mardi 4 mai 2021

L'officier Auguste Sarrou et les Grecs



Le capitaine Sarrou un officier français au service de l'Empire ottoman. Dix ans de séjour en Turquie ou la réorganisation de la gendarmerie ottomane (1904-1914)
, Istanbul, Isis, 2002 :


"Le général Auguste Sarrou est né en 1874 à Patras (Grèce). Son père était un négociant français qui vécut en Grèce et en Roumanie. Auguste Sarrou, après des études au collège St Benoît à Istanbul entra en 1894 dans l'armée française et fit partie de 1904 à 1908 de la mission internationale de réorganisation de la gendarmerie ottomane en Macédoine, mise sur place à la suite des accords austro-russes de Muersteg. Entre 1908 et 1914 il fut au service de la Sublime Porte et prit part à la réforme de la gendarmerie, créant entre autres le corps des gendarmes-forestiers. Il revint en Turquie après la guerre mondiale et participa aux côtés de Franklin Bouillon aux accords d'Angora (1921). A la proclamation de la république il fut de longues années attaché militaire à l'ambassade de France dans la capitale turque. Il mourut en 1968 à Nice." (p. 4)

"4- Grâce à sa connaissance des langues locales, et plus particulièrement du grec, [Sarrou] obtient de précieux renseignements des populations macédoniennes sur la formation des bandes de comitadgis bulgares ou andartes (comitadgis grecs) et sur les bandits de droit commun, albanais ou turcs, sur les caches d'armes d'explosifs (dynamite).

En février 1906  il a traversé la Thessalie à cheval de Lamia à Larissa, jusqu'au col de Milonna, et de Tircala à Volo pour se rendre compte de la formation de bandes grecques.

"J'ai interrogé très discrètement des personnages officiels et de simples paysans auprès desquels je passais le plus souvent pour l'un des leurs".

5- Etude des raisons qui ont motivé les assassinats entre Grecs et Bulgares :

a) querelles pour des biens (bestiaux) dégénérant en coups

b) querelles d'origine religieuse comme l'assassinat le 9 juillet 1906 du prêtre grec Kristo du village de Krouthovo à coup de haches et de couteau par le prêtre bulgare Thovore aidé de son gendre. (Souvent les comitadgis bulgares foncent sur les chrétiens pour les contraindre à se ranger sous la bannière de l'Exarchat).

c) querelles politico-religieuses, conversions pour augmenter le nombre de coreligionnaires (loi du 2/3, patriarcat-exarchat).

d) querelles politiques étrangères, école grecque ouverte avec un Grec de Grèce (dépôt d'armes). La Grèce et la Bulgarie envoyaient chacune de leur côté des éléments incontrôlés, qui, soit avec de l'argent, soit sous la menace essayaient de convertir "les makedons" ou de les amener à leurs idées." (p. 49)

"Une lettre du Lieutenant-Général de Gendarmerie Hilmi, du 14. 9. 1910 précise que le Major Sarrou est affecté comme conseiller à l'Ecole Militaire de troupe de gendarmerie de Constantinople.

Le 11 juin 1911 il reçoit la croix en or du Saint Sauveur de Grèce, que le gouvernement grec lui décerna sur la proposition du consul de Grèce à Serrès, en récompense des services rendus par le Capitaine Sarrou à la population de race grecque.

Pendant la période du régime Jeune-Turc il a puissamment combattu l'influence allemande par son activité et ses relations personnelles avec les dirigeants turcs de tous les partis. Il a soutenu de toute son influence les intérêts politiques et économiques de la France représentés par MM. Loucheur, Bompard, Baumann, Pissard (Directeur de la Dette publique), le Comte Ostrorog, Lauffray.

Il maintient un étroit contact avec l'ambassadeur de France, M. Bompard, et avec l'attaché militaire, le Colonel d'Artillerie Maucorps." (p. 73)


Auguste Sarrou, La Jeune-Turquie et la Révolution, Paris, Berger-Levrault, 1912 :


"Dans la nuit du 9/22 juillet 1908, le Comité Central de Salonique s'empara du bureau télégraphique et envoya des dépêches dans toutes les directions aux différents comités locaux, leur donnant des instructions en vue de faire proclamer la Constitution dès le lendemain matin.

Chaque Comité local réunit aussitôt ses membres, et, après une longue délibération où furent prises toutes les mesures de détail, chacun se mit en devoir de remplir sa tâche.

Des délégations furent envoyées dans la nuit aux divers fonctionnaires civils, militaires et religieux, pour les mettre au courant de ce qui allait se passer et leur demander quelle attitude ils comptaient prendre. L'heure était solennelle ; aucune faiblesse ne pouvait être tolérée et, malgré la consternation qu'une telle proposition a dû jeter dans l'âme de certains de ces fonctionnaires, ceux-ci dominèrent toute hésitation et promirent leur concours. Il est vrai que la plupart d'entre eux faisaient partie du Comité et s'attendaient d'un jour à l'autre à cette inévitable explosion.

Nous exposons ici, aussi fidèlement que possible, les événements dont nous avons été le témoin.

