mercredi 20 mars 2013

Banalisation de l'ultra-racisme au sein du milieu scolaire grec

Enet
Grèce : les néo-nazis font régner la terreur à l’école
Traduit par Ermal Bubullima

Publié dans la presse : 8 février 2013
Mise en ligne : vendredi 8 mars 2013

La formation dirigée d’une main de fer par Nikólaos Michaloliákos infiltre un à un tous les secteurs de la société grecque. Après sa percée lors des derniers scrutins, Aube dorée s’invite désormais sur les bancs de l’école. Le corps enseignant s’inquiète de voir le racisme se banaliser au sein même des établissements scolaires et dénonce les violences qui se multiplient. État des lieux.

Par Alexandra Tzavella

Des graffitis qui clament que les îlots d’Imia sont grecs [1] et revendiquent « l’honneur et le sang », des cœurs qui cerclent le logo d’Aube dorée peints sur les sacs, des élèves au crâne rasé qui affichent le logo du parti sur leur blouson : les néo-nazis grecs font une entrée fracassante dans le milieu scolaire. D’autant que les violences racistes explosent, entre élèves et mêmes contre les enseignants.

Certains parents, favorables aux idées de la formation d’extrême-droite, réclament « l’épuration des écoles grecques » ainsi que l’instauration d’une seconde prière, exclusivement réservée aux « élèves grecs ». Preuve du durcissement nationaliste en cours dans le milieu scolaire, la dernière réunion parents-professeurs d’un établissement d’Athènes était occupée par une question centrale : la demande de hisser chaque jour le drapeau grec. En général, le personnel enseignant se tait, par peur.

Agressé à coups de couteau pour avoir critiqué Aube dorée

F., lycéen de Paleo Faliro, une station balnéaire proche d’Athènes, s’est fait agresser un matin juste avant que la cloche ne sonne. Deux individus cagoulés l’ont attaqué à coups de couteau devant les yeux de ses camarades. Sa faute ? S’être moqué d’Aube dorée en public. Le principal accusé dans cette affaire n’est autre qu’un jeune membre du parti néo-nazi, fils d’un policier.

« Au lycée, il y a des élèves qui font partie d’Aube dorée. Tout le monde le sait. Aube dorée est à la mode. Leurs militants, ils écoutent du hard rock, vont dans un café à eux, se coiffent et s’habillent pareil », explique Anastasia, élève à Menidi, près d’Athènes. « Ils écrivent partout des graffitis en l’honneur du parti ; une fois ils ont même giflé une fille qui avait mal parlé d’Aube dorée. »

Dans un collège d’Athènes, les jeunes militants d’Aube dorée s’amusent même à persécuter les migrants. Le vendredi, ils se retrouvent à la fin des cours pour jouer au « Paki ». La règle de ce jeu est très simple : il suffit de voler les fruits et légumes des épiceries tenues par les Pakistanais est de les jeter sur les immigrés du quartier.

Des enseignants désemparés

Une professeure d’un collège de Kamatero, dans la banlieue d’Athènes, raconte qu’à l’automne un de ses élèves lui a conseillé de ne pas assister à la fête du 17 novembre (qui célèbre la révolte contre la dictature des colonels en 1974, NDT). Il lui a dit : « Madame, n’y assistez pas, nous préparons une action violente ». « J’ai répondu avec humour, si vous faites ce genre de choses, prévenez-moi la veille que je ne vienne pas », rit-elle, avant de reconnaître qu’elle a peur. « De nombreux élèves sont membres de la section locale d’Aube Dorée. Ils ont le crâne rasé et portent des blousons avec le logo du parti ».

De fait, aborder les questions de racisme devient de plus en plus compliqué pour le corps enseignant. « Qu’y a-t-il de mal avec le racisme ? Nous sommes saturés d’immigrés. » Voilà ce que cette professeure s’est vu rétorquer par certains de ses élèves de 3e. « Je leur ai répondu en rappelant que le principe de base d’Alexandre le Grand était que ‘celui qui reçoit une éducation grecque est Grec’ ». « Cela les a remis en question », ajoute-t-elle, comme pour se rassurer.

Une croix gammée dessinée sur le tableau de la classe

Malheureusement, le racisme ne s’invite pas seulement dans le secondaire, même les écoles primaires sont touchées. En rentrant dans sa classe après une récréation, Xristos G., instituteur à Nea Ionia, autre banlieue du nord d’Athènes, a eu la désagréable surprise de découvrir une croix gammée dessinée à la craie sur le tableau noir. Aucun de ses élèves n’a osé se dénoncer et aucun n’a répondu quand il a demandé s’ils savaient ce que cela symbolisait.

Au lieu de faire cours de maths comme c’était prévu, il a donné une leçon d’histoire. « Comment aurai-je pu leur parler de divisions alors qu’une croix gammée recouvrait le tableau ? Alors je leur ai parlé du nazisme. Mais à la réunion avec les parents d’élèves qui a suivi, je me suis fait accuser d’avoir fait de la propagande. »

« Ensuite a réunion a dégénéré. Un père, membre d’Aube dorée, m’a demandé de déplacer son fils pour qu’il ne soit plus assis à côté d’une petite Albanaise », poursuit cet instituteur, choqué. « Nous ne pouvons pas laisser les écoles devenir des lieux où se développe l’idéologie nazie. Il y avait bien des incidents racistes avant l’émergence d’Aube dorée, mais là, ça dépasse les limites. »

Des parents qui ne veulent plus des élèves immigrés

« Les petits répètent sans comprendre tout qu’ils entendent de leurs parents », observe Evi Andrianou, institutrice dans une école maternelle où sont scolarisés de nombreux enfant issus de l’immigration. « Plusieurs fois j’ai entendu des phrases comme ‘pars d’ici, sale étranger’ où ‘je ne veux pas jouer avec toi, sale tsigane’. Après ils oublient, et ils continuent à jouer. » Aujourd’hui, elle essaie de mettre en place des activités pour lutter contre le racisme.

Elle raconte aussi qu’un père membre d’Aube Dorée a demandé à une de ses collègues d’empêcher sa fille de jouer avec des « étrangers » : « Ne la laissez pas avec eux. Je ne veux pas qu’elle joue avec des petites tsiganes. » Et à Chalandri, dans le nord-est d’Athènes, l’association des parents d’élèves a décidé de chasser les enfants roms des écoles. Plusieurs sources indiquent que cette action a été menée par des parents militants d’Aube Dorée. « Ils assurent que la fréquentation des Roms a une mauvaise influence sur les autres enfants », témoigne un instituteur.
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[1] îlots chypriotes disputés entre Athènes et Ankara qui ont suscité les très violents troubles en 1996, NDT
Source : http://balkans.courriers.info/article21792.html
  
Voir également : Les milices ultra-nationalistes, racistes et conspirationnistes s'épanouissent en Grèce

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