jeudi 24 avril 2014

L'"auto-nettoyage ethnique" grec

Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Paris, Ellipses, 2005, p. 76 :

"Les autorités d'Athènes, le roi Constantin en tête qui se déclara « obligé de procéder à des représailles », tirèrent parti des événements de Demir-Hissar pour justifier la politique de « nettoyage ethnique » de la Macédoine égéenne que leurs soldats avaient déjà commencé à appliquer sur le terrain dès le tout début du mois de juillet [1913], avant même que les Bulgares ne se rendent coupables des agissements décrits plus haut. Les membres de la commission Carnegie remarquèrent que la propagande grecque avait excité l'opinion et préparé l'armée à combattre les Bulgares et à leur infliger un traitement inhumain en leur déniant la qualité d'hommes à part entière. Entrés le 4 juillet à Kukuş, ville bulgare de 13 000 âmes située au nord de Salonique, que les combats avaient relativement épargnée, les Grecs n'y laissèrent que des ruines. Connurent également le même sort en Macédoine égéenne 160 villages peuplés de Bulgares, dont une quarantaine dans la seule circonscription (kaza) de Kukuş. Les habitants qui n'avaient pas eu la présence d'esprit de fuir furent massacrés par les soldats, non sans avoir été préalablement dépouillés de leur argent et suppliciés. La région entière se vida ainsi de sa population d'ethnie bulgare.

Les Grecs organisèrent aussi dans les territoires que leur armée avait envahis et que le traité de Bucarest avait rétrocédés à la Bulgarie une manière d'« auto-nettoyage ethnique », comparable aux pratiques de l'armée serbe de Bosnie forçant, au lendemain de la signature des accords de Dayton, les Serbes des faubourgs de Sarajevo à s'en aller peu avant que la police bosniaque ne s'y déploie. A Strumica et Melnik, le commandement grec incita la totalité des non-Bulgares résidant dans la ville et aux alentours, Slaves patriarchistes, Grecs et Turcs, à partir et donna ordre aux soldats d'incendier leurs maisons pour empêcher tout retour."

Voir également : Guerres balkaniques (1912-1913) : les effroyables atrocités grecques, d'après les lettres des soldats grecs eux-mêmes

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