dimanche 24 mars 2013

Comment la Chypre grecque en est arrivée là

Comment Chypre en est arrivée là
Par Fabrice Nodé-Langlois, Service infographie du Figaro

Mis à jour le 19/03/2013 à 10:38 | publié le 18/03/2013 à 19:42

INFOGRAPHIE - Les banques chypriotes, dont les actifs pèsent huit fois le PIB du pays, ont été entraînées par la Grèce où elles ont perdu 5 milliards d'euros. Mais cette crise s'est greffée sur un pays déjà fragilisé par les déficits et la récession.

La petite république de Chypre a beau ne peser que 0,2 % du PIB de la zone euro, les chiffres évoqués à propos de son sauvetage financier donnent le vertige.

Qu'on en juge: le besoin de financement évoqué ces derniers mois tourne autour de 17 milliards d'euros, soit l'équivalent du PIB du pays. Comment la moitié sud de l'île, membre de la zone euro depuis 2008, souvent surnommée la «Suisse de la Méditerranée», en est-elle arrivée là?

La première réponse tient en un mot: Grèce. La République de Chypre, dont le petit million d'habitants est orthodoxe et parle grec, était particulièrement exposée à la situation financière d'Athènes. Il y a un an, lorsque l'Union européenne a imposé un effacement de la dette grecque, entre 73 % et 80 % des créances chypriotes en bons du trésor grecs sont parties en fumée. Soit une perte de 4 à 5 milliards d'euros pour les banques de l'île. À cette perte sèche s'est ajouté un taux dangereux de «prêts non performants», le nom donné aux crédits confrontés à des difficultés de remboursement. Les banques chypriotes avaient prêté aux entreprises et aux ménages grecs à hauteur de 23 milliards d'euros. Au printemps 2012, entre 10 et 14 % de ces prêts étaient jugés «non performants» par Bruxelles. Le séisme grec a conduit Nicosie à nationaliser dans la précipitation la Laiki Bank, le deuxième établissement du pays.

Or, à Chypre, la fragilité du système bancaire conditionne bien plus qu'ailleurs toute l'économie. Celle-ci s'est développée depuis un quart de siècle autour des services financiers grâce à une fiscalité très attractive - l'impôt sur les sociétés est le plus bas de l'UE, à 10 %. «Les actifs bancaires représentent huit fois le PIB», rappellent les experts de Natixis. Parmi les capitaux étrangers arrivés en masse, ceux venus de Russie représenteraient autour de 20 milliards de dollars (environ 15 milliards d'euros). Les investisseurs russes y recherchent des rendements juteux et une sécurité juridique plus confortable que chez eux. Une partie de ces avoirs, dénonce Berlin, relève du blanchiment de capitaux.

Si la Grèce a précipité la crise chypriote, elle ne l'explique pas entièrement. «Chypre a accumulé des déséquilibres budgétaires et extérieurs durant les années fastes», rappelle Bank of America Merrill Lynch dans une note récente. «Certaines de ses régions littorales ont aussi connu une bulle immobilière», ajoute la banque. De fait, les années 2000 furent celles du crédit facile pour les patrons comme pour les particuliers.

Quant au gouvernement, le seul de la zone euro dirigé par un président communiste (jusqu'aux élections des 17 et 24 février remportées par le libéral Nicos Anastasiades), il a laissé filer les dépenses d'un secteur public pléthorique sans engager les réformes structurelles réclamées par Bruxelles.
Secteur public pléthorique

La fragilité financière de l'île est aggravée par la crise économique qui asphyxie toute la zone euro. L'an dernier, le PIB chypriote a reculé de 2,4 % et devrait encore plonger de 3,5 % cette année. Dans un tel contexte, rétablir les finances publiques, soutenir ses banques et honorer ses dettes relevait de la mission impossible sans plan de sauvetage. Nicosie a adressé son appel à l'aide officiel dès juin dernier mais les négociations avec la troïka et Moscou ont traîné. Les Européens attendaient le changement de gouvernement issu des urnes dans l'espoir d'obtenir de Nicosie davantage de réformes, parmi lesquelles des privatisations.

Au final, les experts européens estiment que 10 milliards d'euros sont nécessaires pour recapitaliser les banques chypriotes. C'est le montant de l'aide accordée vendredi dernier à Bruxelles. Mais Chypre a encore besoin de 5 milliards pour financer la dette publique et de 2 milliards pour faire face aux dépenses budgétaires urgentes. Le projet de taxe sur les dépôts bancaires, qui secoue l'île et inquiète les marchés européens, est censé contribuer à ces besoins, à hauteur de 5,8 milliards.
Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/03/18/20002-20130318ARTFIG00647-comment-la-chypre-en-est-arrivee-la8230.php