lundi 10 août 2020

Celâl Bayar et les Grecs




"Nouvelles de l'Etranger", Journal des débats politiques et littéraires, 29 avril 1938 :

"GRECE
 

Après la conclusion du traité avec la Turquie

On mande d'Athènes :

A 8 heures, après la signature du pacte additionnel gréco-turc, le président Metaxas, recevant les journalistes turcs, a exalté la chaleureuse amitié du peuple grec pour le peuple turc, et rendu hommage à MM. Bayar et Rustu Aras et au « grand chef de la Turquie, Kemal Ataturk ».

Le soir, au cours d'un dîner offert en l'honneur de MM. Djelal Bayar et Rustu Aras, M. Metaxas, dans un toast, a souligné l'importance de l'
œuvre réalisée par l'entente gréco-turque, qui fut, a-t-il dit, « le plus important facteur de la fondation de l'Entente balkanique ».

Il a ajouté notamment :

Le traité additionnel gréco-turc signé aujourd'hui est conçu dans la volonté de paix qui caractérise l'union gréco-turque et dans l'esprit de l'Entente balkanique. Je tiens à souligner avec force, et en toute loyauté, que le texte du traité est dépourvu de toute pointe contre quiconque et qu'il est seulement un instrument de plus dans la série des accords pacifiques qui régissent les Balkans.

Répondant au toast de M. Metaxas, le président [du conseil] Djelal Bayar a dit qu'il apportait à la Grèce entière le salut cordial et fraternel du peuple turc.


Il a exalté « l'œuvre désormais immortelle de l'Entente balkanique ».


Définissant ensuite la portée du nouveau traité gréco-turc, M. Bayar a dit :

Le traité actuel vient parfaire et amplifier l'esprit de notre traité d'entente cordiale, traité dont le nom seul, « Union fraternelle turco-hellénique », suffit pour exprimer l'âme de son contenu.

M. Bayar a conclu que, conçu dans l'esprit de l'Entente balkanique, le nouveau traité est un instrument foncièrement pacifique, réalisé tant dans les intérêts des deux pays que dans ceux de la paix internationale." (p. 2)


Georges Hateau, "Lettre de Grèce : L' « Entente cordiale » gréco-turque", Le Temps, 1er juin 1938 :

"Si la collaboration interbalkanique s'est depuis le pacte d'Athènes sensiblement élargie, renforcée, organisée, ainsi qu'en témoignent les réunions périodiques du conseil de l'Entente balkanique, actuellement présidée par le Premier grec, M. Metaxas, l'effort gréco-turc pour rendre aussi étroits possible, dans le cadre de cette Entente, les liens entre les deux pays n'a pas été ralenti pour autant. Et la preuve la plus récente en a été fournie par la présentation, devant le conseil permanent du projet de traité additionnel aux actes gréco-turcs de 1930 et de 1933, traité qui, paraphé à Ankara, vient d'être signé a Athènes par MM. Djelal Bayar et Metaxas. Visant, dit le préambule, à « développer encore davantage les liens qui, si heureusement, unissent la Grèce à la Turquie », ce traité renouvelle et renforce les engagements de collaboration entre les deux pays, au cas où l'un d'eux serait l'objet d'une action d'hostilité de la part d'une ou de plusieurs tierces puissances. Il admet, d'autre part, la parfaite compatibilité des dispositions envisagées à cet effet, avec les engagements mutuels bilatéraux et plurilatéraux précédemment contractés par les deux pays." (p. 2)


Rifat N. Bali, Les relations entre Turcs et Juifs dans la Turquie moderne, Istanbul, Isis, 2001 :

"Le tout récent DP [le Parti démocrate de Celâl Bayar et Adnan Menderes] promettait un programme égalitaire et libéral. Dans cet espoir, les minorités non musulmanes ont voté en masse pour lui aux élections parlementaires de 1950. En 1950, les électeurs non musulmans représentaient un poids considérable en Turquie, en particulier à Istanbul, et ont contribué à l'accession du DP au pouvoir." (p. 160)