Avant l'aube des émissaires étaient envoyés dans toutes les directions pour prévenir les différents maires et notables des villages et les inviter à se rendre au chef-lieu du Gouvernement. Dès 7 heures du matin, de toutes parts l'on voyait s'acheminer les représentants des villages. Chrétiens et musulmans en habits de fête accouraient, graves et pensifs, se rendant compte que des événements d'une importance décisive se préparaient. Ce n'étaient plus ces figures haletantes, farouches et terrorisées qu'on avait coutume de voir au milieu des sinistres scènes de carnage, des incendies et des horreurs semées par les luttes fratricides. C'était, au contraire, chez tous ces êtres transfigurés, quelles que fussent leur race ou leur religion, une attitude mâle et décidée comme celle des soldats qui sont convaincus de marcher à la mort pour le salut de la Patrie. Le souffle du Comité « Union et Progrès » avait passé sur ces hommes, hier ennemis irréductibles et aujourd'hui prêts à se jeter dans les bras les uns des autres pour une accolade fraternelle, aussitôt que le mot magique de « Constitution » aurait été prononcé.

Tous les magasins et les boutiques de la ville, sans exception, étaient fermés, donnant à la cité un aspect plus solennel encore qu'aux plus beaux jours de fête ; car les jours fériés ne sont pas nécessairement les mêmes pour toutes les nationalités, et jamais ils ne revêtent un caractère universel. C'est ainsi que, parmi les habitants, les uns chôment pendant que les autres travaillent.

La foule de citadins et de villageois grandissait sans cesse autour du conak et, sur la place, déjà noire de monde, chacun commentait les événements ; mais le plus grand calme régnait dans cette agglomération d'hommes, formée de gens de toutes classes, de toutes races et de toutes religions : Turcs, Grecs, Bulgares, Israélites et simples soldats ; leurs costumes bariolés seuls jetaient une note gaie. Sur chaque visage on pouvait lire la préoccupation et l'attente anxieuse : chaque poitrine semblait étouffer un cri qu'elle avait grand peine à contenir : « Liberté ! liberté ! »

Il était 10 heures du matin, quand, sur le perron du conak, apparurent les différentes autorités civiles et religieuses. Sur leurs visages on lisait, malgré la gravité du moment, la joie et le bonheur que semblait donner l'espoir d'un succès désormais certain. Sur le balcon, les évêques grec et bulgare et le mufti (chef religieux des musulmans) se donnèrent la main, puis l'accolade de la fraternité, invitant ainsi leurs coreligionnaires à en faire autant. Un frisson sublime passa sur cette foule, jusque - là muette. Un cri de joie retentit de toutes les poitrines, et l'on vit Musulmans, Grecs et Bulgares, la veille encore ennemis mortels, se précipiter dans les bras les uns des autres. Ce fut un délire indescriptible : la réconciliation entre les races et les religions venait d'être faite autour d'un immense drapeau rouge sur lequel on lisait en langue turque : « Vive la Constitution », et sur les quatre coins : « Liberté, Egalité, Fraternité, Justice. »

Trois coups de clairon retentissent : le silence se fait. Du groupe des fonctionnaires qui se tiennent sur le perron, un hodja se détache et vient, au milieu de la foule qui entoure ce drapeau, se placer devant cet étendard de la liberté. D'un geste énergique il lève la main et désigne le nouveau symbole ; d'une voix impérative et ferme, il somme le gouverneur de prêter serment à la Constitution. Celui-ci, étendant la main vers le drapeau constitutionnel, prête, au milieu d'un silence solennel, le serment demandé.

Le même hodja pousse le cri de : « Vive la Constitution ! » La foule, enthousiaste, battant des mains et trépignant de joie, répond par une formidable clameur de : « Vive la Constitution ! » que l'écho des montagnes voisines répète longuement. « Vive la liberté ! » reprend le religieux ; « Vive l'égalité ! Vive la fraternité ! » et la multitude répond chaque fois par des acclamations dont l'accent de sincérité vibre dans chaque voix, dans chaque bouche.

Voilà comment la tyrannie d'Abdul-Hamid venait de sombrer aux acclamations enthousiastes de tous ses sujets macédoniens, musulmans et chrétiens.
" (p. 19-22)

"Dans la politique balkanique de la Turquie il y a autant de questions particulières qu'il existe de petits Etats voisins de cet empire. Il y a avec la Grèce une question crétoise ; avec la Bulgarie, une question macédonienne ; avec le Monténégro, des différends de frontière et de race. Quant à la Roumanie, les desiderata des populations valaques de Macédoine, concernant leur situation politique et religieuse, ne présentent pas une difficulté sérieuse. Il en est de même avec la Serbie pour la question des populations macédoniennes de race serbe.

