite se livrent à des pogroms contre des immigrés, des migrants ou des militants de gauche, ils bénéficient systématiquement de l'appui et de la couverture de la police locale, comme c'est le cas dans certains quartiers d'Athènes.

L'opinion répandue dans les milieux d'opposition de gauche est que cette stratégie de la tension serait plutôt le fait d'éléments venant de l'Etat profond lui-même. Il chercherait à créer un climat d'instabilité et de peur pour faire barrage à la montée de la gauche et à la perspective d'un changement politique. Ce sont les termes du débat actuel.

Six mois après l’accord trouvé suite aux élections législatives en juin, comment sont perçus les "partis politiques classiques" par la population ?

L'aspect le plus spectaculaire est la disparition du Pasok. Ce parti a dominé la vie politique du pays les trois, quatre dernières décennies. C'est un parti qui il y à peine quatre ans avait remporté les élections législatives en 2009 avec 45% des voix. Il s'agit maintenant d'un groupuscule qui ne sera probablement même pas représenté au prochain Parlement.

C'est l'aspect le plus remarquable de l'effondrement du système politique tel qu'il existait auparavant. La percée de la gauche radicale d'un côté, et la montée de l'extrême-droite de l'autre sont d'autres expressions du même phénomène, dans une bien moindre mesure. Le parti de droite qui gouverne Nouvelle-démocratie est le seul parti qui tienne encore de l'ancien système politique, mais en se "droitisant" lui-même de plus en plus. C'est un parti qui apparaît d eplus en plus comme là pour maintenir l'ordre et faire barrage à la montée de la gauche. Le parti de M. Samaras n'est plus le parti de centre-droit modéré,  relativement ouvert sur certaines questions sociales et de politique étrangère. Le climat politique actuel est à des années lumières de cela.

La Grèce était un modèle de stabilité politique depuis la chute de la dictature des colonels en 1974 jusqu'à la fin des années 2000. Deux partis alternaient au pouvoir (centre-gauche et centre droit) et réunissaient plus de 80% des voix depuis le début des années 80. Il y avait des éléments de crise politique qui étaient déjà à l'état latent. Cependant, ce qui est venu mettre brutalement un terme est la thérapie de choc appliquée à la Grèce.

Comme le précise la journaliste canadienne Naomi Klein dans de nombreux écrits, la seule originalité du cas grec est que c'est la première fois qu'une telle thérapie est appliquée à un pays occidental membre de l'Union européenne et de l'eurozone. Par contre, ces recettes ont déjà été appliquées par le FMI dans des pays du sud, et ont partout produit les mêmes résultats: les anciens systèmes politique se sont tous effondrés. En Amérique Latine, l'ensemble de l'ancien personnel politique qui a eu à gérer ce type de programme de réajustement structurel a été complètement balayé par ce processus. C'est pour ça qu'on se retrouve en Amérique Latine avec des gouvernements de gauche, anti libéraux. C'est ce qui se produit en Grèce sous nos yeux. 
Des tranches d’aides doivent encore être versées sous condition à la République hellénique. Peut-on s’attendre à plus de contestations dans le pays ?

Les nouvelles mesures du troisième mémorandum votées par le Parlement grec en novembre dernier vont entrer en application à compter de ce mois-ci. Elles prévoient de nouvelles mesures d'austérité (batterie de nouvelles taxes, réduction de salaires, …) et cela dans un climat où la récession et le chômage  a connu tout ce qu'on connaît en Europe occidentale depuis la fin de la guerre. Le cataclysme ne peut que s'approfondir, et une nouvelle série de réaction est  inévitable.

Par ailleurs, les tranches d'aide accordées à la Grèce évoquées dans la question ne vont pas dans l'économie du pays, ou les besoins de l'Etat et donc de la population. Ce sont des prêts, accordés pour rembourser d'autres prêts aux créanciers. 

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois
Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/et-economie-etait-pas-cause-tous-maux-grecs-stathis-kouvelakis-607655.html

mercredi 16 janvier 2013

Le SPD allemand contre l'aide à la Chypre grecque

Crise de l'euro

Pourquoi le SPD allemand veut bloquer l'aide à Chypre

Romaric Godin | 09/01/2013, 12:10 - 716 mots

Les 17,5 milliards d'euros qu'a demandé Chypre au MES pourraient échouer au Bundestag. Les Sociaux-démocrates allemands ne veulent pas payer pour les banques chypriotes. Or, sans eux, Angela Merkel ne dispose pas de majorité pour faire adopter cette aide.


C'est un nouveau casse-tête pour Angela Merkel... et pour l'Europe. Selon le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung, le parti social-démocrate SPD refuserait de voter en faveur d'une quelconque aide européenne à Chypre. «Je ne peux pas m'imaginer que les contribuables allemands sauvent les banques chypriotes dont le modèle est fondé sur l'évasion fiscale», a martelé le secrétaire général du SPD Sigmar Gabriel. Un peu plus tôt, les Verts avaient également émis des réserves sur l'aide à Nicosie.

