lundi 21 septembre 2015

Cinq mois de gouvernement socialo-marxiste en Grèce (1982)

G. Georgalas, "Cinq mois de gouvernement socialo-marxiste en Grèce", Est & Ouest, n° 663, mai 1982 :

"Le 18 octobre 1981, le parti « socialiste » du PASOK gagna les élections en Grèce. Il remportait 48 % des voix et 172 sièges au Parlement, sur 300, s'assurant ainsi la majorité absolue. Le parti conservateur, qui gouvernait le pays depuis 1974, n'obtint que 36 % des voix et 115 sièges, et le P.C. dogmatique, 11 % des voix et 13 sièges. Le PASOK était donc au pouvoir et son chef, R. [A] Papandréou, devint Premier ministre. Donc, la Grèce, un pays membre de l'OTAN et de la Communauté européenne, a, depuis cinq mois, un gouvernement marxiste.

Le PASOK, selon les déclarations et les écrits de son chef, son manifeste et son programme, n'est pas un parti social-démocrate, mais un parti « socialiste-marxiste ». Il se différencie de la social-démocratie occidentale qu'il tient pour un « serviteur de l'impérialisme américain » et un « instrument du système ». Selon le PASOK, les partis sociaux-démocrates et socialistes de l'Europe occidentale ne veulent pas le changement du système, mais simplement son « embellissement ».

Se déclarant le parti du « changement radical » ayant pour but « la transformation socialiste de la société », le PASOK se différencie du P.C. et rejette le marxisme « doctrinaire » pour le « marxisme évolutioniste ». Il veut un régime socialiste, mais non « bureaucratique ». Son socialisme sera « un socialisme de participation ». M. A. Papandréou a même précisé que les buts du PASOK étaient identiques à ceux de « Solidarité » en Pologne.

Tout cela en théorie. En fait, le PASOK a prodigué les promesses. Il a promis tout à tous : augmentation des salaires, augmentation des prix des produits agricoles, diminution des impôts, baisse des prix aux consommateurs, amélioration de l'instruction et de tous les services publics, meilleure administration, grands investissements, une politique extérieure « fière » et « indépendante envers tous », une politique beaucoup plus décisive face à la Turquie et sur la question de Chypre, etc., etc. Et tout cela, non pas dans l'avenir lointain, mais presque pour l'immédiat. Son mot d'ordre était « ici et maintenant », et son objectif principal un « programme de 100 jours » pendant lesquels il apporterait les solutions ou les commencements de solutions à tous les problèmes de la société : de la pollution atmosphérique et du trafic jusqu'à l'inflation et la  crise des relations greco-turques.

Parce que le « programme de 100 jours » était magique et omnipotent (puisque les comités des « scientistes » et des « technocrates » du PASOK avaient étudié et trouvé des solutions pour tous les problèmes), le mal ne pouvait être que dans la « droite » qui ne voulait pas appliquer ces solutions par pure méchanceté et parce qu'elle est l'ennemie du peuple. Et c'est ainsi que le PASOK devint un parti populaire, marxo-socialo-fasciste et arriva au pouvoir.

Les 100 jours passèrent, 150 aussi, nous marchons vers les 200 jours. Et les problèmes s'aggravent dans tous les domaines.

EN POLITIQUE EXTERIEURE

Les thèses du PASOK étaient : « En dehors de l'O.T.A.N. ! », « Partons de la Communauté européenne ! », « Dehors les bases américaines ! ». Son gouvernement reste toujours membre de l'O.T.A.N. et de la Communauté, et les bases fonctionnent comme auparavant. Mais c'est une apparence, parce qu'en réalité, le gouvernement de Papandréou a choisi la méthode de lutter « du dedans » contre l'O.T.A.N. et contre la Communauté. Ainsi, la Grèce a refusé de condamner les événements de Pologne, rejeté les sanctions contre le régime polonais et l'U.R.S.S., et provoque systématiquement des problèmes à l'intérieur de l'O.T.A.N. et de la C.E.E. (1). Le résultat est que le pays perd des amis et des soutiens, s'isole, et que sa position internationale s'affaiblit. Et le Premier ministre déclare toujours que son but est l'éloignement des bases américaines, mais, explique-t-il, « nous devons procéder progressivement, avec des manœuvres tactiques ».

Le grand « atout » de la propagande du PASOK était « l'océan d'investissements arabes » qui devaient soutenir la drachme et financer largement le programme pour la transformation du pays en paradis socialiste. Un des premiers actes de M. Papandréou a été d'inviter M. Arafat ainsi que le vice-président d'Irak. Mais il n'y a pas eu une goutte de « l'océan d'investissements ». Or, les amis du PASOK sont attendus, malgré les amitiés arabes de M. Papandréou. Les Arabes riches (Arabie Séoudite et pays du Golfe) sont de la « droite » et pro-occidentaux et n'apprécient guère M. Papandréou. Ses relations ne sont bonnes ni avec les Arabes modérés, ni avec Israël, ni avec les Etats-Unis, ni même avec l'Iran. Lorsque, se pliant devant la nécessité économique, il a envoyé son ministre des Affaires étrangères en Arabie Séoudite pour tenter d'en ramener des investissements, celui-ci est revenu les mains vides.

LES RELATIONS AVEC LA TURQUIE

LE PASOK prônait la politique de la main forte à l'égard de la Turquie. Son chef avait même demandé au gouvernement de M. Karamanlis de « couler Mora » ! (le bateau turc qui faisait des recherches en mer Egée pour chercher du pétrole). Maintenant, les avions, les bateaux et les sous-marins turcs violent quotidiennement la région d'Egée que la Grèce considère comme sienne, sans autre réaction de la part du gouvernement que des protestations. Mais les relations avec la Turquie se détériorent dangereusement. La visite de M. Papandréou à Chypre a provoqué une tension sans précédent ; le président de la République, M. Karamanlis, a même parlé récemment d'un danger de guerre entre les deux pays. (...)

AUTRES DOMAINES

Le gouvernement « socialiste » a déclaré la guerre à l'Eglise. Il prend des mesures pour assujettir l'armée, la police, l'instruction publique. La Radiotélévision (il existe deux réseaux appartenant à l'Etat) est passée sous le contrôle non pas des marxisants socialistes du PASOK, mais des communistes vrais et purs qui l'emploient pour un « lavage de cerveau » massif du peuple. La propagande gouvernementale voit partout des « ennemis », des « espions », des « provocateurs » et cultive la haine aveugle contre la « réaction », contre la « droite » qu'un de ses propagandistes appelle « les loups » !

Après cinq mois de gouvernement le PASOK a perdu beaucoup de terrain. L'indignation augmente. Malgré le fait que les communistes soient ses alliés et qu'ils contrôlent avec le PASOK, les mécanismes de mobilisation les travailleurs ont déjà commencé à lutter pour survivre, seuls, sans direction, sans organisation, spontanément. (...)

(1) Le premier ministre grec salua la proposition Brejnev pour le « moratoire » atomique qui permet à l'U.R.S.S. de maintenir ses missiles, mais ne permettait pas à l'O.T.A.N. de développer les siens. A la session du Comité de planification Atomique de l'O.T.A.N. à Colorado Springs, la représentation grecque exprima expressément son refus aux « Euromissiles »."

Voir également : La Grèce, maillon faible de l'Europe (1985)