Avec la plupart de ces petits Etats, les malentendus subsistent malgré le désir de part et d'autre d'arriver à des solutions acceptables. Mais ils sont à l'état beaucoup moins aigu qu'autrefois [Sarrou pèche ici par optimisme philhellène : son livre a été publié plusieurs mois avant l'agression préméditée et coordonnée de 1912]. L'intérêt de la Turquie et de ces petits Etats est de vivre en bonne harmonie ; les intérêts de tous concordent et exigent non seulement des relations amicales, mais même des alliances et des collaborations étroites, dans les différents problèmes balkaniques. Tous les différends actuels ne sont pas insolubles : le régime constitutionnel a eu pour effet de les aplanir en partie et, dans tous les cas, d'en faciliter la solution. Le jour où toutes ces difficultés seraient résolues, l'entente entre tous les pays balkaniques serait bien près d'être réalisée et peut-être verrait-on s'accomplir la Confédération balkanique, avec la Turquie comme base, seul système d'équilibre oriental.

Parmi les questions balkaniques à résoudre avant d'arriver à une telle entente, il y a la question crétoise. Il a été beaucoup dit et beaucoup écrit sur ce grave problème ; il ne nous appartient donc pas de traiter une question dont les diplomates eux-mêmes évitent de parler. Mais en qualité d'ami des deux peuples et de témoin oculaire des gros inconvénients qui résultent d'une telle situation, nous croyons devoir exprimer notre avis sur les avantages considérables qu'une prompte solution apporterait aux deux parties.

En effet, l'empire ottoman compte, affirme-t-on, 5 à 6 millions de Grecs qui, de l'avis de tous, représentent l'élément le plus avancé au point de vue de l'instruction et de la civilisation. Leur activité commerciale et industrielle les placent également au premier rang. Leur collaboration doit être précieuse à l'élément turc qui, apportant de son côté de grandes qualités militaires et de discipline, complète heureusement tout ce que la population d'un empire doit posséder d'activité et d'énergie pour devenir et rester un état fort et prospère.

Or, il est indéniable qu'aujourd'hui la question crétoise cause un grave malentendu non seulement entre les Grecs du royaume et les Turcs, mais également entre les Grecs ottomans et ces derniers. Il est presque certain que tant que la question crétoise durera, le malentendu subsistera aussi. De leur côté, les Grecs du royaume ont développé toutes leurs relations commerciales principalement avec les Grecs ottomans. Ils ont ainsi besoin de maintenir leurs relations avec l'empire ottoman. Il y a donc un triple intérêt à donner au plus tôt à la question crétoise une solution qui satisfasse les deux parties. Quelle doit être cette solution ? C'est aux diplomates à la trouver. Toujours est-il que lorsque cette question sera résolue, les relations qui s'établiront entre Grecs et Turcs auront les résultats les plus heureux, non seulement pour ces deux peuples, mais encore pour tous les autres Etats balkaniques." (p. 238-240)


Auguste Sarrou, Rapport du Chef de Bataillon Sarrou Chef de la mission de Syrie sur la possibilité d'une paix séparée avec la Turquie, Salonique, 23 avril 1917 :


"b)– MAINTIEN DES TURCS EN EUROPE

Le maintien des Turcs en EUROPE pourrait mécontenter les Nationalités Balkaniques qui espèrent profiter des dépouilles de l'Empire Ottoman. Mais de ces Nationalités celles qui pourraient prétendre à la THRACE sont :

1°– La BULGARIE dont la population y constitue une minorité et qui est aujourd'hui notre ennemie. D'ailleurs une BULGARIE forte dans les Balkans sera toujours un danger et une cause de trouble.

2°– La GRECE dont les Nationaux quoique beaucoup plus nombreux que les Bulgares sont encore en minorité par rapport aux Turcs. L'attitude de la GRECE dans cette guerre ne permet pas de la faire bénéficier d'un tel avantage.


La THRACE neutralisée entre les mains des Turcs, désormais contrôlés par les Alliés, constituera une Province privilégiée, à l'abri des convoitises des Bulgares et des Grecs, et de toute guerre de compétition.


c)– MAINTIEN des TURCS DANS TOUTE L'ASIE-MINEURE

Le maintien des Turcs dans l'Asie-Mineure suscitera le mécontentement des populations chrétiennes qui y habitent. Mais ici encore il est difficile de chasser les Turcs de pays non conquis par les Alliés et où la race turque domine en général. De plus on ne peut donner une partie de cette région à la GRECE qui n'a rien fait pour la mériter. Les droits des populations chrétiennes seraient respectés par les capitulations, le protectorat français et le contrôle des Alliés. Le prestige de ceux-ci et surtout celui de la FRANCE suffira à imposer à la TURQUIE ainsi diminuée le respect des engagements pris par le Gouvernement Turc. Il est probable que le régime turc, sous le contrôle des Alliés, donnerait plus de satisfaction que le régime grec ou bulgare n'en a donné jusqu'ici." (p. 9-10)

Source : https://archives.saltresearch.org/handle/123456789/29575


Auguste Sarrou, Note sur les corps francs d'Anatolie (rapport), 3 septembre 1917 :


"RECRUTEMENT

Il serait possible d'organiser avec les réfugiés grecs d'ANATOLIE des Corps Francs ou d'Irréguliers. Selon le Général en retraite LAPATHIOTIS qui recrute en ce moment les volontaires grecs d'EGYPTE pour l'Armée de VENIZELOS on trouverait facilement quinze à vingt mille hommes. Il se chargerait d'ailleurs de ce recrutement et je crois qu'il serait heureux de contribuer à l'organisation de ces corps.