"(...) les minorités ont voté pour le DP lors des législatives de 1957 et ont eu des députés à la Grande Assemblée nationale [comme Hristaki Yoannidis, candidat du DP à Istanbul]." (p. 146)


Celâl Bayar, discours devant le Sénat et la Chambre des représentants des Etats-Unis, 29 janvier 1954, cité dans Le Monde, 31 janvier 1954 :


"Les liens d'amitié établis entre la Grèce et la Turquie montrent bien que deux pays qui se sont méfiés l'un de l'autre pendant des siècles ont pu en fin de compte s'entendre en vue d'une collaboration étroite et loyale après avoir pris conscience des réalités de la vie.

Mon pays est véritablement fier des liens qui, dans le cadre du pacte balkanique, l'unissent à la Yougoslavie, qui sut sauvegarder vaillamment son honneur et son indépendance après d'amères et dangereuses expériences, et à la Grèce, avec laquelle nos relations amicales sont devenues fraternelles."


"La tension entre Athènes et Ankara", Le Monde, 9 septembre 1955 :


"Au lendemain des graves émeutes antigrecques ayant éclaté à Stamboul et à Smyrne, l'état de siège est maintenu dans ces deux villes, ainsi qu'à Ankara. En Grèce l'état d'alerte a été proclamé afin de prévenir d'éventuelles manifestations populaires antiturques. L'attention se porte aujourd'hui sur les réactions d'Athènes et des dirigeants chypriotes en faveur de l'Enosis après l'échec confirmé de la conférence de Londres sur Chypre. Le gouvernement britannique continue pour sa part de renforcer les troupes stationnées dans l'île. (...)

L'Assemblée nationale turque convoquée en séance extraordinaire

Stamboul, 8 septembre (U.P.). - Le président de la République turque, M. Celal Bayar, a signé hier soir une convocation immédiate de l'Assemblée nationale, puis il a pris ses dispositions pour se rendre, en compagnie du président du conseil et de plusieurs autres ministres, dans les quartiers de Stamboul saccagés.

Précédemment, le cabinet s'était réuni pendant cinq heures en session spéciale sous la présidence de M. Menderès, afin d'étudier la situation créée par les émeutes de Stamboul, de Smyrne et d'Ankara.


Le chef du gouvernement a annoncé que le général de division Nuretin Aknoz, inspecteur de la IIIe armée, a été mis à la tête des troupes chargées d'appliquer la loi martiale et qu'il a établi son quartier général à Stamboul.

L'armée turque a été chargée de prévenir de nouvelles émeutes. Ce matin la troupe et des chars patrouillent dans les rues, où l'on remarque encore les débris de magasins grecs saccagés."


"Vers une amélioration des rapports avec la Turquie", Le Monde, 22 mai 1957 :

"Athènes, 21 mai. - Le gouvernement turc a donné son agrément à la nomination de M. [Georgios] Pezmazouglou comme ambassadeur de Grèce à Ankara. Le choix de l'ancien gouverneur de la Banque nationale est significatif de la volonté du gouvernement grec de ne pas laisser les relations gréco-turques dans l'ornière actuelle.

M. Pezmazoglou est l'ami personnel du président Djelal Bayar et peut donc rendre les plus éminents services à Ankara. Sa mission ne sera pas très facile car les relations entre les deux pays se sont écartées de la voie normale et le climat demeure toujours assez confus. Mais la désignation d'un nouvel ambassadeur grec est déjà un premier pas vers l'éclaircissement progressif de la situation."


"La Haute Cour abandonne les poursuites contre M. Bayar au sujet des émeutes de 1955", Le Monde, 6 janvier 1961 :


"Yassiada (Turquie), 5 janvier (A.F.P.). - La Haute Cour de justice de Yassiada a décidé de cesser les poursuites engagées contre l'ancien président de la République, M. Djelal Bayar, au sujet des incidents anti-grecs de septembre 1955 (...)."


Voir également : 1914 : l'émigration des Grecs de Thrace orientale et d'Anatolie occidentale

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