17,5 milliards d'euros d'aide pour Chypre

Chypre a demandé une aide européenne de 17,5 milliards d'euros, soit l'équivalent de son PIB, l'an passé.
Après plusieurs mois de longues et difficiles négociations, Nicosie a adopté en fin d'année un plan d'austérité qui se soumet aux exigences de l'UE pour pouvoir prétendre recevoir cette aide du MES. Ces fonds sont nécessaires en raison de la situation des banques chypriotes, rudement touchées par la crise grecque et les restructurations de la dette hellénique. Sur les 17,5 milliards d'euros de l'aide, 12 milliards d'euros devront aller renflouer les banques chypriotes.

Chypre, plate-forme financière


La critique de Sigmar Gabriel n'est pas entièrement fausse. Chypre est une plate-forme financière qui a attiré au cours des dernières décennies l'argent grec, moyen-oriental et ex-soviétique grâce à des taux d'imposition faible. C'est aussi la première étape pour la construction de montages «d'optimisation fiscale» dans d'autres paradis fiscaux. Les oligarques de l'ex-URSS ont été les plus friands de ce type de montages et grâce aux banques, Chypre est officiellement le premier investisseur en Ukraine et en Russie. Mais c'est argent est en réalité de l'argent russe et ukrainien qui revient au pays, via Chypre. Du reste, Moscou avait accordé en 2011 un prêt de 2,5 milliards d'euros pour tenter de maintenir Nicosie à flot. Mais cette fois, la Russie ne semble plus décidée à mettre la main à la poche.

L'obligation d'en passer par le Bundestag

Comme le prévoient les décisions de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, le représentant allemand au conseil d'administration du Mécanisme européen de Stabilité (MES) ne peut se prononcer sur le déblocage d'une nouvelle aide sans l'accord du Bundestag. Or, sans l'accord du représentant allemand (qui pèse 29% des droits de vote), la majorité qualifiée nécessaire (73,9% des droits de vote) ne peut être atteinte. Autrement dit, sans l'accord du Bundestag, pas de feu vert à l'aide à Chypre.

Pas de majorité pour Merkel

L'ennui, c'est qu'Angela Merkel ne peut compter sur sa propre majorité pour adopter cette aide au Bundestag. Depuis 2010, chaque accord du parlement sur les sujets européens a été obtenu grâce à l'adhésion du centre-gauche, Verts et Sociaux-démocrates. Lors du dernier vote en novembre 2012 sur les nouvelles mesures de soutien à la Grèce, il manquait ainsi 14 voix à la majorité libérale-conservatrice de la chancelière. Autrement dit, sans les voix du centre-gauche, l'aide à Chypre devrait s'arrêter sur le bureau du Bundestag. Or, certains membres de la coalition comme le chef du groupe de la CSU bavaroise Markus Ferber a réclamé une garantie que «nous n'aiderons pas les oligarques russes, mais bien les citoyens chypriotes.»

Espoirs d'un accord

Quelle peuvent être les conséquences d'un tel refus du Bundestag? Il n'est, d'abord, pas acquis. En théorie, l'aide à Chypre doit être validée par les ministres des Finances de la zone euro le 10 février prochain. Angela Merkel va sans doute s'employer entre-temps à durcir les conditions imposées à Nicosie et à ses banques et à bâtir un compromis avec l'opposition. Certes, en période de campagne électorale, le SPD n'a pas l'intention de céder trop avant. Mais il ne doit pas insulter l'avenir qui pourrait bien prendre la forme d'une «grande coalition» avec la CDU en septembre prochain... Bref, la possibilité d'un vote favorable du Bundestag n'est donc pas à écarter.

Danger pour l'Europe

Mais si le SPD tenait bon, la situation pourrait prendre un tour plus difficile. Chypre n'aurait pas d'autres moyens pour sauver ses banques que de sortir en catastrophe de la zone euro et d'émettre de la dette en nouvelles livres chypriotes. Ou bien de laisser ses banques faire faillite. Mais ce serait la ruine pour la petite république qui, outre le tourisme, est très dépendante de son secteur financier. Dans tous les cas, ce serait un échec pour l'Europe et un dangereux précédent qui ne manquerait pas de relancer les doutes sur la cohésion générale de la zone euro.
Source : http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130109trib000741498/pourquoi-le-spd-allemand-veut-bloquer-l-aide-a-chypre.html

Voir également : La Grèce et la Chypre grecque : les destins liés de deux boulets parasitaires
 
Chypre : une plaque tournante du blanchiment d'argent sale