A son avis l'emploi de ces réfugiés ne porterait aucun préjudice au recrutement de l'Armée Vénizéliste. Car ces réfugiés s'engageraient volontiers pour se battre dans leur pays, en ASIE MINEURE. Mais non pas en MACEDOINE qui ne les intéresse as.

Le Ministre de la Marine de Grèce, l'amiral COUNTOURIOTIS, que j'ai vu les premiers jours d'Août, approuve et désire l'emploi de ces bandes et m'a promis son concours. Il a ajouté qu'il préférait lui et les Grecs en Général travailler avec les Français plutôt qu'avec les Anglais.

ORGANISATION

L'organisation de ces corps doit être tout-à-fait irrégulière et inspirée des méthodes et habitudes employées pour la constitution des bandes en Orient. Toute organisation, basée sur les méthodes des Armées régulières d'EUROPE serait vouée à l'insuccès comme celà a été démontré aux DARDANELLES dans l'essai qui a été fait par le Commandant ROMIEU et exigerait un temps très long, des dépenses hors de proportion avec les résultats obtenus.

L'organisation irrégulière demanderait peu de temps, peu d'argent, et permettrait l'utilisation immédiate et très mobile. (...)

BASE

La base de rassemblement de ces corps peut être choisie dans l'Ile de Metelin ou l'une des Iles suivantes : Chio, Samos.
On peut avoir également plusieurs centres de rassemblement ; ce qui faciliterait le réapprovisionnement si celui-ci se fait au moyen des ressources locales, et si les opérations auxquelles on destine ces corps n'exigent pas l'emploi de l'ensemble de ses forces. (...)

EMPLOI DES CORPS FRANCS


Les corps francs pourraient être employés à plusieurs opérations ayant pour but :

1°– de faire des enlèvements de postes et d'unités de l'Armée turque plus ou moins importants ;

2°– de faire des reconnaissances d'offensives ;

3°– d'opérer des destructions d'ouvrages d'art à des distances plus ou moins grandes à l'intérieur (de 5 à 30 Kilomètres),

4°– de faire des démonstrations sur différents points de la côte et immobiliser ainsi de nombreuses troupes turques.

5°– de faire des diversions sur certains points et décongestionner les fronts d'opérations, tel que celui de PALESTINE etc...


INCONVENIENTS

Les corps francs peuvent présenter des inconvénients dans la régularité des opérations entreprises. Mais il est possible de discipliner jusqu'à un certain point ces hommes par le choix des Chefs, et par des procédés spéciaux.


La zone d'organisation, de ravitaillement et d'opération étant une zone plus ou moins réservée aux Anglais, il est utile d'obtenir l'assentiment de ces derniers pour ne pas se heurter à des obstacles de leur part.

On peut se demander si l'emploi d'une telle masse d'irréguliers grecs ne peut être invoquée par la GRECE pour revendiquer des avantages politiques et territoriaux. C'est un point de vue politique qui, à notre avis, ne doit pas trop peser dans la décision à prendre au sujet de l'emploi de cette force. Les chrétiens dans le cas où la TURQUIE reste après la guerre maîtresse de la région, pourraient obtenir des garanties et des libertés en rapport avec les sacrifices faits par eux dans cette guerre.

Le reproche d'employer ces corps d'irréguliers ne peut être fait par les Turcs qui utilisent les mêmes moyens, en PERSE, en MESOPOTAMIE, au CAUCASE et en MACEDOINE.

AVANTAGES

Les avantages de l'emploi de ces corps francs sont très-nombreux :


Les renseignements obtenus par leurs intermédiaire seront des plus précieux.


L'ennemi harcelé sera obligé de garder toute l'étendue de ses côtes et immobilisera des forces importantes. Si quelques canons prêtent leur concours à ces corps très mobiles, les Turcs seront obliger d'immobiliser également de nombreux canons.


Les diversions faites par eux pourront détourner de nombreuses unités au moment et à l'endroit voulu : l'exemple de Xéros le prouve suffisamment (350 Crétois y ont immobilisé deux divisions turques, au moment du débarquement de Souvla.

La destruction des ouvrages d'art et de nombreuses opérations seront possibles alors que ces mêmes buts ne pourraient pas être atteints par des troupes régulières.


Les moyens de transport de ces forces seront réduites à leur plus simple expression."

Source : https://archives.saltresearch.org/handle/123456789/33392 

 

Le lieutenant-colonel Auguste Sarrou, "Impressions d'Anatolie" (conférence au déjeuner du 8 décembre 1921 de la Société de Géographie Commerciale de Paris, section de Constantinople), Revue économique française, tome XLIV, n° 2, mars-avril 1922 :

"L'Administration Ottomane, modernisée depuis la moitié du siècle dernier, a beaucoup contribué à uniformiser les relations administratives et officielles de tous les habitants de l'empire, soit musulmans, soit chrétiens. Elle aurait même pu aboutir à rendre les relations sociales entre tous les sujets ottomans beaucoup plus étroites et ensuite plus uniformes, au fur et à mesure que l'esprit de progrès, de justice, d'égalité et d'instruction se serait développé. Mais au moment où la révolution jeune turque promettait de jeter les nouvelles bases d'une entente entres les habitants de races et de religions diverses, la guerre balkanique, puis la guerre générale sont venues bouleverser tous les efforts et tous les projets, et diviser les sujets ottomans plus profondément encore que par le passé.

Aujourd'hui, sous le régime kémaliste, l'administration turque, que cinq années de guerre avait complètement désorganisée, vient d'être réformée, solidement consolidée et fortement étayée au moyen d'une gendarmerie convenable. Devant le danger de voir sombrer définitivement la Turquie, les dirigeants d'Angora ont instauré un régime nouveau où la discipline sociale, administrative, économique et militaire est devenue la base de la vie de chaque jour, vie faite tout entière de labeur, de sacrifices et de lutte. Je dois à la vérité de rendre hommage à cet effort de toute une nation qui, pour défendre sa liberté et son indépendance, a su faire concentrer dans ce but l'activité entière de son peuple, depuis celle de la femme et de l'enfant de dix ans jusqu'à celle du vieillard octogénaire ; activité que j'ai vu déployer tantôt aux travaux des champs tantôt aux transports des munitions sur les routes et les champs de bataille.

Le sort des populations n'est pas celui que l'on dépeint dans les journaux.
Les hommes mobilisables réparent les routes, les femmes et les enfants restent chez eux. Seuls les notables que les Turcs suspectent de propagande hostile sont déportés à l'intérieur, hors des côtes ou des théâtres de guerre.

La sécurité en général est complète et, depuis six mois, j'ai pu traverser en tenue, en compagnie de M. Franklin-Bouillon et presque toujours sans escorte, des milliers de kilomètres sans le moindre incident et sans même avoir entendu que l'ordre fût troublé dans les régions que nous venions de parcourir. (...)

L'Anatolie est en réalité bloquée du côté de la mer, depuis le débarquement des Grecs à Smyrne et celui des Anglais à Constantinople, le 16 mars 1920, qui amenèrent les kémalistes à prendre des mesures équivalentes à l'arrêt de toute exportation ou importation. De nouvelles lois augmentèrent les droits de douanes ; d'autres défendirent l'entrée des objets de luxe afin d'éviter l'exode des capitaux du pays. Par contre, les matières absolument indispensables pour les besoins de la défense nationale furent exemptes de tout droit, tels que la benzine, les automobiles, etc.

Le commerce extérieur a subi ainsi un arrêt presque complet.

Néanmoins l'agriculture du pays est encore très prospère malgré les difficultés de la guerre. Le pays regorge de produits agricoles : blé, orge, laines, troupeaux, beurre, volailles, oeufs, fruits, peaux, tabacs, forêts, opium, houille abondent à des prix relativement très bas. Le prix de la vie est bien meilleur marché qu'à Constantinople. Mais malheureusement l'importation est presque entièrement arrêtée, comme l'exportation, par suite de l'état de guerre. Tout ce qui est produit fabriqué à l'étranger atteint des prix très élevés et pour ainsi dire prohibitifs. Certains articles italiens et allemands ont réussi à pénétrer à l'intérieur grâce aux bateaux italiens qui ont pu conserver le contact commercial soit par les ports de la mer Noire, soit par Adalia, mais ils sont loin de pouvoir satisfaire les besoins du pays.

Depuis la signature de l'accord d'Angora, l'Anatolie est ouverte aux Français. Ceux-ci peuvent désormais profiter des ports de la mer Noire ; mais les ports de Mersine et celui d'Alexandrette constituent actuellement les meilleurs points de pénétration. Mersine est relié au coeur même d'Anatolie, par le chemin de fer qui fonctionne jusqu'à Konia et jusqu'aux portes d'Afioun-Karahissar. De là, en trois jours, il est possible de gagner Angora.

A Konia on m'a signalé, fin décembre, l'utilité et l'urgence qu'il y a pour nos commis voyageurs de s'y rendre pour y faire le commerce car tous les objets de fabrication étrangère manquent. Les Français y jouissent depuis l'accord d'Angora d'une faveur particulière. Ils sont sûrs d'y trouver de la part des autorités militaires et civiles qui sont des amis personnels et de longue date tout le concours nécessaire et l'accueil le plus bienveillant.

Mais il y a plus : les produits agricoles du pays attendent des débouchés à l'étranger et les gros cultivateurs de l'intérieur cherchent des représentants pour vendre et exporter les stoks accumulés. — Les chrétiens de Cilicie, Arméniens et Grecs, ont abandonné malgré nos conseils, leur pays [des éléments grecs-orthodoxes (de langue arabe) se sont maintenus en Cilicie (Mersin et Adana) sous la République turque, et plus tard dans le Hatay annexé (en plus grand nombre)]. Le commerce et l'industrie y sont momentanément arrêtés, et attendent les premiers venus pour reprendre leur activité avec d'autant plus d'intensité que la Cilicie est devenue aujourd'hui la porte principale de toute l'Anatolie.

Les Français attendront-ils que d'autres commerçants profitent de cette situation favorable que leur a créée l'accord d'Angora, tant au point de vue économique que politique ? Personnellement j'ai signalé ce qui précède, dès la mi-Novembre, en débarquant en Cilicie, à nos consuls de Mersine et d'Adana. Je l'ai fait ici à mon retour, à notre Haut-Commissaire. J'attire avec insistance votre attention sur ce point, en vous priant d'en faire part à tous nos compatriotes. Déjà les Italiens et les Américains guettent cette occasion. L'Italie a profité du moment de notre évacuation pour ouvrir ses consulats, restés fermés jusque-là, et les Américains ont commencé à y travailler activement. (...)

Depuis deux ans le public ne connaît la situation de l'Anatolie que par ce qu'il lit dans les journaux de toute langue et de tous pays. Plus d'une fois il a dû constater une contradiction flagrante entre les récits de la presse et les événements.
L'explication paraît simple aux rares personnes qui ont l'avantage d'être éclairées sur la véritable situation du pays.

Jusqu'ici et, cela continuera sans aucun doute, l'opinion publique a été la victime d'une foule de propagande par la presse, et par les fausses nouvelles, propagandes intéressées à tromper soit les dirigeants, soit les masses populaires dont le pouvoir est plus considérable qu'on ne le se figure, dans la conduite des événements quotidiens. Généralement ce ne sont pas les gouvernements ou les causes ayant le bon droit de leur côté, qui recourent à la propagande. Au contraire, ils subissent l'offensive et savent mal se défendre par les mêmes armes. De sorte qu'on peut affirmer sans se tromper que l'ennemi, c'est la propagande et que pour se défendre, il faudrait l'arme offensive qui puisse le mieux s'opposer à cet ennemi. C'est ainsi qu'on a représenté le mouvement nationaliste d'Anatolie comme une révolte soutenue par des bandes de brigands, faciles à réduire et à qui il suffisait de dicter un traité de paix pour que la tranquillité et l'ordre soient rétablis. Cependant, dès la première heure, des soldats d'une compétence incontestée comme les maréchaux Foch et Franchet d'Esperey, et le général Gouraud, avaient proclamé bien haut que pour réduire l'Anatolie il fallait, à cette époque, plus de 300.000 hommes. La diplomatie alliée ne tint pas compte de cet avis.

Mais il me semble possible de noter discrètement : 1° que le débarquement de Grecs à Smyrne a créé le kémalisme ou mieux encore le nationalisme aigu des Turcs ; 2° que l'occupation de Constantinople du 16 Mars 1920 par les Anglais et l'imposition de leur contrôle dans la capitale ont créé le gouvernement d'Angora en supprimant le Parlement de Constantinople. Dès lors les Turcs ont divisé leur pays en deux parties : l'une, comprenant les territoires occupés par les alliés dans lesquels le Sultan-Calife, le Sénat et le Gouvernement sont considérés par eux-mêmes comme les prisonniers de leurs ennemis ; l'autre, le pays de l'Anatolie, libre de toute emprise étrangère, dans lequel une constitution provisoire dirige la nation avec un gouvernement comprenant une grande Assemblée nationale, organe à la fois législatif et exécutif, déléguant ses pouvoirs exécutifs à des commissaires, ayant les mêmes fonctions que les ministres d'un gouvernement central. Mustapha Kémal Pacha est le Président de la grande Assemblée nationale et, depuis la dernière offensive des Hellènes, il est également le commandant suprême de toutes les armées qui se trouvent sur tous les fronts de Smyrne, de Cilicie (aujourd'hui supprimé), de l'Irak, du Caucase et de la mer Noire.

Ainsi donc, au point de vue de la politique intérieure, la Turquie est divisée en deux parties territoriales et administratives, mais cela ne veut pas dire qu'elle ait aujourd'hui deux partis politiques. On pouvait le dire à un moment donné, quand le gouvernement de Constantinople organisait une armée pour poursuivre les rebelles de l'Anatolie. Mais, actuellement, les coeurs des Turcs des deux portions de territoire battent à l'unisson et bien rares semblent les partisans d'une politique intérieure opposée dans son ensemble à celle d'Angora. Sans doute, dans les détails de l'organisation administrative ou sociale, les divergences qui existent me paraissent faciles à résoudre, et nullement de nature à creuser un fossé profond entre les populations des deux portions de la Turquie.

En ce qui concerne la politique extérieure, toute la situation se trouve résumée en un seul mot : Traité de Sèvres. Le Gouvernement de Constantinople a dû le signer le Gouvernement d'Angora n'a jamais voulu l'admettre et continue la lutte, décidé à sacrifier jusqu'au dernier homme plutôt que de s'y soumettre. Les organisateurs du mouvement nationaliste ont rédigé une charte de leurs revendications, appelée le Pacte National ; celui-ci désigna les limites nationales de la Turquie et établit les bases de son indépendance et de sa souveraineté. Ce pacte, tous les dirigeants ont juré de le respecter et de travailler à le réaliser.

A l'heure actuelle ce pacte est réalisé en ce qui concerne les limites territoriales du côté de la Syrie (accord Angora, octobre 1921) et du Caucase (traité de Kars, novembre 1921). Il ne reste plus que les limites occidentales, et c'est de ce côté que se dirigent tous les efforts des Turcs le pacte national revendique Smyrne et Andrinople : c'est donc autour de ces deux villes que gît aujourd'hui la paix gréco-turque. Mais la paix en Orient dépend d'autres conditions encore : La charte ci-dessus contient l'indépendance et la souveraineté de la Turquie, et comme le traité de Sèvres ne la respecte pas, la paix avec tous les alliés ne pourra être signée que si dans un nouveau traité on arrive à concilier ces principes avec la protection des intérêts alliés. C'est là l'oeuvre de demain. Tous les peuples ont le plus grand intérêt à ce que cette oeuvre de demain soit réalisée sans tarder. Mais après les belligérants, nous sommes les premiers intéressés parmi les alliés qui avons le droit et le devoir d'exiger qu'une paix juste et équitable règne un moment plus tôt. Car si avant la guerre nous tenions ici la première place parmi les Européens, aujourd'hui, nous voyons s'élever en Orient une France plus grande encore, tant au point de vue territorial qu'au point de vue économique, politique, et surtout intellectuel et moral. (...)

Je désire terminer par quelques mots sur la situation spéciale de la France en Anatolie. On sait de quoi était faite avant la guerre l'influence française en Turquie. Elle a été exprimée par le chiffre proportionnel de 65 % de tous les intérêts européens. Mais en réalité notre influence morale et intellectuelle devrait se traduire par le chiffre de 90 %. Elle a été si forte et ses racines sont si profondes qu'elle a résisté à toutes les catastrophes de la guerre. Sans nul doute, nos écoles qui sont sa principale base ont beaucoup souffert, nos institutions économiques ont subi de grandes pertes, mais toutes restent debout. Dès le lendemain de l'armistice toutes ont commencé à fonctionner régulièrement. Il a fallu la nouvelle guerre gréco-turque, les incidents de Cilicie et surtout du 16 mars 1920 pour tout arrêter momentanément. Néanmoins, la France conservait les sympathies les plus profondes et c'est grâce à elle que l'accord d'Angora put être signé, malgré tous les obstacles occultes accumulés contre cette amitié franco-turque.

Au lendemain de la signature qui a été échangée le 22 octobre 1921, notre influence a regagné tout le terrain perdu. Nos écoles, un instant fermées, ont aussitôt ouvert leurs portes, partout où nos religieux et nos religieuses ont eu l'énergie de rester sur place. Les autres le seront dès que nos professeurs retourneront à leurs postes. — Nos commerçants et nos industriels trouvent en Anatolie un accueil bienveillant et une préférence certaine. La reconnaissance du peuple et des autorités se manifeste publiquement dans la presse, dans les réunions, dans les relations officielles. Notre voyage effectué, le mois passé, en Anatolie avec M. Franklin-Bouillon et le colonel Mougin a été une marche triomphale à chaque station, à chaque ville, la population accourait des montagnes environnantes ; les écoles, l'armée, la gendarmerie, les religieux et les autorités, drapeaux turcs et français en mains, venaient proclamer bien haut leur reconnaissance envers la France. Jamais ces hauts plateaux d'Anatolie n'ont été, dans toute leur histoire, les témoins de pareilles manifestations où dominaient la sincérité et la profondeur des sentiments. (...)

Les chrétiens qui vivent au milieu des musulmans doivent-ils être inquiets de cette amitié et la regretter ? S'ils sont sincères et justes, ils doivent être les premiers, après nous, à l'approuver. Car cette influence et cette amitié profonde auprès du monde musulman, la France l'a déjà mise au service des minorités chrétiennes. L'évacuation de la Cilicie en a fourni une grande preuve. Grâce à son amitié avec Angora notre pays a assuré aux 60.000 chrétiens de cette province une protection entière. Pas un seul coup de fusil n'a été tiré contre eux, durant les deux mois qu'a duré l'évacuation. Pendant six mois à partir du 4 janvier 1921, ils ont été exempts de tout service militaire. Ce fut pour eux l'assurance de la paix signée avant d'être enrôlés dans l'armée ottomane. Leurs biens, après leur départ, ont été protégés, gardés et administrés par une commission mixte franco-turque. Ils pouvaient rentrer chez eux quand ils le voulaient et trouver leurs propriétés intactes.


La France a ainsi obtenu hier des garanties plus grandes encore que celles qui étaient contenues dans l'accord d'Angora en faveur des chrétiens ; et elle en obtiendra encore demain grâce à cette amitié et son prestige auprès d'eux ne pourra que grandir malgré toutes les propagandes hostiles.


Ce que je viens d'exposer dans ce rapide aperçu permet d'espérer pour notre pays le plus heureux avenir. Mais en réalité celui-ci sera ce que les hommes le feront. Les circonstances actuelles sont extrêmement favorables pour développer notre influence. C'est en premier lieu aux diplomates à assurer cette grande oeuvre, c'est ensuite aux Français d'Orient et à chacun en particulier à apporter sa petite pierre au majestueux édifice que nous pouvons bâtir. Les efforts de tous doivent être unis ; le ciment existe, c'est notre patriotisme ; les architectes existent aussi, il faut savoir les distinguer et les choisir.

Et tous, qui que nous soyons, étroitement liés les uns aux autres, ayons sous nos yeux la belle devise qui nous abrite en ce moment, l'Union Française, heureuse tradition que nous a léguée cet admirable patriote, le Commandant Berger ; cherchons, à tout instant du jour et de la nuit, à consacrer beaucoup de nous-même, de notre pensée, de nos efforts, de nos sacrifices à la grandeur de la France." (p. 89-96)

Le lieutenant-colonel Auguste Sarrou, Note sur la situation actuelle de la Turquie (rapport), 1923 :

"C'est grâce à cette liberté qu'a donné la Révolution de 1908 au peuple turc que les idées modernes ont pu pénétrer chez ce dernier. C'est par ce canal que les jeunes Turcs du Comité Union et Progrès ont fait éclore le sentiment national, le besoin de s'instruire et le désir de s'adapter à la vie moderne.

Le Nationalisme jeune-turc, né au lendemain de la révolution, avait pour but d'absorber, sous le nom d'ottomanisme, tous les éléments chrétiens ou musulmans de toute race qui constituaient la population de trente millions de l'Empire Ottoman de cette époque. Mais la réaction des éléments de race différente, chrétiens ou musulmans, Grecs, Bulgares, Albanais et Arabes, inspirée et soutenue par l'extérieur fit échouer le nationalisme ottoman. La guerre balkanique, puis la grande guerre, en arrachant à cet Empire ces provinces, peuplées en majorité d'éléments étrangers à la race turque, a forcément transformé le nationalisme ottoman en nationalisme pirement [purement] turc. C'est pourquoi les dirigeants d'ANGORA ont supprimé l'appellation d'Empire Ottoman pour y substituer celle plus simple et très logique de TURQUIE." (p. 21-22)

"COMMERCE et INDUSTRIE.– Le commerce était jusqu'ici presque tout entier entre les mains des Grecs, des Arméniens et des Juifs. Les derniers événements ont considérablement éliminés les éléments grecs et arméniens. Il reste les israélites qui sont assez nombreux pour se substituer aux deux autres concurrents. Mais les Turcs ont commencé à s'occuper sérieusement du commerce de leur pays et avec l'instruction qui se développe chez eux et la lutte pour la vie moderne, il faut prévoir qu'ils pourront dans quelques années combler le vide qu'a créé le départ des commerçants grecs et arméniens. Cependant pour qui connaît le caractère turc, foncièrement tolérant, il est probable que petit à petit arméniens et grecs pourront retourner en Turquie et peut-être reconquérir la prédominance commerciale du pays.

L'industrie locale est encore à l'état primitif, la grande industrie moderne y est très peu développée. Les capitulations judiciaires en protégeant l'importation des produits de l'industrie étrangère, ont empêché l'industrie nationale de se créer et de se développer. (...) Toute l'industrie moderne est à créer en Turquie. Le pays possède de grandes richesses naturelles qui n'attendent que les capitaux et les ingénieurs étrangers pour créer et développer une grande industrie locale. Le peuple turc est mieux préparé que n'importe quel autre peuple des colonies pour accepter et faciliter l'exploitation de ces richesses. Le nationalisme des dirigeants n'est pas xénophobe et s'adaptera facilement à une collaboration juste et équitable." (p. 25-26)

Source : https://archives.saltresearch.org/handle/123456789/34391

 
Sur Auguste Sarrou : L'officier français Auguste Sarrou : un témoin de premier plan de la révolution jeune-turque

Le gouvernorat de Cemal Bey (futur Cemal Paşa) à Adana (1909-1911)

La gouvernance de Cemal Paşa (Djemal Pacha) en Syrie (1914-1917)

Un aperçu de la diversité humaine dans l'Empire ottoman tardif : moeurs, mentalités, perceptions, tensions

Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

Le philocatholicisme de la Turquie de Bayar-Menderes

Voir également : Le capitaine Hans Humann et les Grecs

La révolution jeune-turque et les minorités ethno-religieuses

Le général Mahmut Şevket Paşa et les Grecs

Enver Paşa (Enver Pacha) et les Grecs

Kuşçubaşı Eşref, les Grecs et les Arméniens

Cemal Paşa (Djemal Pacha) et les Grecs 

1914 : l'émigration des Grecs de Thrace orientale et d'Anatolie occidentale

Rahmi Bey et les Grecs

La question grecque-pontique

Chrysanthos Filippidhis : un pilier de la communauté grecque de Trabzon face aux Turcs, aux Russes et aux Arméniens

La rencontre entre Talat Paşa (Talat Pacha) et Ioánnis Metaxás en Allemagne

Hüseyin Cahit Yalçın et les Grecs

Celâl Bayar et les Grecs